Interview,Monsieur Daniel Couriol, directeur du Centre Culturel Franco- Guinéen.

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Nous avons rencontré au mois de décembre, Monsieur Daniel Couriol,directeur du Centre Culturel Franco- Guinéen, pour parler de lui et des activités du CCFG.

Mad Men : M.Couriol, retracez nous un peu votre parcours ?

Mon parcours est depuis plus de 30 ans et il est  exclusivement consacré à la vie culturelle et à la communication culturelle. J’ai démarré jeune attaché de presse, notamment de la danse audio, j’ai été directeur de communication à Saint-Etienne , d’opéra de Lyon et quelques festivals. Puis pendant quelques années, j’ai dirigé la maison de culture qui était dans la région de Saint-Etienne, je me suis occupé de la mise du dossier d’instruction de l’UNESCO. En 2006, j’ai créé à Paris une entreprise d’ingénierie culturelle où je travaillais en littéral jusqu’en Août 2011 en parallèle et toutes ses aventures culturelles. Et lorsque je suis sorti, mes diplômes en poches , j’ai été chargé de cours  puis maitre-assistant , professeur associé notamment dans une école d’ingénieur à Saint -Etienne où  j’étais professeur de lettres et des sciences humaines ,donc voilà pour avant. Ensuite les nominations binationales dans les institutions françaises qui relèvent des affaires étrangères ,  j’ai donc  été choisi pour diriger  le Centre Culturel Franco-Guinéen  depuis septembre 2011. Je suis sorti de l’université finalement avec trois diplômes : un en sciences politiques, un en histoire et aussi j’ai fait des études en piano ,donc j’ai une triple formation en quelque sorte.

Mad Men : Y a t-il eu quelques changements depuis votre arrivée ?

C’est pas à moi de dire s’il y a eu changement, parce que ça ne sera pas étonnant de faire mon  propre bilan.Alors je laisse aux journalistes, aux médias , au public, aux partenaires, de le faire. C’est vrai que je suis arrivé avec une ambition , j’essaie de partager cette ambition avec l’ensemble de mon équipe, qui est de consolider l’assistance financière, accompagner le développement de la culture guinéenne ; c’est l’objectif principal et puis…une ambition qui est plus nouvelle, mais j’espère qu’elle va se développer dans le temps qui me reste encore à accomplir en Guinée, c’est de pouvoir mettre en place d’une manière plus significative une véritable politique de décentralisation. Voilà l’ambition des projets que je me porte ! Après, les résultats c’est pas à moi de les évoquer et je ne peux pas être juge et partie

Mad Men : M. Couriol vous vous plaisez en Guinée ?

Absolument ! Les Guinéens, d’une manière générale ont été très chaleureux , sympathiques et  je n’ose pas dire que je suis un poisson dans l’eau, parce que j’ai encore des millions de choses à apprendre sur la culture guinéenne, sur le pays,  parce que le temps passe vite et qu’on a toujours envie d’aller plus loin dans la connaissance . Mais c’est vrai que je suis véritablement  heureux de vivre cette aventure aujourd’hui en Guinée.

Mad Men : Parlons du CCFG, nous avons l’impression que depuis votre arrivée, le Centre est devenu vivant. C’est quoi votre secret ?

