Interview de SEM Dennis Hankins, ambassadeur des États-Unis en Guinée : « Trump est le premier président américain à chercher à aider les économies africaines de manière participative. »

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L’ambassadeur des États-Unis en Guinée, SEM Dennis Hankins, a fait l’honneur d’une visite à Madina Com. À l’occasion il a accordé cette grande interview au magazine Madina Men.

Madina Men : Votre Excellence, voulez-vous vous présenter aux lecteurs ?

Dennis Hankins : Je suis l’ambassadeur des USA en Guinée, j’ai fait 34 ans de service diplomatique et occupé 17 postes, en commençant en bas. J’ai été consultant dans des pays pauvres en conflit. Dans ma carrière diplomatique, j’ai occupé de grands postes économiques. Lorsque j’étais au Brésil mon dernier poste avait trait à la gestion de 100 milliards de dollars US par an. J’ai assumé d’autres fonctions en République Démocratique du Congo et en Angola. C’est en Guinée que j’ai commencé à être ambassadeur, précisément en octobre 2015. Donc je suis là depuis trois ans.

Quel regard portez-vous sur la Guinée et sa société dans leur ensemble ?

J’aime bien ce pays. Les questions sont assez diverses. J’ai été surpris de voir qu’il y a des opportunités d’investissements en Guinée. Je suis arrivé à la fin d’Ébola. Alors ça m’a donné l’occasion de travailler sur les questions d’investissements et de crises préélectorales en rapport avec l’échéance présidentielle de décembre 2015. J’ai vu qu’il y a des questions en termes de sécurité sous-régionale. La Guinée joue un grand rôle avec ses contingents déployés au Nord Mali. Les leaders religieux font une bonne médiation entre le pouvoir central et l’opposition pendant les crises politiques. La Guinée fait partie des premiers pays africains à devenir indépendants et le premier dans l’espace francophone du continent, mais aussi elle est l’une des plus jeunes démocraties de la région. Donc il faut faire la balance entre ces deux données. Dans mes déplacements à l’intérieur du pays, j’ai remarqué que les régions sont très différentes. Chacune d’elles a des particularités intéressantes, les questions économiques et sociales sont différentes. Je voyage en Guinée profonde au moins une fois par mois. Je vois combien les gens sont actifs. Ils cherchent toujours à faire quelque chose, ils veulent avancer. Il y a assez de jeunes courageux, qui font de petits jobs. Néanmoins, il est difficile de patienter, certains ne regardent pas ces avancements, la jeunesse veut voir le progrès immédiatement. Pourtant il y a des projets qui produisent des résultats, et notamment dans les domaines des exploitations et des infrastructures. Le fait de ne pouvoir faire la balance entre les attentes et les progrès poussent de nombreux jeunes à quitter le pays. L’année dernière ce sont 10 000 jeunes guinéens qui ont opté pour l’immigration clandestine. Ils sont allés chercher des opportunités ailleurs, et notamment en Europe, au péril de leur vie. C’est un signe d’impatience. Par contre,  il y a des Guinéens qui sont de vrais entrepreneurs, en ce sens qu’ils prennent des risques sur place, mais il y a d’autres qui attendent toujours les projets garantis par la Banque mondiale au lieu d’affronter le risque business. Dans certaines régions – comme à Boké – on me dit à chaque fois qu’on a besoin de logements et d’emplois, parce que la population ne fait qu’augmenter (jusqu’à 20% par an). Mais il faut être proactif, car cette situation difficile offre justement des opportunités aux entrepreneurs guinéens. Ils doivent investir dans le bâtiment et dans les secteurs connexes. On ne doit pas tout attendre du gouvernement ou des programmes de la Banque mondiale. Chaque fois que je suis à l’intérieur du pays, on m’interpelle sur 36 priorités pour les régions et on demande que les Américains  les réalisent.

À votre avis, est-ce que la croissance enregistrée depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir bénéficie à la population ? A-t-elle réduit la pauvreté ?

