L’environnement des affaires en Guinée: Boubacar Diallo, PDG d’EMYCEF.

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Boubacar Diallo, PDG d’EMYCEF, une entreprise de construction, de BTP et de fourniture d’équipements divers, est titulaire d’un Master en Business Administration de l’université Devry, de New York. Dans cet entretien, il parle de l’environnement des affaires en Guinée et des nouvelles opportunités d’investissement dans ce pays qui a un énorme potentiel économique. Il suggère aussi des idées pour booster le secteur des PME-PMI.

Tout d’abord, dites-nous que doit faire l’État pour mettre en confiance les investisseurs nationaux et étrangers.

L’État doit faire beaucoup de choses pour cela , mais le fondamental, c’est la stabilité politique, la sécurité des biens et des personnes, la sécurité de l’investissement et l’amélioration des cadres juridique, institutionnel et réglementaire. Car l’investissement n’aime pas l’incertitude et donc les risques imprévisibles.

Sous ce rapport, où en est la Guinée aujourd’hui ?

Après l’élection présidentielle de 2010, qui a mis fin à la junte en Guinée et rétabli l’ordre constitutionnel, le pays a suscité l’engouement des investisseurs étrangers. Par la suite, les tensions politiques notamment entre l’opposition et le pouvoir dans la perspective des législatives, ont refroidi les ardeurs. Face à l’incertitude politique, les opérateurs nationaux ont réduit leurs activités économiques ou les ont carrément délocalisées vers les pays de la sous-région. Quant aux investisseurs étrangers, qui avaient manifesté un intérêt évident pour le potentiel économique guinéen, ils ont rongé leurs freins, en attendant que l’horizon politique s’éclaircisse. La tenue des législatives va, sans nul doute, mettre fin aux incertitudes et ouvrir des perspectives heureuses pour les investissements en Guinée. D’autant  que le pays connaît maintenant une détente politique avec la décision de l’opposition républicaine de siéger à l’Assemblée nationale. Déjà, pendant ces trois dernières années, le gouvernement s’est appliqué à améliorer substantiellement le doing business, c’est-à-dire l’environnement des affaires.

Pourquoi malgré les tensions politiques, vous avez décidé de rentrer définitivement en Guinée, il y a un an ?

J’ai cru devoir revenir très tôt au pays,parce que je n’ai jamais douté que la situation politique finira par se décanter et donc que l’économie sera relancée. Par ailleurs, en tant que chef d’entreprise, je connais le rôle moteur des PME-PMI dans le développement économique d’un pays et en termes de production et d’emploi. L’exemple des États-Unis est le plus édifiant. Dans ce pays, le secteur des PME-PMI représente près de la moitié du PNB et plus de la moitié des emplois du secteur privé. Ces indicateurs sont beaucoup plus accentués dans les pays africains, où l’informel et le privé dominent nettement l’économie. C’est dire que la Guinée aussi devra développer et qualifier davantage le secteur des PME-PMI, dans le privé mais aussi dans l’informel. Prenons garde que l’intérêt pour le secteur minier, qui est certes très porteur, ne relègue au second plan le développement des PME-PMI. Comme je l’ai montré, ce secteur a un rôle majeur à jouer en termes de production et d’emplois. Pour ma part, revenu au pays, j’ai créé une nouvelle entreprise, EMYCEF, à côté de ma société DIALLO TRANSIT que je possédais avant d’aller aux États-Unis, il y a une dizaine d’années.

Dans quel secteur évolue EMYCEF ?

EMYCEF s’occupe de construction, de BTP et de fourniture d’équipements divers.

Pourquoi vous intéressez-vous à la construction ?

