Interview : Dr Fatou Sikhé Camara, Parcours d’une dame remarquable !

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Elle est l’une des premières femmes, voire la seule femme en Guinée de nos jours, spécialisée en administration  et gestion des hôpitaux. Médecin de santé publique, Dr  Fatou Sikhé Camara est au service de son pays et continue à lui apporter sa contribution socio économique. Aujourd’hui, directrice générale  de l’hôpital  Donka, en même temps membre du Conseil national de transition qui vient d’être remplacé par l’Assemblée nationale, elle mène beaucoup d’activités dans le cadre de la promotion de la femme, la promotion sociale et toute action qui contribue au développement de notre pays.

Son CV en dit long. Elle est mère de  quatre enfants dont deux jumelles qui ont terminé leurs études en France (maîtrise en droit et en économie). Les deux autres, un garçon et une fille, font l’université. Dr Sikhé Camara continue à donner des cours à la faculté de médecine – pharmacie et d’odontostomatologie de l’université de Conakry, pour la 6ème  année, en matière de gestion hospitalière. Elle nous parle ici de sa riche et passionnante carrière.

Sans aller loin dans votre carrière administrative, que doit–on retenir, pour parler de la fille de feu Dr Sikhé Camara. Disons, à partir de 1996 ?

Dr Fatou Sikhé Camara : De 1996 à 2006, je suis membre de l’Equipe des Formateurs Nationaux des Agents de Santé de la Ville de Conakry, avec le Projet PRISCO. Viendront des voyages d’études aux Etats Unis d’Amérique sur le thème « Femme dans le Développement Economique et Communautaire », Membre Associée de REFAMP/Guinée. Chef de la Délégation Guinéenne à la Réunion Inter-Pays sur « la Santé Urbaine » de Dakar, Membre du Comité d’organisation du Congrès Pluridisciplinaire des Professionnels de la Santé, Participation au lancement du Programme Multisectoriel de lutte contre le SIDA et à la 15ème Conférence Internationale sur le SIDA à Bangkok (Thaïlande). Participation aux 2èmes Assises de la Fédération des Associations des Sages-femmes d’Afrique Centrale et de l’Ouest (FASFAC) , Consultante Principale pour la Journée de présentation  et de Diffusion des Monographies des Structures Sanitaires de la Ville de Conakry,  et puis le poste de superviseur de projet .

Vous aviez bénéficié d’autres nominations après 2006. Lesquelles pour mémoire ?

Du 4 avril 2006 au 27 Août 2008, j’occupe successivement les postes de Ministre de la Santé Publique, Ministre des Affaires Sociales, de la Promotion Féminine et de l’Enfance, Présidente du Réseau des Femmes Africaines Ministre et Parlementaires de Guinée, Deuxième Vice-présidente du CNLS. Vice-présidente du Comité National de Lutte Contre la Drogue, Présidente d’honneur du Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires de Guinée, Membre du Groupe des Femmes Leaders pour le Plaidoyer en faveur de la Paix. Membre du Comité de suivi de la Table-ronde sur la Paix, la Sécurité et la Stabilité  en Guinée, par le Réseau des Femmes de Mano River pour la Paix.  Présidente de l’Association Guinéenne pour le Développement et la Santé de la Femme et de l’Enfant  et Directrice générale de l’Hôpital national de  Donka de nos jours.

Vous faites partie de plusieurs structures nationales ou associatives. Citez-nous certaines qui bénéficient de votre expertise actuellement ?

Durant ma carrière, de 1997 à  2011, j’ai donné des cours en Gestion Hospitalière à la Faculté de Médecine de l’Université de Conakry.  Le 7 mars 2010, au mois de mai 2011, successivement, je suis devenue Membre du Conseil  National de la Transition, pour le compte des Professionnels de la Santé, Vice-présidente de la Commission Suivi et Evaluation de l’Action Gouvernementale du Conseil National de Transition, Membre de l’Equipe des Experts de la Banque Mondiale pour l’élaboration du Rapport de Référence sur l’initiative Santé en Afrique pour une meilleure intégration du Secteur sanitaire privé et l’Amélioration des Systèmes de Santé en Afrique. Depuis il a été signé plusieurs contrats de subvention et des conventions pour la prise en charge des malades.

