Interview de Mme Bah Fatoumata Binta Diallo, Chef d’entreprise, Pdg Top Pressing.

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Parmi les femmes guinéennes qui s’illustrent dans l’entreprenariat privé, Mme Bah Fatoumata Binta Diallo lauréate   entre autres du prix Gnouma sur l’entreprenariat en 2009, du prix de Jean Martin,  femme chef d’entreprise  se distingue. Dans cette interview qu’elle a bien voulue accordée , elle revient sur la lutte qu’elle a menée pour être ce qu’elle est  aujourd’hui. Lisez !

parlez nous de vos premiers  pas dans le monde des affaires ?

Mme Bah Fatoumata Binta Diallo : D’abord, j’ai été femme de ménage pendant au moins 10 ans. Après, quand je suis revenue en Guinée, j’ai commencé le commerce parce que, je me cherchais,  c’était dans les années 1986 à 1988 . Avec un groupe de femmes dont un monsieur nous avait d’ailleurs escroqué ici, en disant qu’il nous envoie en Hollande pour acheter le wax. J’étais avec  Madame Diallo CBG, Mariama Camara du ministère de l’industrie, Madame Lombonna. On était une cinquantaine de femmes guinéennes. On est parti avec un monsieur qui voulait nous escroqué. Arrivé  là-bas, on nous dit qu’on est venu pour le tourisme pas pour faire des affaires. Et, nous  comme on ne voulait pas rentrer bredouille et  comme  parmi le groupe j’étais la seule qui pouvait parler l’anglais, j’ai pris le devant. Avec les autres femmes, on s’est entendue  et on a pu  rencontrer le Directeur commercial de l’usine. On  lui a posé la question suivante : monsieur, on est venu jusqu’ ici et bien sûr vous dites que nous  sommes venus faire du tourisme, est-ce qu’on peut acheter  de la marchandise pour rentrer ? Il nous a dit non  mais qu’on peut acheter des échantillons de souvenirs. Mais j’ai dit  non, toutes les femmes qui sont là, sont venues avec beaucoup d’argents pour acheter le wax hollandais. Il a dit qu’il ne peut pas,  parce que d’ailleurs  en Guinée, il  y’a un monsieur de nom Elhadj Kébé qui à le monopole de ce marché. Après, on  lui a expliqué que  ce dernier fait transiter le wax de Conakry pour Freetown. Il ne les vend pas en Guinée. Suite à cette explication, il nous a demandé de prouver cela. Mais, j’ai dit en attendant qu’on le prouve, on ne peut pas retourner comme ça, on a acheté un billet pour venir. Il faut  au moins qu’on compense un peu notre voyage. Je  suis allée demander à  mes amies de me donner tout ce qu’elles avaient comme argent. C’est après que ce dernier nous a facilité et la transaction a commencé  là. Nous avons acheté tout ce qu’on voulait. Et, il était content, il  nous a donné des échantillons ‘’mal façons ‘’ que beaucoup d’entre  nous  ont revendu au lieu de garder.

C’est  de cette maniére que nous avons pu enlever ce droit de véto d’Elhadj Kébé et qui a fait aujourd’hui, toutes les femmes qui vont là-bas puissent acheter  le wax hollandais sans problème. Pour faciliter cette transaction, on avait pu ouvrir un compte dans l’usine  qu’on a appelé  SIWAX  qui est  aujourd’hui morte.

Qu’est ce qui vous a motivé à ouvrir un pressing ?

Quand je suis revenue de la Sierra Léone, j’ai vu que les femmes à l’époque, au temps de Sékou Touré, le matin prendre un sac et aller de bureaux en bureaux quémander de l’argent. Et comme  on le disait se faire passer. Et moi, j’ai trouvé ça anormal. Je me disais si une femme veut gagner sa vie, ce n’est pas en quémandant ou en se faisant  passer pour avoir sa vie. Le matin, quand je voyais certaines femmes faire ça, je me disais, il faut que je trouve quelque chose à faire. C’est en ce moment que mon frère est venu me demander qu’on parte  ensemble en Arabie Saoudite pour que je fasse le pèlerinage. Je suis allée faire le pèlerinage et passée un bon temps. C’est après le décès du Président Sékou Touré que je suis revenue en Guinée. Une fois en Guinée, j’ai eu aussi des amis Ivoiriens qui voulaient s’installer. Ces derniers sont venus me proposer un marché. Moi j’ai demandé qu’on ouvre un pressing pour moi. Accepter, je suis partie en France  où j’ai effectué des stages dans plusieurs pressings. Ainsi en 1988, quand je suis revenue, on a cherché cette place. C’était une maison inachevée, On a signé un contrat  de baille de 10 ans, j’ai fait le renouvellement et installé ce pressing. C’était le 02 janvier 1989.