Une chose est sûre, la croissance guinéenne n’est plus basée seulement sur l’exploitation des minerais, qui génère certes de plus en plus de revenus pour l’État mais qui ne crée pas beaucoup d’emplois. Il y a eu des investissements dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des infrastructures, des routes. Mais ce genre d’investissements met du temps à produire des résultats. La première fois que j’étais avec le président de la république, je lui ai dit que c’est plus dans l’agriculture que dans l’exploitation minière qu’on peut avoir rapidement un résultat. Il faut définir les priorités pour diversifier l’économie et avoir d’autres sources de revenus. Les États-Unis interviennent dans la pêche et le développement de la filière ananas, ainsi que dans bien d’autres projets. Mais la population n’en voit pas les bénéfices assez vite. J’ai été très content et même surpris de voir des entreprises privées américaines s’implanter en Guinée. Depuis mon arrivée, elles ont investi 800 millions de dollars dans le pays, principalement dans les secteurs des mines, de l’énergie, du logement, des télécommunications et dans le secteur bancaire. C’est assez diversifié. L’investissement dans le tourisme est très limité. En Afrique subsaharienne il n’y a que quelques pays qui ont vraiment développé le tourisme. Et pourtant la dernière fois que je suis allé au Fouta, j’ai été enchanté par le nouvel hôtel de Timbi-Madina. Le cadre a été amélioré pour les touristes qui veulent visiter les montagnes, les chutes d’eau et les paysages magnifiques de la zone. C’est très joli. Il y a des investissements dans le secteur hôtelier mais le développement du tourisme se fera dans le long terme. Pour le moment c’est en Afrique du Sud et peut-être au Kenya qu’il peut y avoir des centaines de milliers de touristes chaque année.

Dans le cadre de ses efforts multisectoriels, l’USAID a mis 67,8 millions de dollars à la disposition de la Guinée pour l’assister dans des programmes touchant la santé, la démocratie, la gouvernance, l’agriculture et la sécurité alimentaire. Où en êtes-vous en ce qui concerne le suivi-évaluation de ces programmes ?

Notre gouvernement a trois ou quatre priorités, mais bien avant la crise d’Ébola en Guinée, il a toujours basé son assistance sur le secteur de la santé. L’une des préoccupations des États-Unis c’est la lutte contre le paludisme. 60% des efforts contre la maladie sont financés par les États-Unis. Depuis l’arrivée du président Alpha Condé en 2010, le taux de prévalence du paludisme en Guinée est passé de 45% à 15%. Grâce à un financement du gouvernement américain et, bien évidemment, aux professionnels du secteur de la santé, le paludisme a donc été réduit de deux tiers dans le pays. Récemment j’étais à Kindia et à Mamou. Nous avons rénové des centres de santé maternelle et des hôpitaux régionaux. Mais ce n’est pas seulement les bâtiments qui font la santé ni les écoles qui font l’éducation. Nous avons fourni aussi les équipements et la formation. Le résultat est une meilleure qualité de service. Les professionnels du secteur de la santé ont mieux utilisé ces ressources. Grâce à tout ce que nous avons fait pendant Ébola et dans le post-Ébola il y a aujourd’hui une soixantaine de professionnels guinéens au Congo pour aider ce pays à juguler la crise que vous avez connue par le passé et qui est revenue dans ce pays.

Quelle est l’importance de la diaspora guinéenne aux États-Unis et pour la Guinée ?

Lorsque je voyage à l’intérieur de la Guinée, je vois toute l’importance de sa diaspora dans le développement du pays. Presque toutes les grandes maisons appartiennent à des Guinéens vivant à l’étranger. La diaspora guinéenne aux États-Unis compte beaucoup de bons éléments. J’ai des amis d’origine guinéenne qui sont des diplomates, des professeurs, qui sont dans l’administration ou dans nos forces armées. Ils payent régulièrement leurs contributions. Chaque année, il y a des Guinéens qui obtiennent un visa d’immigrant pour rejoindre leur famille aux États-Unis. Certains gagnent un visa à la loterie annuelle. Toutefois, les États-Unis, comme tous les pays du monde, contrôlent leurs frontières. Même la Guinée a expulsé l’année dernière des étrangers qui y travaillaient illégalement. Ce n’est pas nouveau. Chez nous, avant l’arrivée du président Trump, il était question pendant la campagne de mieux contrôler notre système d’immigration. C’est une loi qui a toujours existé.

Comment se fait le rapatriement des Guinéens vivant aux États-Unis qui sont en conflit avec la loi ?