Il faut reconnaître que vous avez eu de la chance, à vivre dans une famille heureuse. Mais quelle est la particularité de cette famille, face à votre cursus scolaire et universitaire, car d’autres ont bien échoué, malgré tout ?

 Je suis une femme qui a bénéficié d’une enfance très heureuse, parce qu’une fille d’un couple de fonctionnaires. Ma mère a vécu dans une famille monogame et vous êtes d’accord que c’est un élément important déjà, pour l’épanouissement. J’ai eu  la chance de profiter de cet environnement au sein de ma famille. Mon père a été un grand intellectuel de ce pays sous feu Ahmed Sékou Touré. Il faisait partie du gouvernement de l’époque, il a été Ministre de la République de Guinée. Une grande personnalité du monde scientifique, feu Dr Sikhé Camara, puisqu’il était en même temps docteur en droit, suite à de hautes études. Un homme qui a continué à pousser sa mission au service du gouvernement de notre pays, en sa compagnie, ma chère mère qui l’a toujours encouragé. Elle était institutrice de formation,  mais pour lui permettre à l’époque d’assurer l’éducation de ses enfants, elle a préféré rester à la maison pour nous encadrer.

Peut-on dire que c’est grâce à votre mère que vous avez réussi aux études ?

Non, les deux ont joué à égalité pour leurs enfants. Les papas étaient devant les scènes de combat politique pour l’indépendance de note pays. Il fallait donc que la maman reste là pour nous éduquer. L’encadrement que j’ai pu bénéficier avec mes frères et sœurs, est un encadrement de taille, de haut niveau. J’ai eu le bac à l’âge de 15 ans, cela a été une 1ère en Guinée. C’est-à-dire, de 1962 à 1977. J’ai été admise au bac avec  la mention  excellent, pour la faculté de médecine  pharmacie et d’odontostomatologie de l’université de Conakry. A l’époque c’était la faculté 1èr degré Hadja Mafori Bangoura, et en poussant mes études, j’ai été admise à la fonction publique guinéenne à l’âge de 21 ans.  C’est-à-dire 6 ans après la fin de mes études de médecine, je suis déjà engagée en tant que stagiaire et une année après, comme titulaire à la fonction publique guinéenne. Donc pratiquement, je suis à ma 31ème année de service et si l’âge limite prévu pour qu’un fonctionnaire guinéen aille  à la retraite est respecté,  alors j’aurai fait un demi-siècle  au service de la nation guinéenne,  dans la fonction publique. Ce qui veut dire, que c’est une opportunité pour moi de me distinguer à tous les niveaux.

En somme, quel souvenir gardez-vous de votre parcours scolaire et universitaire, et pourquoi le choix de la médecine ?

Je me suis distinguée à l’école primaire, j’ai eu de la chance, mon père fut Ambassadeur à l’époque, ce qui m’a permis de commencer la maternelle et le primaire à l’extérieur.  Ainsi, j’ai eu droit à une base qui m’a permis d’arriver à Conakry avec un niveau très élevé par rapport aux promotions qui avaient le même âge que moi. Puis j’ai eu le bac avec mention, et à la fin de mes études avant d’aller en faculté de médecine, j’ai voulu faire une autre formation pour finir très vite , mais mon père a compris que j’étais très jeune, que j’allais commencer à travailler très tôt. Donc lui, il avait aimé  que je fasse la médecine comme il ne l’a pas fait. Alors,  il m’a demandé que j’accepte de faire la médecine. J’ai commencé à  aimer ce métier parce qu’humainement et socialement, j’aime être à côté des personnes en souffrance. Rendre service et faire du bien.

