Interview : Dr Djéné Saran Camara, Députée à l’Assemblée Nationale.

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On pourrait dire que Dr  Djèné Saran Camara est un garçon manqué, tant pour ses goûts et autres défis qu’elle s’impose tout le long de sa vie.  Première femme organisatrice d’un gymkhana en Guinée, elle a fait de solides études en pharmacie  sans anicroches et gravi les marches du pouvoir en qualité de Ministre  du commerce Industries, petites et Moyennes Entreprises et Députée.

  • Bonjour madame , pouvez-vous vous présenter à nos lectrices ….

Je suis docteur Djèné Saran Camara, pharmacienne de mon état. Je suis mariée et mère de six enfants dont quatre filles et deux garçons ; je suis née à Kérouané où j’ai  étudié de l’école primaire au lycée. Après le bac j’ai été orienté à la faculté de médecine et pharmacie de l’institut Polytechnique de Conakry où j’ai passé les deux ans de faculté. Ensuite j’ai fait l’année de stage  à la suite de quoi, je suis sortie pharmacienne de formation.

  • Expliquez-nous ce qu’est le Gymkhana ?

Le gymkhana est une discipline de sport mécanique, c’est donc une épreuve d’adresse et de maniabilité chronométré sur un circuit de moins de 1000 mètres délimité par des bottes de pailles, des pneus et puis à chaque 60 mètres existe un obstacle ou un virage à 90 degrés pour permettre au pilote de ralentir et de prendre son tournant.

  • Vous êtes la première organisatrice de ce sport en Guinée. Dites-nous pourquoi avoir choisi le Gymkhana plutôt qu’un autre sport ?

J’avoue que j’ai pratiqué de nombreuses disciplines sportives, dont le volley-ball, le basketball et surtout beaucoup d’athlétisme (saut en hauteur, saut en longueur, course de vitesse, course de fond, tennis de table). Comme vous le savez à l’époque, c’était presque obligatoire de faire le sport à l’école. C’est ainsi qu’à notre temps, les filles qui avaient de la corpulence faisaient beaucoup de sport particulièrement l’athlétisme. Après mon primaire et secondaire à Kérouané, je fus orienté à la faculté de médecine et pharmacie de Conakry. J’ai continué le sport à Conakry, j’étais dans les équipes de volley-ball et de basketball de la faculté. Mais au fil du temps on prend de l’âge, donc je n’étais plus apte à faire ces sports. Pour en venir au gymkhana, je dirais que le sport mécanique je l’ai pratiqué longtemps sans me rendre compte que je faisais un sport. A Kérouané déjà j’avais mon vélo, ensuite la mobylette, jusqu’à la Yamaha 100. A la faculté j’avais une moto-cross et en deuxième année j’avais une 404 dans laquelle je roulais. J’avoue que j’ai toujours aimé les engins. Mon père était un grand transporteur, il avait des camions qui faisait le relais entres les préfectures de la haute Guinée. Il était aussi cultivateur, donc il possédait un tracteur, comme j’étais souvent avec lui il m’apprenait à conduire. Et j’ai beaucoup aimé ces moments-là. Après à Conakry on a formé un club de sports mécanique, on a commencé à se réunir, à faire des épreuves souvent au Palais du Peuple depuis plus de 20 ans. Donc je me suis dit que si je ne pouvais plus faire le basketball et le volley je pouvais encore faire les sports mécaniques. Parce que d’abord j’ai aimé les engins ensuite c’est un sport pour moi. Je le fais non seulement pour me récréer et aussi parce que le sport est un lieu de développement individuel.

  • Les femmes participent elles à vos épreuves?

Les femmes participent très peu parce que je l’ai toujours dit, si on peut mettre un ballon de foot au terrain pour faire jouer plusieurs personnes au sport mécanique c’est une voiture par personne et le plus souvent, j’ai l’impression qu’elles pensent que c’est un sport difficile. Effectivement c’est un sport difficile mais il faut l’aimer pour le pratiquer, il faut avoir un engin et être réellement très chevronné ; je demandais toujours aux femmes de venir et quand elles venaient j’allais jusqu’à leur passer ma voiture  pour celles qui n’en n’avaient pas. Mais elles ne sont pas déterminées à venir parce qu’elles pensent que c’est un sport pour hommes, les femmes se gênent de le faire. Je lance un appel aux femmes pour qu’elles viennent au sport mécanique come tout autre sport. La passion peut dominer la peur.

  • Comment jugez-vous l’évolution du sport féminin en Guinée ?

Ça va mollo….pas comme on voudrait, nous les sportives. On voudrait que notre pays se distingue vraiment dans ce domaine. Mais je crois qu’il y a lieu de remercier les encadreurs du sport féminin parce qu’ils fournissent beaucoup d’effort pour faire marcher nos équipe féminine en matière de football, basketball, etc. Mais le sport féminin a du retard je crois qu’il faut encourager les sportifs et les encadreurs surtout qu’on organise des championnats pour améliorer les performances. Mais j’espère que la tactique va changer et que le sport féminin prendra le dessus

  • Le public se détourne souvent du sport féminin, pour quels motifs d’après vous?

Le public ne trouve pas son intérêt, en matière de sport féminin, il faut convaincre ce public. Comme je l’ai dit le manque de performance fait que le public ne trouve pas son  intérêt ; donc il faut obligatoirement redynamiser le sport féminin. Je félicite déjà ce qui est là mais ils doivent avoir beaucoup plus de moyens et d’avantages pour un développement du sport féminin. Nous avons même une commission nationale ‘’femmes et sport’’ au niveau du Comité National Olympique et Sportif guinéen et nous avons voulu à un moment impliquer toutes les anciennes internes sportives pour les déployer vraiment au niveau de chaque club pour qu’on puisse faire un encadrement important. Mais malheureusement il y en a qui sont très occupées et pour le moment notre objectif n’est pas atteint. Si nous devions rappeler tous les bienfaits du sport on n’en finira pas. En Guinée la vulgarisation de la pratique sportive est une nécessité et un devoir pour l’Etat, la politique sportive est perçue comme un moyen de développement durable de la santé physique et morale du Guinéen mais aussi comme moyen d’émancipation et d’insertion sociale. Le sport est considéré comme promoteur de la paix.

  • Vous êtes la présidente sous-régionale du comité de lutte contre le dopage en Afrique de l’ouest. Avez déjà rencontré des cas en Guinée ?

Non, je n’ai pas rencontré de cas jusqu’à maintenant. Je vous rappelle que le dopage est un phénomène universel qui n’épargne aucun athlète, aucun sport, aucune nation ; personne n’est immunisée contre le dopage et cela compte tenu de la fierté des sportifs, de la reconnaissance et des sommes d’argent mises en jeu. Plusieurs sportifs se dopent pour gagner mais on doit se rappeler que c’est de la tricherie. Le sport est naturel e il doit être débarrassé de tous ces phénomènes.

  • Un dernier mot.

Je le dirai dans le domaine du dopage. Il  faut que les sportifs sachent  qu’ils n’ont pas raison de croire que l’usage de drogue peut transformer un bon joueur en un excellent ou même en une star, pour être une star il faut y arriver légalement parce que si un jour vous êtes contrôlé positif cela nuira à votre personnalité et à votre pays, vous pouvez aller jusqu’à la victoire mais une fois que vous êtes positif tout tombe à l’eau.

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