Electricité en Guinée: Le casse-tête de tous les régimes.

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Depuis son indépendance le 2 octobre 1958, la République de Guinée n’a jusqu’à présent pas pu régler le problème d’électricité, même dans sa capitale Conakry. Apparemment les guinéens devaient remercier le Tout-Puissant Allah d’avoir donné l’air sans intermédiaire. Imaginez que l’air devait être fourni par EDG. Ils seraient tous morts par manque d’air ou le délestage d’air. La société d’Electricité de Guinée a fait du mot délestage une marque déposée. A cause de la rage de ses clients, délestage est même devenu «délestage». Rappelons qu’un projet dénommé « Énergie II » coordonné par la Banque mondiale avait été ficelé en 1992 pour un début d’exécution en 1994 avec la première privatisation de la SOGEL (Société guinéenne d’électricité). Puis, en 1996, il y a eu la revue à mi-parcours de ce projet en juillet, dont les résultats ont révélé que le schéma de la privatisation était un échec. Le gouvernement guinéen a finalement nationalisé SOGEL qui est devenu EDG et dissoute ENELGUI en 2001. La société canadienne qui gérait ENELGUI a plié bagages parce que des cadres du ministère de l’Energie avaient convaincus le Président Lansana Conté qu’ils pouvaient bien gérer la société. Parce qu’ils avaient les mêmes compétences que ces expatriés canadiens qui avaient des salaires astronomiques. Mais depuis lors la société est confrontée à de nombreux problèmes. Ces fameux cadres soi-disant nationalistes ne se font plus voix. Ils sont les vrais fautifs de la déliquescence de la gestion d’EDG.

Aujourd’hui, le gouvernement peine à privatiser la société. Nos anciens partenaires canadiens auraient porté plainte contre la Guinée pour rupture de contrat et décourageraient toute société qui s’intéresserait à EDG. Au sein de la boite des clans se sont formés. Des cadres qui pour saboter tel ou un tel nouveau directeur font mal le boulot sans penser aux milliers de Guinéens dans l’obscurité. D’autres volent le carburant destiné aux groupes électrogènes. Seulement s’ils pouvaient penser aux malédictions qu’en appellent les clients quant il y a une coupure. Aujourd’hui certains parents désespérés qui n’osent pas laisser leurs enfants aller sous les lampadaires publics forcent leurs enfants à réviser sous l’éclairage d’une bougie ou d’une lampe tempête. Alors qu’on achetait ces choses pour les parents au village. De nos jours, elle est devenue bien plus utile en ville qu’au village. Des lampes tempêtes et bougies qui ont énormément causé de dégâts dans des familles. Des élèves morts avec toutes leurs familles, calcinés parce qu’ils apprenaient avec des bougies et se sont endormis éternellement. Et pourtant l’avenir de la Guinée n’appartient pas aux macchabées. Heureusement que les Guinéens peuvent se trouver des lampes solaires, des panneaux solaires, des torches, des téléphones et même des ordinateurs solaires. On peut dire merci à nos cousins Chinois. Depuis quelques années, les Guinéennes ne peuvent plus regarder les séries télévisées latino-américaines. C’est devenu un luxe pour lequel il faut avoir les reins solides avant de regarder maintenant avec un groupe électrogène. Toutes les usines, tous les bureaux des administrations publiques et privées sont alimentés par des groupes électrogènes au moment où 1 litre de carburant est vendu à 9 500  GNF à la pompe. Puisqu’EDG est devenu un mari polygame qui distribue le courant électrique aux différents quartiers de Conakry à tour de rôle. Comment peut-on penser à l’amélioration du panier de la ménagère quand suite à des coupures d’électricité, des congélateurs ne fonctionnent pas et que trois jours voire une semaine après, quand c’est rétabli, les commerçants nourrissent les populations avec du poisson ou de la viande faisandée ? Comment penser au développement quand, lorsque l’Etat veut encourager les PME et qu’un jeune ouvre une scierie, elle ne fonctionne pas pendant des semaines, alors qu’il a des employés à payer ? Comment vouloir s’arrimer au reste du monde et l’usage des nouvelles technologies par la jeunesse quand par manque d’électricité, une salle d’informatique dans un établissement quelconque ne peut fonctionner pour que les élèves en profitent ? En Guinée, l’accès à l’électricité est très faible soit 17% dans les zones urbaines et 3% dans les zones rurales. Les défis rencontrés dans le secteur de l’électricité sont essentiellement la conséquence de la mauvaise performance de la distribution d’électricité réalisée par l’EDG, qui souffre de différents problèmes notamment son infrastructure, la maintenance des actifs, les coupures, les vols et pertes, la facturation et les taux de perception, et sa mauvaise performance financière. Pour résoudre cette problématique, des pistes de sortie de crise sont identifiées par les différents acteurs : la réforme institutionnelle, le redressement financier, etc…