Je ne sais pas si c’est un secret , je pense d’abord que j’ai utilisé l’expression qui est de faire  revenir le Centre vers le Centre, c’est-à-dire que je ressentais quand même que  le centre était sans doute  un peu trop replié sur lui-même et qu’il fallait donc l’ouvrir davantage au milieu culturel, notamment aux jeunes générations sans oublier d’approfondir la politique de création dans le domaines théâtrale , musicale mais aussi commencer à ouvrir le Centre à des expressions nouvelles comme la danse contemporaine et d’autres. Je pense à une dimension de renforcement.Prenons un cas avant mon arrivée, l’action théâtrale, je n’ai pas inventé le théâtre, c’est d’avoir un cadre de travail, une grande visibilité sur les créations, approfondir l’aspect créatif, renforcer l’impact médiatique publicitaire de ces créations, c’est de faire en sorte d’accueillir des événements. Je prends exemple sur  «  les 72 heures du livres » partager avec l’initiateur Sansy Kaba à travers lui et toute l’équipe de l’harmattan, toutes les associations qui gravitent autour, sans s’interroger sur le sens à donner à cette manifestation .Donc être partenaire c’est être responsable. Nous sommes heureux d’accompagner le développement de  la culture guinéenne. Notre mission est de privilégier ce lien  entre la Guinée et la France et de  permettre au secteur culturel guinéen d’avoir un espace de proposition  de présentation de ces créations .Je crois au rayonnement du CCFG.

Mad Men : Comment trouvez vous les artistes guinéens, comédiens, hommes de théâtre et musiciens ?

J’ai beaucoup d’admiration , le plus souvent en immense majorité  nous avons affaire à des personnes passionnées , des personnes qui s’engagent personnellement pour leur art , des personnes extrêmes, créatives , donc c’est un sentiment véritable qui est- là, après au sein de la nouvelle génération se pose une question fondamentale de la transmission du savoir, de l’appropriation artistique  et donc savoir comment mettre en formation en professionnalisant aussi bien dans les métiers purement artistiques et dans  les métiers qui accompagnent la culture en générale. C’est beaucoup d’échanges et de ces échanges naissent des idées intéressantes.

 Mad Men : Quelles sont les actions déjà réalisées par le Centre Culturel Franco- Guinéen ?

Il y en a beaucoup, je crois que j’en ai évoqué une  qui est évidemment  la principale, c’est elle qui donne son âme et son sens  à un lieu tel que un centre comme le CCFG. C’est la création notamment dans le domaine théâtrale et chorégraphique. On peut dire que c’est le socle pour lequel évidemment les moyens les plus importants sont consacrés. En même temps il y a une politique d’accueil d’un certain nombre de concerts, parce qu’il nous semble important que ces artistes puissent se produire.Et puis, il y a toute une série d’événements que nous portons en partenariat avec l’institut français de Guinée que dirige Nicolas Destré , le Conseil culturel.Il y a un vrai travail de complémentarité entre nous  , sous l’autorité de l’ambassadeur de France en Guinée . Je pense notamment au «  72 Heures du Livre » puisque la base de la culture, c’est quand même l’apprentissage et la lecture,  d’où  le soutien à cette manifestation  et d’où la présence au sein du centre culturel d’une médiathèque qui est la plus importante du pays, avec plus de 18 mille ouvrages. Il ya également le soutien au festival de bandes dessinées « Bulle D’encre » initié par Oscar , le Djembé d’OR de Jean-Baptiste Williams , le partenariat avec la RTG Koloma etc.

Mad Men : Parmi les projets réalisés par votre institution, quel est celui qui vous a le plus marqué ?  

C’est difficile de répondre à cette question,  mais pour ma part  il ya des créations  qui me semblent marquants avec un état  d’esprit nouveau. Je pense à la première mondiale de  l’enfant noir de Camara Laye, pour la première fois adapté et mis en scène au théâtre par Soulay Thianguel , Lysistrata de Ansoumane Djessira Condé qui a fait l’adaptation la mise en scène et qui a véritablement fait le buzz, parce qu’il posait au moment où la pièce était créée une question fondamentale qui n’est pas vraie pour la Guinée, mais vraie pour tous les pays du monde entier : quelle place ont les femmes dans la société et comment arrive t-on dans un pays à une société  apaisée. C’est donc une question qui n’estt pas neutre et je suis très heureux que ce spectacle ait fait le buzz sur la toile . La récente création «  Sikasso » écrite par le professeur Djibril Tamsir Niane, interdite sous Sékou Touré, que nous avons pu monteraprès qu’elle a été présente à la fin des années 60 au théâtre  Daniel Sorano de Dakar, c’est évidemment une avancée dans la culture guinéenne qui a été mise en scène par mme Keita Oumou Telly Diall et puis il ya eu l’aventure formidable au mois de mai de 2013 de la création de Georges Momboye qui était la première création véritable de danse contemporaine en Guinée . Donc vous voyez j’en cite quatre, ça ne veut pas dire à mon sens qu’ ils ont été les plus aboutis, mais je pense qu’il avait une résonnance particulière dans le contexte actuel de la Guinée.