On distingue deux groupes d’immigrants guinéens irréguliers. Il y a le groupe formé par ceux qui sont aux États-Unis sans visa d’immigrant et sans permis de travail ; ils vont retourner chez eux. Il y a le groupe formé par ceux qui sont arrivés pendant la crise Ébola. Il y avait un statut spécial pour la Guinée, la Sierra Léone et le Libéria. À la fin de la crise, on a éliminé ce statut provisoire. Donc  les gens du second groupe sont eux aussi invités à retourner dans leur pays. Les deux tiers des Guinéens rapatriés sont de cette classe. Ils étaient rentrés aux États-Unis sans visa d’immigrant mais on leur avait accordé de rester quelques années. Maintenant ils doivent de préférence faire un retour volontaire. Sinon ils seront pris par les agents de l’immigration. Notre préférence est de les rapatrier par des avions commerciaux. Mais parfois ils ne veulent pas monter dans l’avion, ils opposent une forte résistance à l’aéroport. Les agents sont alors obligés d’utiliser les grands moyens. Aux deux groupes que j’ai évoqués il faut ajouter un troisième. Il s’agit de 30% de Guinéens qui ont commis un délit ou un crime aux États-Unis et passé un temps en prison. Après avoir purgé leur peine, ces gens-là seront mis à la disposition des services de l’immigration pour être rapatriés.

Les Guinéens dreamers, c’est-à-dire ceux qui sont nés et qui vivent aux États-Unis mais dont les parents y étaient entrés clandestinement, seront-ils rapatriés eux aussi ?

Pour le président Trump c’est toujours la question de l’économie et de la loi qui est primordiale. Il est vrai cependant que dans certains secteurs aux États-Unis, comme l’agriculture, on a toujours pensé à recruter des immigrés pour les travaux difficiles et peu payants. Maintenant il est question de limiter cette immigration afin de donner plus de chance aux Américains d’occuper ces emplois, même s’ils ne sont pas si intéressants, et d’utiliser dans l’agriculture plus de technologie qu’avant. Le taux de naissance aux États-Unis est moins d’un enfant par couple. Les Américains ne font pas assez de bébés pour augmenter la population. Celle-ci est cependant en croissance constante, à cause de l’immigration. Nous sommes toujours un pays d’immigrants. Cependant, notre système d’immigration légale est fondé principalement sur le regroupement familial. Il a été clair pendant l’élection présidentielle que la population était pour America First, mais la question est comment faire la balance avec la loi. La porte est toujours ouverte à l’immigration légale, il y a toujours des opportunités pour les autres pays. Certains migrants légaux sont très violents. On a beaucoup parlé de l’administration Trump en ce qui concerne sa position vis-à-vis des groupes d’Amérique centrale organisés en mafia dans le pays. Quant aux migrants qui sont arrivés enfants aux USA ou qui y sont nés, ceux qu’on appelle les dreamers, le président Trump a fait quelques problèmes, tout simplement parce qu’il se réfère à la loi. C’était la décision du président Obama, il y a trois ans, de les régulariser mais en donnant le temps au Congrès de faire les amendements législatifs nécessaires.  Cela n’a pas été fait jusqu’à aujourd’hui, il faut le savoir. Donc, dans l’état actuel de la loi américaine, les dreamers sont des illégaux. Le président Trump n’est pas du tout contre ces enfants-là mais puisqu’il a juré de diriger les États-Unis selon la Constitution, il est tenu de faire appliquer la loi. Donc en attendant que le Congrès ne modifie la loi en conséquence, ces enfants doivent être expulsés. Vous voyez, la loi n’est pas facile, et la faire respecter est un devoir pour le président.

Malgré les immenses richesses  minières de la Guinée (elle a notamment les plus grands gisements de bauxite et de fer mis au jour au monde) et son énorme potentiel dans bien d’autres secteurs, vous avez dit ailleurs qu’elle n’est pas un pays stratégique pour les États-Unis. Pourquoi ?  

Je parlais en termes de stratégie économique. J’ai entendu des gens dire : nous avons toutes les ressources, nous avons de la bauxite, du fer, etc. Mais il y a peu d’exploitation de ces ressources aux États-Unis. Pour la bauxite, par exemple, je pense que c’est au maximum deux bateaux par an qui sont importés. Il y a bien sûr ALCOA qui a 20% des actions de la CBG et le gouvernement américain a même donné 100 millions de dollars l’année dernière pour l’extension de la compagnie. Mais les ressources naturelles qui sont stratégiques pour l’économie américaine sont inexistantes en Guinée. Vous avez peut-être du cobalt encore inexploité. C’est une ressource importante. Pour le reste, vos gisements sont ouverts à la Russie et à la Chine. Il n’y a pas beaucoup de raffineries aux États-Unis maintenant. Je vois bien que l’industrie de la bauxite est très importante pour la Guinée. Elle a pris son essor au moment précis où l’Indonésie et la Malaisie se sont retirées du marché. Avec la situation post-Ébola c’était une aubaine, c’était le moment propice pour entrer dans le marché mondial de la bauxite. En 2015 la production annuelle de bauxite était de 17 millions de tonnes en Guinée. Deux ans plus tard, c’est-à-dire en 2017, elle a triplé, atteignant plus de 50 millions de tonnes. Et elle  ne fait qu’augmenter. L’entreprise ALUFER est en train de développer le fer à Boffa et 90% de son capital provient d’un groupe américain, qui a vu là des opportunités à saisir. C’est pour moi le lieu de saluer le gouvernement guinéen qui a mis en place un nouveau code des investissements et un nouveau code minier incitatifs. Il y a plus de discipline dans le climat des affaires, le taux de change ne fluctue pas, il y a une stabilité économique et politique. Tous ces facteurs encouragent l’entrée des entreprises américaines dans l’économie guinéenne.