Vos débuts à la fonction publique guinéenne, c’était comment sous la Révolution ?

J’ai pu terminer, et immédiatement j’ai commencé mon programme de stage à la maternité de l’hôpital Donka, que je dirige aujourd’hui. J’étais parti pour être gynécologue, parce que je m’intéressais à la maternité déjà et aux accouchements, plus les césariennes. Les interventions, vraiment à l’époque, c’était toute une chaleur que nous apportions aux femmes dans les souffrances, les malades qui étaient à l’hôpital. C’était une grande découverte pour nous et nous étions très heureuses de pouvoir soulager les malades. A la fin de ma formation,  j’ai soutenu avec la mention remarquable pour ma thèse en doctorat de médecine en 1983, devenant des médecins de haut niveau de mon pays. Ces points forts à mon compte ont fait de moi une personne qui s’est épanouie très tôt dans un milieu familial très favorable. Pour mon évolution mon père s’est investi pour que je sois parmi les meilleurs, alors j’ai évolué avec cet objectif. Un conseil de mon papa était : « Pour tout ce que tu dois  faire, tu le fais bien et partout où  tu es,  tu dois être parmi les meilleurs». Que son âme repose en paix.

Comment vous êtes- vous retrouvée Directrice générale de Donka et quelles sont les difficultés alors ?

En 2006, j’ai bénéficié  d’un  1Er décret  où  je fus nommé à l’époque par Cellou Dalein, pour le poste de ministre de la Santé et de l’hygiène publique. Un décret qui ne put prospérer. Après un mois, en mai 2006, je suis nommée ministre des Affaires sociales, de la promotion féminine et de l’enfance. Ce qui m’a permis là aussi, de servir ma nation  et de me mettre à la disposition des femmes et des personnes invalides. Les difficultés, c’est la subvention faible que l’Etat octroie, qui devait être à 15% du budget national,  mais vu la situation économique on ne recevait que 3%. Donc les normes souhaitées pour permettre de prendre en charge correctement les soins de santé, ne répondaient pas. Mais des efforts sont fournis, malgré la dégradation des infrastructures, car c’est un bâtiment très ancien,  et qui n’a pas reçu de plan de réhabilitation.

Dans un avenir proche, à quoi s’attendre pour le CHU de Donka ?

Sans doute, à un acquis de grande taille avec l’Union Européenne, un projet  d’appui à la Santé humaine urbaine de plus de 5 millions d’Euros et un projet à l’international avec l’Association Européenne pour le Développement et la Santé, pour la lutte contre le SIDA, un financement pour la réhabilitation de l’hôpital Donka a été obtenu et qui équivaut à 50 millions d’Euros, environ 500 milliards de Francs Guinéens. Grâce à cet effort fourni, l’hôpital Donka sera réhabilité pour toutes ces infrastructures, équipements de haute technologie et la formation du personnel. Le Fonds saoudien de développement prendra la charge des infrastructures et le génie civil. La Banque islamique de développement, aura à sa charge les équipements  et la formation du personnel. Ce bijou verra jour en un ou deux ans, au plus tard. On aura un hôpital de référence dans toute l’Afrique.

Un message pour les jeunes d’aujourd’hui ?

Le message à la nouvelle génération, c’est de faire mieux que nous, car nous nous sommes engagées très jeunes dans le combat pour la promotion et l’épanouissement de la femme guinéenne, au développement socioéconomique du pays à tous les niveaux. Cette nouvelle génération doit être patiente, ouverte, avoir l’ambition de l’excellence. Autrement, tout ce qu’elle doit faire, le faire bien pour que dans chaque action qu’elle mène, qu’elle le fasse si bien pour être parmi les meilleures. A vous de la nouvelle génération, je vous souhaite beaucoup de succès, du bonheur et de la réussite. Faites comme nous ou plus, cela fera une fierté pour nous.

Interview réalisée par Oumel Bah

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