La tuberculose est devenue la maladie infectieuse la plus mortelle au monde et tue davantage que le sida.

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En marge de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU se tient ce mercredi à New York le premier sommet international sur la tuberculose. Malgré des traitements, la tuberculose est devenue la maladie infectieuse la plus mortelle au monde et tue plus que le sida, s’alarme l’OMS.

En 2016, 10,4 millions de personnes ont contracté la tuberculose et 1,7 million en sont mortes. On estime, toujours pour 2016, qu’un million d’enfants l’ont développé et 250 000 en sont morts (à l’exclusion de ceux ayant le VIH). L’Organisation mondiale de la Santé a tiré la sonnette d’alarme l’an dernier avec ces chiffres, affirmant que la tuberculose avait dépassé le sida parmi les maladies infectieuses. Les cinq pays les plus touchés par la pandémie sont l’Inde, l’Indonésie, la Chine, les Philippines et le Pakistan, ainsi que l’Afrique subsaharienne. Le sommet inédit de New York, ce mercredi, vise notamment à lever 13 milliards de dollars par an pour y mettre un terme d’ici 2030 et pour faciliter l’obtention de médicaments à moindre coût. Car les traitements existent.

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ? Eléments de réponse avec Pierre-Yves Norval, médecin, ancien expert de l’OMS sur la tuberculose et directeur du cabinet Team, qui apporte un soutien technique aux pays exposés à la maladie.

Comment expliquer une si forte présence de la tuberculose dans le monde alors que les traitements existent ?

La lutte contre la tuberculose a montré son efficacité. C’est une maladie dont on peut guérir dans au moins 80% des cas pour la tuberculose multirésistante. Pour ce qui est de la tuberculose ultra résistante, c’est-à-dire résistante à 4 molécules, le traitement est aussi efficace avec des taux qui sont variables et qui peuvent atteindre 80 %, mais qui sont souvent inférieurs, donc avec une mortalité plus élevée. Néanmoins, on peut guérir de toutes les formes de tuberculose si on est diagnostiqué et pris en charge correctement.

Le nombre de cas de tuberculose continue de baisser. Mais la baisse est moins importante que d’autres maladies, en particulier le sida, en terme de mortalité, et de nombre de cas par habitant. La baisse est de 2 % par an du nombre de cas pour 100 000 habitants. En Afrique, dans les pays plus pauvres, il y a une stagnation. Il faudrait une baisse de 5 à 10 % par an pour atteindre l’objectif de 2030 de l’OMS qui est d’éradiquer la maladie. La baisse est donc trop lente. Ceci est dû à un manque de moyens pour fournir des médicaments, mais aussi de moyens destinés à la recherche pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de la maladie.

Quelles sont les lacunes en terme de prise en charge de la tuberculose ?

Les traitements mis en place sont encore des traitements longs. Deux molécules ont été récemment trouvées pour les tuberculoses multirésistantes, mais il n’y avait pas eu de nouvelles molécules identifiées depuis 50 ans. Si on compare à d’autres maladies qui ont reçu plus de moyens, comme le sida, les nouvelles molécules ont été découvertes de manière plus rapide. Pour la tuberculose dite classique, les traitements durent six mois. Les traitements de la tuberculose dite résistante sont passés de 20 à 9 mois, mais cela reste encore long.

 

L’autre problème, dont le résultat est insatisfaisant, est le traitement de l’infection. L’infection correspond au stade pré-maladie et peut rester silencieuse toute la vie. Elle peut déclencher une tuberculose dans certaines conditions pour une petite proportion des cas, c’est-à-dire 5 à 10 %. Mais la mise en place du traitement pour l’infection est difficile à mettre en place. Le traitement de la prévention, c’est-à-dire de l’infection avant qu’elle ne devienne maladie, dure six mois. Or, il est impossible de mettre en place un traitement de six mois pour les personnes qui sont infectées par la tuberculose sans être malades. Cela représente un quart de la population mondiale.

Il est impossible de traiter un quart de la population mondiale avec un traitement préventif, en l’absence de symptômes pendant six mois. Cette absence de traitement préventif est un gros problème qui nécessite davantage de recherches, donc plus d’argent pour pouvoir espérer atteindre les cibles. Le traitement de neuf mois est long et pas toujours efficace.

On ne diagnostique pas suffisamment bien la maladie ?

Les outils de diagnostic restent encore insuffisants, en particulier chez l’enfant. Les moyens actuels ne sont pas à la hauteur des attentes pour atteindre les objectifs de l’OMS. Concernant les tuberculoses dites multirésistantes, il existe 600 000 nouveaux cas par an résistants aux antibiotiques, et seulement 30% sont dépistés, mis en traitement et notifiés.

De manière générale, le dépistage de toutes les formes de tuberculose est insuffisant et nécessite un effort. Pour ce qui est des traitements et des résultats des traitements, ils sont plutôt bons. Ils atteignent au niveau mondial plus de 80 % pour les tuberculoses classiques, un peu moins pour les tuberculoses multirésistantes. Les besoins les plus importants sont dans le dépistage. Il y a un manque de moyens financiers, humains et d’attention.

Qui sont les personnes touchées par la maladie ?

Les pays les plus touchés sont ceux qui ont les plus grosses populations : l’Inde, la Chine et l’Indonésie. Mais en termes de nombre de cas par habitants, les pays d’Afrique, en particulier d’Afrique subsaharienne, sont les plus touchés, notamment le Kenya, le Nigeria, le Zimbabwe, le Mozambique. On attrape la tuberculose par voie aérienne, en inspirant un bacille transmis par un malade. Seules 10% des personnes infectées vont développer la maladie. Il s’agit des personnes présentant une immunité affaiblie du fait de leur âge ou de l’interférence avec d’autres maladies, ou du fait d’autres problèmes tels que la malnutrition.

La tuberculose touche les zones concernées par le VIH et/ou la pauvreté. C’est la maladie de la pauvreté. Ce lien est historique. On a longtemps considéré dans les pays développés que le problème de la tuberculose était réglé. Mais la maladie a toujours été bien présente, elle a perduré et a baissé très faiblement dans les pays les plus pauvres.

https://www.franceculture.fr/societe/la-tuberculose-est-devenue-la-maladie-infectieuse-la-plus-mortelle-au-monde-et-tue-davantage-que-le

 

 

 

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