Dès 2011, le Président Alpha Condé a engagé après son investiture la remise en bon état, de tout le système d’électrification du pays. Notamment tous les équipements vétustes datant de décennies sans remplacement, remettre à niveau tous les techniciens et désigner ou nommer de nouveaux cadres pour une gestion rationnelle des nouveaux équipements. Surtout rester dans la logique de construction, d’installation de tout le système de production, d’exploitation et de distribution de l’électricité aussi bien dans la capitale que sur l’ensemble du territoire national. Plusieurs nouveaux équipements ont été implantés ou sont en voie d’implantation sur d’anciens ou de nouveaux sites, les barrages existants ont connu des rénovations. Le projet de construction du barrage de Kaleta sur le Konkouré a été démarré le 4 avril 2012 et dont le lancement est prévu pour 2015, des lampadaires solaires sont installés dans les trente trois préfectures en vue de l’éclairage public. Après deux ans de travaux dans ce secteur, le bilan n’est certes pas très reluisant, mais un grand pas est franchi et augure des lendemains meilleurs. Seulement la question que tous les Guinéens se posent aujourd’hui est de savoir si les bons résultats acquis sont liés à un problème d’hommes. Après les manifestations contre le délestage à Conakry, un nouveau directeur général a été nommé en lieu et place de l’ancien Coordinateur général d’EDG. M. Nava Touré, le nouveau directeur général serait-il le sauveur quand on croit que son prédécesseur n’était pas à la hauteur ? Apparemment les bons résultats enregistrés ces derniers mois par EDG relèvent des grands moyens disponibles et de l’organisation rationnelle du travail. Mais si les détournements de fonds ne cessent pas, EDG va beau changer d’équipe dirigeante, mais les problèmes subsisteront. Le vol d’électricité par la plupart des consommateurs n’arrange non plus la situation. Les équipements de production d’énergie électrique qui ont été installés par les régimes précédents pour satisfaire les besoins d’une quantité de populations et d’industries déterminées ne peuvent plus suffire. Un aperçu sur quelques sources d’énergie existantes : Samou : site des Grandes Chutes, puissance installée : 20 MW ; Samou : site de Donkéa, puissance installée : 15 MW ; Kokoulo : site de Kinkon, puissance installée : 3.2 MW ; Tinkisso : site de Dabola, puissance installée : 1,5 MW ; Garafiri : puissance installée : 75 MW. Le pays devait avoir comme première vocation le ravitaillement de la sous-région en énergie électrique après avoir satisfait ses propres besoins domestiques et industriels. Il est que l’électricité en Guinée doit être d’origine hydro électrique ou elle ne sera pas. Cette source devra naturellement être complétée par de l’énergie renouvelable comme l’énergie solaire et l’énergie éolienne. La première république avait fourni des efforts dans l’identification et l’étude des barrages hydro électriques. Selon les archives du ministère de l’Information et de l’idéologie d’alors, sept barrages avaient été étudiés et 56 emplacements identifiés avec des données précises sur le site, le débit du cours d’eau, la hauteur des chutes, la puissance installée exprimée en mégawatt (MW) et l’énergie produite en MWh. On peut citer entre autres sites étudiés : le site de Fomi sur le Niandan : débit : 260 m³/s, puissance installée : 85 MW ;  le site de Souapiti sur le Konkouré : débit : 349 m³/s, puissance installée : 400 MW ; le site Amaria toujours sur le Konkouré : débit : 602 m³/s, puissance installée :   500 MW ; etc …. Comme sites identifiés mais non étudiés : le site Pellel sur Sala : débit : 6.5 m³/s, puissance installée : 54 MW ; le site Fetorè II sur Fetorè : débit : 14 m³/s, puissance installée : 55 MW ; le site Tougué sur le Kioma : débit : 20 m³/s, puissance installée : 100 MW ; le site Kaga sur le Bafing : débit: 35 m³/s, puissance installée : 150 MW ; le site Kakirima I à VI sur le Kakirima : puissance installée totale I à VI : 230 MW ;  le site Tominé à Gaoual : débit : 350 m³/s ; puissance installée : 200 MW ; etc…