Vous connaissez cet adage des économistes selon lequel « quand le bâtiment va, tout va ». En effet, le développement de la construction booste tout un ensemble d’activités : la décoration, l’électroménager, l’ameublement, la chaudronnerie, la menuiserie métallique, le carrelage, la production de peinture, de tôle, de chevrons, etc., l’électricité domestique, la fourniture d’eau, les infrastructures commerciales et tant d’autres activités. En outre, le développement du bâtiment augmente les redevances foncières et crée diverse taxes pour l’État, donc contribue au budget de développement. D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne, tout est à faire dans le secteur de la construction en Guinée. Voilà pourquoi, entre autres raisons, EMYCEF s’est lancée dans la construction.

À votre avis d’économiste, qu’est-ce qu’il faut pour développer le secteur des PME-PMI en Guinée, notamment la construction ?

D’abord, le ministère de l’Industrie et des PME doit implanter une politique cohérente de développement des PME-PMI. À ce niveau, il faut reconnaître que ce ministère est en train de faire des efforts louables sous la coordination du gouvernement et en partenariat avec la Banque Mondiale. Cette politique devra permettre aux PME-PMI guinéennes de maîtriser les outils standards de comptabilité et de gestion pour être éligibles aux crédits bancaires en toute sécurité pour les banques. Ensuite, il faut dire que la Guinée regorge de compétences dans le secteur privé, il y a des chefs d’entreprises dynamiques entourés par une équipe de jeunes cadres qualifiés, mais leur travail est souvent entravé par une insuffisance d’outillages et de machinerie. Pour y remédier, il faut une implantation accrue de sociétés de leasing en Guinée pour mettre à la disposition des PME-PMI les outillages et la machinerie nécessaires à moindre coût. En ce qui concerne l’accès des PME-PMI aux marchés publics, étant entendu qu’elles ont un grand rôle à jouer dans la production des biens et services de base, le développement local et la création d’emplois, l’État devrait revoir à la baisse les tarifs des quitus fiscaux car ces entreprises ont de faibles revenus. Enfin, par souci d’équité et pour promouvoir pleinement la libre concurrence, l’État devrait veiller à ce qu’il y ait plus de transparence dans l’attribution des marchés publics. Je crois que si ces points sont satisfaits, la Guinée pourra connaître un accroissement rapide de la production des biens et services et de la création d’emplois mais aussi l’émergence d’une classe moyenne, moteur de croissance.

Dans le secteur privé guinéen, quel est le sous-secteur qui a connu un développement rapide, d’après vous ?

De toute évidence, c’est l’éducation. On a vu une floraison d’écoles privées pour satisfaire une demande accrue, car l’école publique a des capacités d’accueil limitées par rapport à la croissance démographique. Pour cela, il y a eu des visionnaires comme Madame Aicha Bah ancienne Ministre, le Dr Ousmane KABA qui a fondé la première université privée du pays, l’Université Kofi Annan de Guinée (UKAG). D’autres leur ont emboîté le pas, comme les fondateurs de l’Université Nongo de Conakry (UNC), de l’Université Mercure  à Kipé, ou de l’Université Mahatma Gandhi, à Lambanyi, etc. Ces institutions universitaires privées dispensent un enseignement de qualité reconnue par l’État, de sorte qu’un nombre croissant de bacheliers y sont orientés par le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et bénéficient de bourses d’État. Cette floraison d’écoles privées est encore plus grande dans l’enseignement primaire et secondaire.

Votre dernier mot ?

Je vous remercie pour l’opportunité que vous m’avez offerte de m’exprimer. Mes études universitaires et mon expérience aux États-Unis m’ont appris toute l’importance des PME-PMI dans la croissance économique. L’essor du secteur minier et du secteur agricole dans notre pays doit être accompagné par celui du secteur des PME-PMI. Les Guinéens ont de plus en plus l’esprit d’initiative. S’ils sont appuyés par une politique cohérente et des sociétés de leasing, je crois que le développement de la Guinée sera accéléré, pour le plus grand bonheur de tous et de chacun.

    Référence : Boubacar Diallo, MBA, université Devry, New York, PDG d’EMYCEF et de DIALLO TRANSIT Tél. : 00224-656 22 22 22 Email : bd@emycef.com

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