Le constat est que les États-Unis ne s’intéressent pas beaucoup à l’Afrique. La Chine et l’Inde viennent occuper le terrain. À quoi est dû le désintérêt des Américains pour ce continent ?

Vous savez, il n’y a pas d’entreprises d’État aux États-Unis, que le gouvernement pourrait implanter dans d’autres pays. Donc les pays africains doivent créer les conditions pour attirer le secteur privé américain. Aujourd’hui il y a des entreprises américaines, dont certaines sont petites, qui s’implantent en Guinée. Elles sont de plus en plus intéressées par les opportunités offertes par le pays. Une de ces entreprises est en train de créer une centrale électrique, un groupe américain a acheté fibank, il y a des investissements dans le secteur agricole vers Koba. Ces investissements sont petits par rapport à ceux des entreprises chinoises, mais c’est quelque chose de stratégique. Les Africains sont assez instruits et capables de négocier avec les investisseurs étrangers les meilleures conditions pour leurs économies. Il y a de plus en plus d’investissements Sud-Sud. Ils viennent du Maroc, de la Tunisie, du Nigéria, de l’Afrique du Sud. Plus que tout, les Africains doivent, à mon avis, créer les conditions pour l’émergence de leur propre secteur privé, ils doivent créer leurs classes moyennes qui seront la locomotive de leur économie nationale. Le président Trump et les chefs d’État africains se sont réunis à New York en décembre 2017. Le président Alpha Condé m’a dit que la rencontre a été intéressante, parce que Trump est le premier président américain à chercher à aider les économies africaines de manière participative. La démarche du président Trump n’est pas d’imposer des solutions, mais de les trouver ensemble avec les Africains. Par la suite, le président Alpha Condé, qui dirigeait l’Union africaine, a conféré avec lui cinq fois. Ils ont eu l’opportunité de parler du programme AGOA qui concerne les facilités d’exportations africaines vers les États-Unis. Le président Trump a parlé de ce programme et de la différence entre les investisseurs américains et chinois. Il y a eu un dialogue constructif autour de la meilleure manière d’aider les pays africains qui veulent avancer grâce à de gros investissements dans le secteur privé. J’ai discuté des programmes stratégiques avec le président Alpha Condé. Il fait des efforts avec les Américains et les Chinois, mais aussi avec le Rwanda et l’Afrique du Sud. Il cherche toujours des partenaires pour développer l’économie guinéenne. Il est en contact avec la Turquie, qui maîtrise la haute technologie. Le président Alpha Condé essaie de diversifier les partenaires de la Guinée.

Lactuelle administration américaine semble s’être engagée dans une guerre commerciale avec les autres pays développés dont l’issue est incertaine à la fois pour le reste du monde mais aussi pour les États-Unis eux-mêmes, parce que cette guerre pourrait bouleverser l’ordre économique mondial. Qu’en pensez-vous ?

Je ne parlerai pas spécialement des Américains. On a vu tous ces mouvements dans plusieurs pays européens qui ont commencé à prendre leurs propres décisions économiques, indépendamment de l’Union européenne. Le président Trump, comme tous les autres présidents par rapport à leurs concitoyens, prend ses responsabilités pour préserver l’intérêt des Américains. Sa motivation n’est pas de bloquer nos partenaires économiques et commerciaux. Les États-Unis étaient bien engagés dans l’économie mondiale mais la machine n’avançait pas pour eux, son impact sur le pays était négatif. Le président Trump cherche à réaliser ses programmes de campagne dans l’optique America First. Il a revu les accords économiques et commerciaux avec les Européens mais aussi ceux qui sont signés avec les pays américains limitrophes et les pays asiatiques. Si l’on examine bien ces accords, on se rend compte que beaucoup d’entre eux ne sont pas favorables aux États-Unis mais plutôt à leurs partenaires économiques et commerciaux. Il en est de même de l’Accord de Paris sur le climat. Certains pays continuaient à croître grâce à ses accords pendant que les USA voyaient année après année leur niveau de production baisser. Donc il nous fallait sortir de ces accords-là. C’est une question d’intelligence économique.

