Double Scrutin du 22 Mars: Quand Alpha Condé déploie sa maestria diplomatique

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Ambassadeur de France convoqué, la Chine qui salue le déroulement du vote , validation du scrutin par les USA, dénonciation des « provocations » de l’opposition et mise en garde contre « les ingérences » de la Russie. Trois des cinq puissances du conseil de sécurité de L’ONU ont approuvé  le scrutin. C’est le résultat d’une grande maestria diplomatique du président Guinéen, Alpha Condé.

 Le 23 Mars, au lendemain du double scrutin législatif et référendaire tenu sur fond de tensions, l’apocalypse tant annoncé  par le FNDC n’aura pas eu lieu. Ni embargo, ni sanctions contre la Guinée. Et l’isolement diplomatique et économique souhaité par les opposants au projet de nouvelle constitution n’aura pas été à l’ordre du jour. 

« Trois membres du conseil de sécurité sur cinq approuvent le scrutin »

 C’est tout le contraire qui s’est produit. Le 22 Mars, l’ambassadeur des États Unis a rendu publique une déclaration après avoir fait le tour de quelques bureaux de vote. Celle ci encourageait les acteurs guinéens au dialogue tout en saluant les conditions acceptables de la tenue des élections.  Quelques jours plus tard, lors de la proclamation des résultats du référendum, les USA valideront diplomatiquement le processus. La Chine, partenaire stratégique de la Guinée avec laquelle elle est liée par un accord cadre de 20 milliards de dollars prend acte du processus et invite le gouvernement à continuer les efforts dans le sens du progrès. Dans un communiqué rendu public le 28 Mars, la partie chinois  « réaffirme son amitié » à la Guinée, note « le succès de l’organisation » et rappelle que les processus électoraux sont « une affaire interne ». La Russie qualifiera de « provocations » les manœuvres entreprises par le FNDC, mettra en garde contre « les ingérences » et félicitera les autorités guinéennes pour la conduite souveraine de ces échéances électorales.

Chine, USA et Russie. C’est à dire, le pays le plus peuplé du Monde et 2eme puissance économique, la première puissance économique mondiale et la Fédération qui a à sa tête l’homme le plus puissant de la planète selon Forbes. Ces trois géants sont aussi membres du conseil de sécurité des Nations aux côtés de l’Angleterre et de la France.

La France justement. Elle a jugé nécessaire de mettre en doute la crédibilité du scrutin. Une convocation de son ambassadeur par le Ministre des affaires étrangères pour entendre la position guinéenne sur le sujet s’en suivra.

« Des points d’histoire »

Comment un petit pays comme la Guinée a pu, faire respecter auprès des États les plus puissants du monde son agenda politique ? Cette prouesse est sans doute due à l’adresse diplomatique de Alpha  Condé, son président. Ce ne sera pas une première.

Ce chef d’État, panafricaniste à souhait, souverainiste à volonté et grand connaisseur de la marche du monde a toujours assumé le schéma du leadership guinéen depuis l’indépendance. Ce schéma qui fait de ce pays, bien que petit et pauvre, un géant diplomatique qui peut faire accepter à l’Afrique et au monde entier ses options( Le dernier communiqué de la CEDEAO prenant acte du déroulement du scrutin et appelant au dialogue en fait foi).

Conscient de cet héritage historique Alpha Condé  avec maestria gagne la bataille diplomatique de la reconnaissance internationale du processus électoral et parvient à mettre la Guinée au cœur des enjeux stratégiques entre les membres du conseil de sécurité des Nations Unies.

Des points d’histoire sont à rappeler à ce sujet: Sous la première république, la Guinée a reçu un soutien massif des États Unis, quand elle faisait face aux manœuvres françaises de remise en cause de son indépendance. Bien que socialiste, dirigée par un leader marxiste, les USA ont pris fait et cause pour la Guinée de Sekou Touré. Au début des années 2000, la Guinée de Lansana Conté subissant des attaques à ses frontières à imposer à la CEDEAO, à l’Afrique et au monde son refus d’une intervention internationale.

L’histoire s’est donc répétée et a voulu que Alpha Condé en soit le porte-étendard.

Le fait est que le président Guinéen  a une longueur d’avance sur ses opposants qui se réjouissaient de la réprobation de la presse internationale et des réticences de l’union européenne il y a quelques semaines. Politologue, longtemps opposant, président depuis 10 ans qui a assumé les rênes de l’Union Africaine et faisant partie des doyens d’âge de la politique dans son pays et en Afrique, il sait que les curseurs de la puissance à l’échelle mondiale se trouvent sur tous les continents. Et que l’influence d’un chef d’ Etat africain auprès des grands pays du monde se mesure à la qualité des rapports économiques et stratégiques que son pays développe.

Le 22 Mars aura donné l’occasion à Alpha Condé de démontrer une fois de plus ses qualités de diplomate et son sens de l’histoire.