Visite aux USA : Alpha Condé à la conquête des capitaux américains.

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A peine revenu du TICAD (Tokyo International Conférence for Africa Developpement) qui s’est tenu à Yokohama au Japon, le président Guinéen s’est envolé pour les Etats Unis d’Amérique où il a entamé une visite d’amitié et de travail le 8 septembre dernier, avant de participer à la 74èmeSession de l’Assemblée générale des Nations Unies qui s’ouvrait le 23 Septembre. Pendant deux semaines, le chef de l’Etat Guinéen a rencontré le monde américain des affaires et les institutions de coopération multilatérale, notamment le FMI et la Banque Mondiale. Pour Alpha Condé l’objectif est clairement défini : Conquérir les capitaux américains et rassurer les partenaires multilatéraux sur la fiabilité des options économiques et financières guinéennes.

Analyse et perspectives d’un business trip présidentiel.

Le président guinéen n’a pas encore pris son avion pour les Etats Unis, quand le 5 Septembre le gouvernement conclu un accord avec la Société Américaine, High Power Exploitation (HPX)du milliardaire Americano-canadien Robert Frieland portant sur l’exploitation du gisement de fer du Mont Nimba. 95% ! C’est le seuil des parts que pourrait acquérir HPX sur ce gisement dont le potentiel atteindrait un milliard de tonnes d’après les études de l’United States Geological Survey.Selon les informations rendues publiques, le président guinéen a obtenu de la partie contractante que 95% des collaborateurs sur le projet qui sont guinéens le demeurent ; et qu’un plan de recrutement et de formation des cadres guinéens en phase d’exploitation soit établi.

L’épisode n’est pas anodin. Le nimba qui appartenait majoritairement au géant australien BHP Billiton passe sous giron américain. Le message du président est clair : Après avoir signé un accord-cadre de 20 milliards de dollars avec la Chine portant sur la construction des infrastructures contre livraison de minerai de bauxite, Alpha Condé va à la conquête des capitaux américains, comme pour marquer définitivement l’ancrage de son pays dans l’économie de marché, tout en préservant au mieux les intérêts vitaux nationaux.

Dès l’entame de sa visite le 8 septembre, le département américain de l’énergie débloque un million de dollars pour le financement des études d’impact environnemental en vue de l’exploitation du gaz en Guinée par une société américaine.

Le numéro un guinéen se rendra ensuite successivement aux sièges de la Banque Mondiale et du FMI. Avec David Maplass (BM) comme avec David Lipton (intérim FMI), les performances et les perspectives économiques de la Guinée ont été abordées. Passant en revue le cadre macroéconomique du pays sur la période post-Ebola, les institutions de breton woods ont réaffirmé leur ferme volonté de continuer à soutenir la Guinée dans ses efforts vers une croissance économique plus inclusive, qui respecte par ailleurs l’orthodoxie dans la gestion des finances publiques.

Un vent d’amitié guinéo-américaine

C’est Tigor Nagy, le sous-secrétaire chargé des affaires africaines qui ouvre le volet diplomatique de la visite d’Alpha Condé. Après un vibrant hommage rendu au chef de l’Etat Guinéen, le diplomate américain réaffirmera la volonté américaine de soutenir la Guinée dans ses réformes sur la voie d’une plus grande démocratisation et d’une croissance économique inclusive. Ce sera au tour de Mike Pompeo de souhaiter le « welcome » au chef de l’Etat Guinéen. Les discussions entre les deux hommes ont porté sur les enjeux internationaux géostratégiques avec en toile de fond la question sécuritaire au Sahel.

Les rencontres au département d’Etat témoignent de l’importance de la Guinée dans la stratégie américaine en Afrique, surtout dans la lutte contre le terrorisme qui menace tous les pays d’Afrique de l’Ouest après la chute de Kadhafi et l’affaiblissement de l’Etat malien suite à la rébellion de l’Azawad et les manœuvres d’Aqmi.

C’est dans la dynamique de ce vent d’amitié guinéo-américaine qu’Alpha Condé abordera le sujet principal de sa vite : l’économie

 Agriculture et échanges commerciaux, les grands enjeux

Au micro de VOA (Voix de l’Amérique) le président Alpha Condé aura ces mots : « (…) Le changement en Guinée ce n’est pas les mines, mais l’agro business (…) ». Cette option stratégique du Chef de l’Etat guinéen résume l’état d’esprit qui anime la délégation guinéenne lors cette visite. Accompagné d’hommes d’affaires guinéens, le président a une seule vraie obsession : Développer  l’Agriculture en Guinée en captant, soit en partenariats public privés, soit en partenariats entre les hommes d’affaires des deux pays, les investissements nécessaires à la transformation structurelle du secteur primaire guinéen. Déjà, un programme de 400 millions de dollars avec la Banque Mondiale et un autre avec la BAD sont en cours, pour créer les conditions d’une mécanisation et donc d’une plus grande productivité des espaces agricoles dont seulement 25% des quelques 6 millions d’hectares cultivables sont exploités.