Pensez-vous que la détente qui a eu lieu à Singapour entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un aboutira à une dénucléarisation complète de la Corée du Nord et à un abandon de son programme balistique ?

Le président Trump a été élu par les Américains parce qu’ils veulent voir les choses différentes du passé. Pour ce qui est de la Corée du Nord il a adopté une stratégie bien différente des précédentes. On commence à en voir les résultats. Mais avec la Corée du Nord les choses sont toujours difficiles et incertaines. On verra bien si sa dénucléarisation sera réelle ou si c’est du bluff. En tout cas, pour le président Trump c’est la condition sine qua non pour la levée des sanctions économiques contre ce pays et pour que les USA n’envisagent pas d’autres options qui sont sur la table.

Les États-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, les Européens essaient de sauver cet accord. Les Américains auraient-ils des doutes sur le renoncement des Iraniens à leur programme d’enrichissement de l’uranium ?

Ce n’était pas seulement la question de l’accord qui pesait dans la balance, mais aussi toutes les activités négatives de l’Iran au Moyen-Orient et ailleurs. Ce pays a causé des violences presque partout. Il a un comportement délibérément belliqueux. On a même vu le Maroc couper les relations avec l’Iran pour ingérence dans le dossier sahraoui. En Afrique de l’Ouest l’Iran mène des opérations de déstabilisation en soutenant les terroristes islamistes et les jihadistes. Tout cela a persuadé l’actuel gouvernement américain qu’un simple accord ne suffit pas et même que c’était une mauvaise chose. Donc il faut absolument priver le gouvernement iranien des revenus qui pourraient lui permettre de financer le terrorisme islamiste et d’autres conflits confessionnels. Bref, le président Trump a trouvé que cet accord n’est pas une garantie pour la paix mondiale. Il faut bien voir les choses sous cet angle et ne pas perdre de vue l’idéologie fondamentaliste et le bellicisme de l’État iranien. Ce n’est pas un simple accord qui changera ces données.

La décision de déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, ville hautement contestée, ne compromet-elle pas définitivement le processus de paix israélo-palestinien, pourtant encouragé verbalement par le président Trump ?

Tenez compte du fait que le président Trump a appliqué une loi américaine votée il y a dix ans. Cette loi dit que le président doit obligatoirement transférer l’ambassade américaine à Jérusalem. Mais ses prédécesseurs estimaient que ce n’était pas le moment de le faire. On peut comprendre qu’il y ait eu débat pendant dix ans, mais le président Trump applique la loi américaine qui  dit que Jérusalem est la capitale d’Israël. Jérusalem Ouest est un territoire sous contrôle israélien. En installant notre ambassade là, on ne prend pas pour autant une décision sur le statut de Jérusalem, parce que cette question est juridiquement compliquée. Mais une chose est sûre, au regard de la loi américaine, Jérusalem est depuis longtemps la capitale d’Israël. Donc la loi devait être appliquée. Il faut toujours avoir des résultats. Là le président Trump a essayé quelque chose de différent. C’est comme pour la Corée du Nord. C’est un processus qui dure depuis trente ans. C’était peut-être le moment d’essayer quelque chose de différent.

Pour finir cette interview, quelles suggestions feriez-vous aux  Guinéens pour le progrès général de leur pays ?

Je leur suggérerais de la patience. On a tenu les élections locales, qui n’avaient pas eu lieu depuis treize ans. Les autres consultations sont en cours. J’espère que très rapidement les maires, les chefs de quartier et les chefs de secteur seront installés et sans anicroches. Je constate cependant un déficit de communication entre la population et le gouvernement. La population a le droit de demander les vrais résultats et le gouvernement doit expliquer quelles sont ses stratégies et ses priorités dans la gouvernance économique du pays. Depuis un certain temps il ya des émeutes récurrentes à Kamsar, les jeunes réclament de l’électricité, en même temps ils brûlent les groupes électrogènes de la ville. Où est la logique dans tout ça ? Il faut avoir un peu de patience et établir une bonne communication des deux côtés.

Interview réalisée par El Béchir Diallo & Alsény Thiam

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