Mad Men : Le centre organise plein d’événements et soutient beaucoup de projets , comment faites vous pour trouver le financement ?

Il y a d’abord le financement principal du ministère des Affaires Etrangères européenne  et depuis cette année il y a un début de financement du ministère de la culture et du patrimoine historique  guinéen. C’est quelque chose que l’on tient  à saluer, parce que c’est une première et c’est un encouragement pour toute l’équipe franco-guinéenne que j’ai le bonheur de diriger. Nous avons de plus en plus en dehors des recettes propres de billetterie et on a le soutien de nombreux partenaires privées qui nous permettent évidemment d’aller plus loin  dans nos propositions, que ça soit en terme de communication ou de montage de projets artistiques.

Mad Men : Êtes-vous musicien ? Il ya un an de cela vous avez joué avec un groupe de musiciens guinéens….

Oui et non en même temps, quand j’étais plus jeune j’ai pris des cours de piano , donc je suis musicien- amateur et j’ai fait du piano- bar et depuis 30 ans je n’étais  pas remonté sur scène et c’est avec Africain Groove de Maître Barry que j’ai joué pour la première édition d’un festival appelé «  Musique sans Frontière » qui est de tendance jazz et qui réunit des musiciens de différentes cultures du monde entier et nous allons faire la deuxième édition le 11 avril 2014.

Mad Men : faites nous un peu le bilan de vos 2 ans de gestion du Centre Culturel Franco Guinéen !

Je pense que c’est un bilan plutôt positif, mais je suis prudent dans mes propos, parce que je pense qu’un bilan doit être dressé davantage par des personnes un peu extérieur. Mais je pense qu’on arrive dans une situation  où le Centre est encore dans une situation fragile financièrement,  et on a un gros travail d’organisation à accomplir pour être plus performant. Je souhaite que l’ensemble du personnel continue à s’élever dans cette recherche d’excellence. Il y a eu des créations qui ont permis de rendre plus lisible le Centre culturel auprès du public  ou des partenaires et auprès des médias, donc c’est un progrès qui me semble assez incontestable. Nous avons ponctuellement  fait un certain nombre d’actions de décentralisation et je crois que le véritable progrès à accomplir pour les prochains mois, c’est évidemment de trouver les moyens pour davantage inscrire dans une décentralisation.Nous avons commencé avec les ondes,ce qui permet d’être près des Guinéens, mais ce n’est pas assez, donc l’objectif principal c’est de pouvoir accomplir ce travail de décentralisation  qui permettra au CCFG de trouver sa pleine et nécessaire dimension.

Mad Men : Comptez- vous rester en Guinée après votre mandat?

Pour répondre a cette question c’est  un peu prématuré, mais j’ai réfléchi très sérieusement, tout dépendra de ce que le ministère des Affaires étrangères souhaitera pour la suite, parce que je  suis heureux de servir mon pays et puis  la cause de l’amitié  Franco – Guinéenne dans cette fonction actuelle.

Mad Men: Le mot de la fin ?

Je souhaite à vos lecteurs et au peuple de Guinée mes vœux les meilleurs pour l’année 2014 , santé , prospérité, bonheur et qu’elle nous apporte beaucoup de succès dans nos projets . Merci !

Interview réalisée par Oumel Bah

 

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