Mais d’autres indicateurs plus expressifs encore motivent le président à conquérir les investisseurs et le marché américains. La balance commerciale entre la Guinée et les Etats unis est déficitaire. La Guinée exporte pour quelques 6 millions de dollars vers le pays de l’oncle Sam, quand elle en importe 127 millions. Au plan bilatéral, le Millénium Challenge Corporation, en dépit des efforts nationaux n’a pas encore été octroyé à la Guinée. La visite au Président Bush, initiateur de ce programme peut s’analyser sous cet angle. Enfin, l’AGOA (Africa Growth Opportunities Act) qui peut servir de levier à l’exportation des produits africains vers le marché américain, profite peu aux exploitants agricoles et artisanaux guinéens. Pourtant, d’un strict point de vue commercial et économique, le potentiel agricole guinéen, la faiblesse de sa monnaie et du cout du travail combinés à l’effacement des barrières douanières institué par l’AGOA constituent une aubaine pour les investisseurs américains.

Dans cette perspective, le président guinéen s’est fait l’avocat du Fonio, qui pour ses vertus nutritionnelles est une alternative au Quinoa d’origine sud-américaine.
La démarche d’Alpha Condé dans l’agro business répond à une logique d’étapes : créer les conditions en amont de l’instauration d’une chaine de valeur avec pour objectif d’intégrer le producteur guinéen dans le commerce international. Cette chaine de valeur tient compte de la production, de la mécanisation et de la logistique certes, mais aussi et surtout de la disponibilité de l’énergie et de l’utilisation du numérique comme facteurs de  compétitivité de l’agriculture guinéenne.

L’Energie et le Numérique pour accélérer la croissance

Alpha Condé le dit partout et de tout temps : La Guinée doit être autosuffisante en énergie ; et son pays ne doit pas manquer le virage des nouvelles technologies. Dans un pays qui pendant des décennies a été terre « d’obscurité », le professeur président n’est pas dans le lyrisme, mais bien dans un sujet aussi sensible que crucial pour tout le cadrage économique de son pays.

Et c’est en actes qu’il le prouve. En terminant la construction du barrage de Kaleta d’abord. Ensuite en lançant le barrage hydro électrique à Un milliard de dollars de Souapiti. Enfin en préparant la construction d’une série de barrages de taille moyenne sur tout le réseau hydraulique du pays. Objectif : Régler définitivement la question de la disponibilité de l’énergie en Guinée. Et in fine, dans une perspective de coopération, rendre disponible l’énergie pour les pays voisins.

S’agissant du numérique, son intégration dans la chaine de valeur de l’agriculture est en voie d’être une réussite, notamment grâce à deux facteurs principaux : la généralisation de l’accès à internet avec la fibre optique et le développement d’applications dédiées à l’acquisition d’engrais et à l’étude des sols.

Cependant, dans un pays  où à peine  20% (Moyenne nationale) d’une population qui comprend environ 1.5 millions de ménages a accès à l’énergie ; et où seulement 30% contre une moyenne africaine de 50% a accès à internet, les défis restent entier. Fort de ce constat, le président et sa délégation ont abordé ces deux sujets avec le FMI et des entreprises comme Endeavor Energy.
Résultats des discussions : l’annonce par le Fmi d’une enveloppe de 25 millions de dollars pour l’investissement dans l’économie numérique.

La visite du président Alpha Condé, fortement axée sur les questions économiques et financières est à la fois singulière et historique. Il s’agit d’une part de l’affirmation par l’exécutif guinéen de ses options stratégiques pour lesquels il cherche à diversifier les partenaires et d’autre part d’un rééquilibrage de l’histoire entre les deux pays.

Un juste retour des choses

C’est en 1959, que pour la première fois un chef d’Etat guinéen foulait le sol américain dans le cadre d’une visite d’Etat, qui en fait était un appel à la coopération. Une autre visite du président Sékou Touré aura lieu sous l’administration  Kenedy en 1961. Faisant face à des nombreuses difficultés dans la mise en route du nouvel Etat, la Guinée a bénéficié de l’assistance et de la coopération américaine sans quasiment discontinuer de 1959 jusqu’à la fin du premier régime.

Quelques points saillants de cette coopération peuvent être relevés : Le premier ambassadeur des Etats Unis en Guinée a été nommé en 1959. Dès le début des années 60, 400 peace corps ont débarqué à Conakry dans le cadre d’une assistance dans la santé et dans l’éducation. Au plan économique, les Etats unis ont contribué à hauteur de 10 Millions de dollars à l’installation des unités industrielles en Guinée. En juin 1962, l’aide américaine à la Guinée s’élevait à plus de 20 millions de dollars et couvrait tous les secteurs cruciaux pour la matérialisation de l’Etat Guinéen : Administration publique, éducation-formation, télécoms etc.  Entre 1964 et 1967, la coopération avec les USA a permis à la Guinée de drainé 105 millions de dollars, dont 35 millions pour la seule année 1967.

A la lumière de ce rappel historique, on peut affirmer que les liens économiques entre les USA et la Guinée ont des fondamentaux solides et que des leviers existent pour les vivifier. L’offensive éco-diplomatique du président Alpha Condé pour attirer les investissements africains en Guinée est somme toute un juste retour des choses.

Avec un PIB d’environ 10.4 milliards de dollars et un budget d’environ 2.5 milliards de dollars, l’arrivée prochaine des investissements américains, permettra de diversifier la structure du PIB et d’instaurer un meilleur climat pour la mobilisation des recettes intérieures afin de donner une plus large marge de manœuvre au gouvernement dans le financement du plan national de développement économique et social.

 

 

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