Hommage: Nelson Mandela, icône de la liberté.

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Nelson Mandela a été le prisonnier politique le plus célèbre de la planète. Il est aujourd’hui devenu un héros quasi mythique. Figure majeure du militantisme anti-apartheid, prisonnier politique le plus célèbre du monde et premier président noir de l’Afrique du Sud, c’est tout autant le père de la nation arc-en-ciel qu’un héros mondial qui s’est éteint le jeudi 5 décembre, à l’âge de 95 ans.

L’enfance heureuse

Nelson Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le petit village de Mvezo, dans le Transkei (sud-est) au sein du clan royal des Thembu, de l’ethnie xhosa. Mais c’est dans le village voisin de Qunu, qu’il passera son enfance et, dira-t-il plus tard, ses « années les plus heureuses ». Il reçoit une éducation en anglais dans une école tenue par des missionnaires protestants où son institutrice lui donne le prénom britannique de « Nelson ».

Son père l’avait quant à lui appelé « Rolihlahla », qui signifie en xhosa « fauteur de troubles ». Mandela va très vite montrer son aptitude à la rébellion. Il poursuit ses études à l’université de Fort Hare (sud) jusqu’au moment où il est exclu pour cause de conflit sur l’élection de représentants étudiants. Apprenant alors que sa famille le promet à un mariage arrangé, Nelson Mandela s’enfuit, à 22 ans, à Johannesburg.

Le jeune loup de l’ANC

C’est là que le jeune homme, amateur de femmes et de boxe, découvre ce qu’est véritablement la ségrégation dont sont victimes « les gens de couleurs ». Il y rencontre le militant anti-apartheid Walter Sisulu, qui devient son mentor et le fait entrer en 1944 au Congrès national africain, l’ANC. Il travaille alors comme jeune clerc dans un cabinet d’avocats et épouse, la même année, Evelyn Mase.

Avec Walter Sisulu, Oliver Tambo et d’autres jeunes loups, il fonde la Ligue de la jeunesse de l’ANC, plus radicale que le parti face à un régime qui a institutionnalisé l’apartheid en 1948. Il est encore un nationaliste africain pur jus qui ne veut plus de Blancs en Afrique du Sud. Pour Verne Harris, responsable du programme de mémoire de la Fondation Mandela, c’est au début des années 1950 qu' »il est passé d’une position africaniste, où les Blancs n’auraient aucun rôle à jouer dans la lutte de libération, à une approche multiraciale. » « C’est venu des expériences difficiles des actions de protestation du début des années 1950 » qui visaient à s’opposer à la systématisation de la ségrégation, explique-t-il à l’AFP.

La lutte armée

Mais une autre rupture attend Nelson Mandela. Alors que l’ANC a fait sien, depuis sa création en 1912 (alors sous le nom de Congrès indigène national sud-africain, SANNC), le principe de la non-violence cher à Gandhi, le massacre de Shaperville le 21 mars 1960, répression sanglante d’une manifestation dans un township, et l’interdiction de l’ANC la même année, font basculer la résistance dans la clandestinité. Abandonnant la non-violence, Nelson Mandela plaide alors pour le recours à la lutte armée. « Pendant 50 ans, l’ANC avait considéré la non-violence comme un principe central. Désormais, l’ANC serait une organisation d’un genre différent. Nous nous engagions dans une voie nouvelle et plus dangereuse, la voie de la violence organisée », a-t-il écrit dans ses mémoires.

En juin 1961, il fonde la branche armée de l’ANC, « Umkhonto we Sizwe » (« le fer de lance de la nation » en zoulou, abrégé en MK). Il sillonne l’Afrique du Sud, va chercher du soutien auprès des « pays frères », en Afrique et dans le bloc soviétique, en changeant régulièrement de points de chute et de couverture. Les premiers attentats à la bombe, très artisanaux, sont perpétrés à Durban, Port Elizabeth et Johannesburg à la fin de l’année 1961. Ils visent surtout des centrales électriques et des centres de délivrance des laissez-passer aux Noirs.

Le détenu 46664

Arrêté à plusieurs reprises, il fait partie, en 1962, des membres de l’état-major d’Umkhonto we Sizwe raflés à Rivonia, près de Johannesburg. Jugé pour « sabotage » et « tentative de coup d’Etat » – des crimes passibles de la peine de mort –, Nelson Mandela est condamné à vie. Il fait, le jour du verdict, le 12 juin 1964, un plaidoyer historique : « J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » Son nom restera inscrit sur la liste des terroristes aux Etats-Unis jusqu’en 2008 !