En 1994, feu le Général Lansana Conté voulait vaille que vaille laisser à la postérité une trace bien visible de son passage à la tête du pays. Il s’est lancé le défi de construire le barrage de Garafiri pour donner du courant aux Guinéens. La Banque mondiale ayant boudé le projet, il s’est tourné vers le peuple de Guinée pour trouver le reliquat qui devait être versé par celle-ci. Tous les guinéens ont contribué à l’époque. Le barrage tant attendu fut construit, mais il n’a pas pu résoudre le problème énergétique. On accuse le Président Conté d’avoir choisi une entreprise pas très compétente pour l’exécution des travaux. Le barrage Garafiri n’a jamais pu avoir assez d’eau pour tourner en plein temps. L’environnement dégradant du site aurait diminué la pluviométrie. A cause des populations riveraines qui à force de couper et vendre le bois ont fini par détruire les forêts qui devaient protéger le lit du barrage. Le barrage est incapable de satisfaire en toute saison les besoins même de la seule ville de Conakry. En saison pluvieuse, il ne peut plus assurer la fourniture de l’électricité à cause de la déforestation. A cela s’ajoute la destruction des pylônes de transport et le vol des câbles.

Depuis 1999, la Guinée n’a lancé le moindre programme conséquent de développement énergétique pour résoudre de manière durable les problèmes d’approvisionnement en énergie électrique. L’installation de groupes thermiques comme Tombo 2, 3, ou 4 à Conakry ne peut représenter qu’une solution provisoire. Tout comme la location des groupes électrogènes de la société britannique Aggreko d’une capacité totale de 50 mégawatts pour un coût estimé à 9 millions de dollars. Les centrales thermiques continuent à coûter chères à l’Etat pour de faibles résultats. Le Président Alpha Condé a déjà lancé la construction du barrage de Kaléta. Espérons que Kaléta ne sera pas comme Garafiri et d’autres seront construits dans les années à venir. Avec cet élan, peut-être que les Guinéens sortiront de l’obscurité d’ici 2020.

Payez vos factures !