Vous avez été la première femme a géré un pressing, comment vous avez fait pour maintenir ce cap ?

Au départ, c’était avec mes partenaires Ivoiriens qui s’étaient installés en Guinée. Ils m’ont demandé combien, je peux apporter ? J’ai dit 10%  et  même  ça, je l’ai pas. Ils m’ont dit que compte tenu de tout ce que j’ai fait, ils me donnent 10%. C’est ainsi qu’ils ont amené les machines, on a construit et créé la société. Ils ont dit en suite que le pressing va avec des photos, ils ont dit photos pressing, on a fait les deux et  faire venir un Belge qui gérait le studio. En 1994, ils m’ont dit que cela ne les intéressaient pas  mais, on va voir dans 3ans, 4ans  ce que ça va donner. Si on voit que tu gères bien, on va te céder  la société. C’est par la suite,  ils ont fait une cession. Ils m’ont cédé leur part  tout en établissant un tableau de paie pour les rembourser par ce que je n’avais pas l’argent disponible et petit à petit, j’ai pu rembourser le tout. Mais avant, la partie photo, était déjà fermée. Par ce que le Belge s’est mis à suivre les belles de Conakry, le studio est tombé.

Quel est votre secret ?

Dans la gestion de mon entreprise, la première des choses que j’ai apprises ce n’est pas en faire une entreprise familiale. Ce n’est pas parce que je suis contre mes frères, sœurs et autres. C’est  pour ne pas éclater la famille, je préfère travailler  avec les étrangers. Ces derniers temps, j’ai essayé de travailler avec un cousin mais, on ne s’est pas compris. Ça m’a encore conforté dans l’idée que j’avais. Il faut éloigner la famille autour de son business. C’est le premier secret. Le second, c’est d’être présent tous les jours quelque soit le problème.   Moi, je  suis toujours présente pour avoir un œil sur ce qui se passe dans mon entreprise. Le troisième, il ne faut pas confondre tous ces envies à son entreprise  c’est-à-dire on doit calquer ses envies par rapport aux poids de sa poche, de ce qu’on gagne.

Enfin, pour moi une bonne vie dans la vie de la  femme, c’est ça vie familiale avec sa grande famille, ça vie dans le ménage, ces enfants, laisser un bon exemple pour eux. Pour n’est pas qu’on dise à ses enfants demain, ta mère était telle, était ci, cela. C’est ça ma conception de vie. Vous savez, y’a un temps pour tout. Au moment où tu es adolescent, tu as beaucoup d’ambitions. Après quand tu arrives dans la trentaine, il faut que tu prennes conscience que tu n’es plus cette jeune fille qui avait 15 ans, 17 ans ou 20ans. Il faut te dire que tu avances dans ta vie, conforme ta vie et ta personne en  ce moment là et progresser comme ça jusqu’à la fin de ta vie.

Parlez nous de vos différentes activités ?

D’abord depuis  que j’étais jeune, j’aimais bien les associations. C’est malgré moi que je vois les deminues. Quand je les vois, ça me pince le cœur. Alors que je n’ai pas grand choses à  leur donner. Aujourd’hui, je suis non seulement dans le  Lions Club mais aussi dans le Club des Femmes d’Action et le Groupe des Femmes d’Affaires de Guinée(GFAG).

Avec le Lions Club par exemple, je ne suis plus au niveau  local mais au niveau district, ça veut dire régional constitué de 9 pays. D’ailleurs dans le cabinet du gouverneur Gandhi Tounkara.

En plus, depuis deux ans maintenant, je suis vice présidente de la Commission Camp de Jeunesse.

Dans le Club Lions, on œuvre dans l’assistance des gens diabétiques. L’année dernière, nous avons recruté dans les universités de Conakry, les filles qui ont eu la mention excellente à la fin de leur cycle. On les appelle Club des filles chef d’entreprise Michel Obama .

Quel est le model de femme que vous voulez être ?

Aujourd’hui, beaucoup m’enlève le statut de femme chef d’entreprise, je ne suis pas d’accord. Je suis femme politique quand il s’agit de mon époux. Si j’ai besoin de lui dans mon entreprise, il m’assiste. Et lui aussi, s’il a besoin de moi, je fais face. D’ailleurs, j’ai été la seule femme qui a suivi son mari de bout à bout pendant la campagne présidentielle de 2010 .Les Guinéens doivent comprendre qu’il y a un temps pour la politique  et tout le temps pour l’entreprise.

Quels conseils vous pouvez donner à cette nouvelle génération ?  

Etre déterminé, avoir la volonté de réussir, s’appliquer. Avoir une bonne éducation, un bon comportement et surtout un objectif. Aux parents, de mieux s’impliquer dans l’éducation des enfants. Comprendre  surtout que quand les enfants s’auto-éduquent, on ne pourra pas les gérer.

 

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