Il passe 18 de ses 27 années de prison dans le bagne de Robben Island, une petite île au large du Cap. Soumis à un régime de détention draconien, Nelson Mandela ne répond plus qu’au matricule 46664. Son nom, son visage sont bannis d’Afrique du Sud. Derrière les barreaux, il devient le symbole de l’oppression de son peuple, tandis que le monde entier appelle à sa libération. Alors que le régime de l’apartheid, mis au ban de la communauté internationale, asphyxié par les sanctions, est aux abois, le prisonnier entame secrètement des négociations en 1986 avec ses geôliers. « Je n’étais pas disposé à abandonner la violence sur le champ, mais je leur ai affirmé que la violence ne pourrait jamais être la solution définitive à la situation en Afrique du Sud », a-t-il écrit dans ses mémoires.

Le « détenu 46664 » est finalement libéré le 11 février 1990. La photo de sa sortie de prison aux côtés de sa seconde épouse Winnie, devenue égérie de la résistance au régime, fait le tour du monde.

Le président

L’Afrique du Sud menace alors de sombrer dans les règlements de compte et la guerre civile. Mais celui qui a appris en prison à comprendre ses adversaires, à leur pardonner et à travailler avec eux, parvient à éviter le pire. Avec son ennemi d’hier, le dernier président de l’apartheid, Frederik De Klerk, il réussit à s’entendre pour organiser les premières élections démocratiques multiraciales le 27 avril 1994. Pour avoir ainsi su dépasser leurs antagonismes et mené leur pays à la réconciliation, les deux hommes partageront le prix Nobel de la paix en 1993.

L’ANC remporte haut la main ce premier scrutin qui ouvre l’ère post-apartheid. Et c’est sous les couleurs de ce parti que Mandela devient le premier président de la nouvelle nation arc-en-ciel. Le bilan de sa présidence est indéniable : lorsqu’il cède le pouvoir, à 81 ans, à son successeur, Thabo Mbeki, en 1999, le pays est pacifié, la nouvelle constitution est saluée pour son progressisme, la Commission vérité et réconciliation (TRC), présidée par l’archevêque Desmond Tutu, a entendu de 1995 à 1998 les victimes et pardonné aux bourreaux, l’Afrique du Sud a réintégré le concert des Nations et son économie s’est ouverte.

Ce dernier point lui sera cependant reproché. « Les cadres et références marxistes ou socialistes profonds dans sa pensée ont alors étés abandonnés, et une nouvelle sorte de cadre presque libéral a émergé », analyse Verne Harris de la Fondation Mandela. Dans une tribune publiée le 24 juin 2013 dans « The Guardian », le politicien sud-africain Ronnie Kasrils, qui fut membre de l’ANC de 1987 à 2007, revient sur ce qu’il appelle le « pacte faustien » de l’ANC, le prêt contracté par l’Afrique du Sud auprès du Fonds monétaire international. « De 1991 à 1996, la bataille pour l’âme de l’ANC fut engagée et en fin de compte gagnée par les grandes groupes économiques. Nous nous sommes fait piéger par l’économie libérale », regrette-t-il.

Président, Nelson Mandela s’est aussi attiré des critiques pour son traitement de l’épidémie du sida dans les années 90, qu’il ne prit alors pas assez au sérieux – il s’en est excusé ensuite, alors que Thabo Mbeki se discréditait totalement sur ce dossier en remettant en cause le lien entre VIH et sida puis en refusant, jusqu’en 2003, l’accès aux antirétroviraux. En refusant de faire un deuxième mandat, en laissant le pouvoir à Thabo Mbeki, en 1999, Nelson Mandela avait d’ailleurs tout autant suscité l’admiration que la réprobation. Nombreux sont ceux qui estiment que l’Afrique du Sud aurait eu besoin de le garder à sa tête un peu plus longtemps…

Le héros mythique

« Icône mondiale de la réconciliation » selon les termes de Desmond Tutu, adulé par les Noirs, respecté par les Blancs, Nelson Mandela est devenu pour toute l’Afrique du Sud « Madiba », son nom de clan transformé en surnom affectueux. Depuis qu’il avait pris sa retraite en 1999, après avoir épousé, en 1998, en troisièmes noces, Graça Machel, il s’était retiré de la vie publique, partageant son temps entre Johannesburg et Qunu. Hospitalisé à plusieurs reprises pour une infection pulmonaire probablement liée à une tuberculose contractée en prison, il n’avait pas fait d’apparition en public depuis 2010, s’enveloppant peu à peu dans une aura de héros mythique.

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