Il y a une chose importante qui manque aux Guinéens, le civisme. Il se croit cet extra terrestre que tout lui soit dû. Beaucoup de Guinéens réclament le courant, mais ils ne paient pas leurs factures. C’est vrai qu’EDG produit peu, mais si cette quantité insuffisante était aussi payer par les clients, la donne allait changer. Selon un cadre d’EDG, il y a entre 30 à 40 mille clients qui ne payent pas leurs factures d’électricité, soit une perte estimée à plusieurs milliards de francs guinéens. La commune de Kaloum qui regroupe presque tous les services publics et privés, il n’y avait environ 4000 clients inscrits officiellement. Mais après l’inventaire, ce chiffre est monté à 12.000, soit plus de 8.000 branchements clandestins. Ces branchements clandestins faits par des agents de la société sont souvent source d’incendie. Beaucoup de familles sont endeuillées à cause de ces mauvaises installations. Une chose qui depuis le 11 décembre 2012 a poussé EDG à faire venir la société Gentina Contrôle pour diminuer les incendies à travers un contrôle stricte des installations domestiques et professionnelles. Mais jusqu’à présent les incendies continuent de faire des victimes dans les ménages. Il parait que certains ministres et hauts cadres de l’Etat ne s’acquittent jamais de leurs factures, refusant même que les techniciens d’EDG procèdent au contrôle de leurs compteurs pour relever leurs consommations et la facturer en conséquence. Le paradoxe en Guinée est que ce sont ceux qui ne consomment pas le courant qui paient pour les autres qui le consomment. Le Guinéen est le premier à réclamer ses droits alors qu’il ne remplit même pas ses devoirs les plus élémentaires. Il doit se remettre en question et faire une prise de conscience pour accomplir ces devoirs civiques. Car, il ne suffit pas toujours de réclamer avec fracas ses droits à l’Etat. Les manifestants contre les coupures intempestives d’électricité s’en prennent aux locaux et équipements d’EDG. Des actes qui augmentent les multiples charges de la société. Parce qu’il faut débloquer de l’argent pour réparer ces dégâts. L’équation devoir égale droit doit être la base de réflexion de tout citoyen. M. Laye Kouyaté, directeur de la communication d’EDG, soutient que pour donner un sur deux de courant, EDG débloque 41 milliards de francs guinéens par mois pour avoir 25 milliards. Même que c’est l’État qui paye cette différence d’écart pour ne pas que le panier de la ménagère soit atteint. « Parce que le kilowattheure qui est vendu à 3 mille est vendu à 90 francs guinéens. Le gouvernement a investi et les travaux sont en train d’être effectués », renchérit-il. Le gouvernement ne doit pas continuer à subventionner l’électricité. Heureusement qu’EDG va bientôt installer 40.000 compteurs électriques à carte prépayés pour lui permettre d’avoir les recettes du peu d’énergie qu’elle fournisse. Une façon de moderniser le réseau et le paiement à l’avance de la fourniture d’électricité à Conakry. L’initiative est de la BAD, de la BID et du gouvernement guinéen à travers le projet de réhabilitation et d’extension des réseaux électriques de Conakry (PREREC2). L’objectif est réduire le taux de pertes globales dans la zone du projet de 49% à 15%. Il s’agit de renforcer aussi la gestion financière d’EDG en instituant un contrôle et un équilibre financier tout en améliorant sa gestion commerciale avec l’augmentation du taux de facturation de 51% à 85% et de celui du recouvrement de 80% à 95% dans la zone du projet. Le PREREC2 devra tenir compter de la mentalité des Guinéens. Il faudra une sensibilisation  pour certains clients qui malgré leurs maigres revenus, ils ont des climatiseurs, réfrigérateurs, des réchauds, des fers à repasser électrique et thermoplongeurs. Les ampoules qui restent allumées toute la journée. Tout cela devrait cesser. Avec les compteurs prépayés, les clims, frigos, réchauds et autres vont disparaitre dans les ménages. Ceux qui se sont séjournés dans les pays limitrophes comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Mali savent comment les citoyens de ces pays ne blaguent pas avec la facture d’électricité. On ne trouvera jamais dans un ménage en Côte d’Ivoire, les ampoules allumées la journée, des clims, ni frigo, ni de fer à repasser encore moins un thermoplongeur. Même les plus nantis ne s’hasardent pas à ce gaspillage de l’électricité. Parce que l’électricité coûte extrêmement chère. Alors pour avoir le courant 24h/24h, les Guinéens doivent apprendre à payer leurs factures et à se brancher sur le réseau officiellement.

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