Fonio: Le combat de Alpha Condé pour  l’« or gris » de la Guinée.

0
543

Dans le cadre du développement de l’agro business et de la valorisation des produits locaux, le président Alpha Condé s’est fait l’ambassadeur numéro 1 du fonio. Cette céréale vieille de 5000 ans et dont la Guinée est le premier producteur mondial a un énorme potentiel d’opportunités économiques, dans un contexte où les habitudes mondiales d’alimentation et les modes de production agricoles doivent faire face au défi climatique. Modernisation de la production, mécanisation du traitement, labélisation…Alpha Condé est au front sur tous les segments de la chaine de valeur de la filière fonio. Décryptage d’un combat présidentiel pour l’ « or gris » de la Guinée.

 En ce jour de saison sèche, où le soleil est à son zénith, le thermomètre affiche 30 degrés à l’ombre quand Alpha Condé, président de la république, vêtu d’une chemise manche courte et portant des lunettes de soleil pose avec 150 femmes issus de groupements divers de production devant les locaux du centre de traitement du Fonio à Yimbaya, dans la commune de Matoto, en haute banlieue de Conakry. Ce centre, fruit de l’initiative présidentielle pour l’agro-businessest destiné à participer à la maitrise de la chaine de valeur du Fonio en Guinée.

Avec plus 600 000 tonnes produits en 2016 selon la FAO, la Guinée est en effet le premier producteur de cette céréale, démunie de gluten et aux vertus nutritionnelles unanimement reconnues par les spécialistes. Principalement produite au Foutah et en Haute Guinée, le fonio de la Guinée représente en 2017, 2/3 de la production africaine laissant une lointaine deuxième place au Nigéria qui peine à réaliser 100 000 Tonnes par an.

En 2017, c’est 514 000 Tonnes qui ont été exportées à partir de la Guinée, vers les marchés européens et américains.

Alpha Condé, fortement engagé sur le chantier de la révolution agricole, s’est fait le premier ambassadeur du nouvel « or gris » guinéen; au point d’en faire un élément d’identification de la politique agricole du pays à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

En visite aux Etats Unis d’Amérique, le président guinéen résume son option au micro de VOA : « Le changement en Guinée, ce n’est pas les mines, mais l’Agro business », notamment le développement de la filière fonio ; céréale dont le chef d’Etat se fera plaisir à offrir un paquet à son interlocuteur du jour. Et ce ne sera pas un coup d’essai, pour celui qui a affirmé un jour de 2017 avoir abandonné définitivement le riz pour le Fonio.

Le 11 Novembre 2018, alors qu’à Paris, le monde commémore le centenaire de la deuxième guerre mondiale, le président Alpha Condé se transforme en Marketing Manager du fonio en offrant aux chefs d’Etats du monde entier des paquets de fonio avant de prendre, aux dires du Secrétaire général de la présidence deux minutes pour expliquer à chaque récipiendaire les bienfaits de cette céréale dont la Guinée est le foyer de production principal.

Quelques mois plutôt, c’est à Labé au cœur du Foutah qu’Alpha Condé troque le costume du président pour la chemise de l’enseignant, mais cette fois pour parler de fonio : « produisez le fonio, parce que nous devons être le premier exportateur aux USA »a-t-il lancé aux groupements de femmes venus l’écouter.

Autre cadre, même thème. Au salon des entrepreneurs, cette fois à Conakry, devant un parterre d’hommes d’affaires et de diplomates, Alpha Condé exhibe un paquet de Fonio, sous le label Fony.

Il ne s’arrêtera donc jamais !

C’est qu’en bon connaisseur de l’histoire du développement économique, Alpha Condé, qui dans une autre vie était enseignant de Finances Publiques a des raisons objectives de miser sur cette céréale qui en 2017 n’occupait que 0,1% des surfaces céréalières dans le monde et représentait seulement 0,02% des volumes  récoltés. Il sait donc qu’il y’a de la marge. Et que le fonio est en fait un « or gris »que le monde ignore.

Un grain pour une économie agricole du défi climatique

Longtemps appelée « le grain des paresseux »,le fonio est une céréale à la fois résistante et résiliente. Aucun aléa climatique ne l’empêche de sortir de terre. Il est tellement facile à cultiver qu’il ne requiert pas des conditions technicité exigeantes. Il suffit d’essaimer quelques grains sur une surface donnée pour qu’en 150 jours au maximum, le paddy de fonio soit prêt à être traité.  Sur les plaines, les plateaux où les montagnes ; sous la pluie, l’humidité ou l’aridité, le fonio se sent en tout temps et en tous lieux chez lui.

Dans un contexte mondial marqué par le défi climatique, le fonio offre une alternative agricole, dans le domaine des céréales hors du commun ; qui peut fondamentalement changer la destinée de l’agriculture de grande consommation longtemps dominé par le blé et le riz. Pour des raisons d’ordre écologique certes, mais aussi et surtout pour des raisons qui tiennent à la santé et à la qualité de vie des milliards de consommateurs de céréales diverses.

S’il est vrai, que le fonio à l’instar des autres céréales contient près de 92% de glucides complexes, il a l’avantage d’être caractérisé par une très faible présence de « sucres rapides », c’est-à-dire des sucres qui favorisent l’évolution des maladies diabétiques. Le riz et le blé contiennent entre 30 et 40 fois plus de « sucres rapides ». Et, là où le Quinoa favorise les maladies coeliatiques avec une forte présence de gluten, le fonio en est complètement dépourvu ; tout en disposant de sept fois plus de fibres que le riz ; donc prompt à une bonne digestibilité.

Cependant, il reste établi que le fonio coute deux fois plus cher que le riz. Ceci s’explique par la faiblesse de sa production à l’échelle mondiale et à son intégration embryonnaire dans le marché mondial des céréales.

C’est fort de ce diagnostic qu’Alpha Condé a mené les actions nécessaires pour doubler en 5 ans la production nationale du Fonio, la faisant attendre 600 000 Tonnes avant de veiller à la réalisation de tous les segments de la chaine de valeur de la filière. Deux options structurelles témoignent de cette ambition : L’une est stratégique et l’autre opérationnelle. L’aspect stratégique réside dans la mise en place d’un instrument baptisé Initiative présidentielle pour l’agro-business ; l’aspect opérationnel s’identifie dans la conclusion de deux accords de financement avec la Banque Mondiale et la Banque Africaine de développement pour le développement de plateformes agricoles à Conakry et dans des grands centres de l’intérieur du pays, notamment Kindia, Labé et Kankan. Objectif affiché : Faire de la question une priorité nationale et maitriser définitivement la chaine de valeur.

Plus symboliquement, en nommant Hadja Diakabe Kabaà la coordination de l’initiative présidentielle, le président Alpha Condé établit un lien direct entre l’autonomisation économique de la femme et la sécurité alimentaire avec le Fonio comme pan entier de cette stratégie.

Le Fonio, au-delà de la sécurité alimentaire, un instrument de promotion du genre

En république de Guinée, les femmes représentent 52% des habitants. Sur une population à plus de 60% rurale, elles ont un taux d’activité de 79%. Alors que le secteur primaire occupe  68% des actifs, il ne contribue qu’à moins de 20% de la richesse annuelle et ne produit que 2.8 annuellement de valeur ajoutée sur la croissance de l’économie.
La participation insuffisante de l’agriculture au PIB combinée aux conditions de travail pénible des femmes dans les champs en milieu rural pose un problème structurel au plan économique et un problème de genre au plan humain.

Alpha Condé, qui déclare à chaque occasion dédiée sa mission aux couches les plus défavorisées notamment aux femmes a pris la mesure de ce paradoxe discriminatoire. Mais, en dépit du volontarisme, les contraintes budgétaires obligent au réalisme et exigent du gouvernant qu’il est une stratégie de fond.
En effet, les conditions de coopération avec les institutions de Bretton Woods rétrécissent les marges de manœuvre financières dans l’investissement massif dans le monde rural, donc dans l’agriculture, donc dans les femmes. Il fallait ainsi, trouver un mécanisme institutionnel et financier pour contourner l’obstacle.

Ce sera l’initiative présidentielle pour l’agro-business, avec à sa tête une femme. Le signal est donné ! La sécurité alimentaire ne se fera pas sans les femmes, qui constituent en réalité la force ouvrière du pays profond. C’est pourquoi, le président lie la révolution du fonio à la mise à disposition des facteurs de production et de transformation, afin de réduire la pénibilité du travail de traitement manuel et d’optimiser sur la productivité.
Cette productivité devra dans la logique d’Alpha Condé rejoindre la compétitivité. En donnant les moyens aux femmes de produire plus de fonio et de traiter rapidement les récoltes, le président inscrit sa stratégie dans une économie d’échelle qui au bout du processus participera à faire baisser les coûts de production. Parce que la Guinée a l’avantage de la monnaie et du coût du travail, tous les facteurs seront réunis pour conquérir les marchés étrangers avec cette céréale aux portes de la révolution alimentaire. Cette céréale, véritable « or gris »de la Guinée.

LAISSER UN COMMENTAIRE