Interview de Monsieur Moukaram CHANOU ALAO, Directeur Général d’Ecobank Guinée

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«Notre mission est de créer une véritable banque panafricaine de classe mondiale tout en contribuant au développement économique de la Guinée»

Ouverte en 1999 à Conakry, Ecobank compte aujourd’hui parmi les trois meilleures banques primaires en Guinée. En une quinzaine d’années, elle a su se déployer sur l’ensemble du pays et gagner la confiance du public, alors que beaucoup lui prédisaient un rapide échec, à l’instar d’un certain nombre d’établissements bancaires qui ont tenté l’aventure et qui ont dû mettre la clé sous le paillasson ces dernières années en Guinée. Le directeur général de la banque panafricaine, Moukaram CHANOU ALAO, nous éclaire ici sur les points forts qui ont fait la réussite d’Ecobank et dégage ses perspectives pour les prochaines années en Guinée.

En quelle année Ecobank Guinée fut-elle créée ?

Tout d’abord permettez-moi de vous rappeler qu’Ecobank Transnational Incorporate (ETI) a été créée le 3 octobre 1985 par les différentes chambres de commerce de l’Afrique de l’Ouest ; c’était une vision des pères fondateurs du Groupe qui voulaient construire une banque panafricaine de classe mondiale, en contribuant à l’intégration économique et financière de l’Afrique. Trente-et-un ans (31) après, le Groupe Ecobank compte plus de 1 200 agences et bureaux dans trente-six (36) pays africains, une (1) filiale en France, des bureaux de représentation à Dubaï, à Londres et à Pékin. Ecobank Guinée fut créée en mai 1999 à Conakry, en tant que filiale du Groupe ETI. C’était la naissance de la dixième filiale du Groupe Ecobank qui poursuivait ainsi son expansion vers la conquête de l’Afrique.

Parlez-nous de vous et de votre banque…

Je totalise aujourd’hui vingt-huit (28) années d’expérience bancaire dont dix-sept (17) passées au sein du Groupe Ecobank que j’ai intégré en septembre 1999, par la filiale Ecobank du Bénin où j’ai occupé les fonctions de directeur des Engagements, puis directeur du Corporate Banking, avant de faire un break en 2004 de trois (3) ans pendant lesquels j’ai travaillé pour Citibank au Gabon. Je suis revenu à la maison Ecobank en 2007 en tant que directeur général de Ecobank Niger, avant de prendre la direction de la filiale guinéenne depuis le 1er mars 2012. C’était la dernière-née des banques à cette période où la Guinée totalisait déjà sept (7) banques. Considérée comme une banque guinéenne à son arrivée sur le marché, Ecobank a fait l’objet de méfiance de la part de la clientèle ; ses détracteurs lui donnaient une existence maximum de deux ans avant de disparaitre, parce que, se disaient-ils, tout ce qui est géré par les Africains est caractérisé par la mauvaise gouvernance et donc voué à l’échec. Face à ces multiples défis, Ecobank Guinée s’est attaquée au travail avec une forte agressivité commerciale pour se retrouver, en trois (3) ans d’activités, à la 3ème place après la BICIGUI et la Société Générale de Banques en Guinée. Après dix-sept (17) années de présence en Guinée (1999 -2016), Ecobank Guinée est leader dans le paysage bancaire guinéen avec un total bilan de plus 400 millions de dollars USA, un réseau de plus de vingt (20) agences, trente-huit (38) guichets automatiques de banque (GAB), huit (8) caisses déplacées, dix-huit (18) terminaux de paiements déployés auprès de nos clients, et trente (30) terminaux de paiement de caisse déployés sur l’ensemble de notre réseau d’agence .

Quelle est votre appréhension du marché bancaire et financier guinéen ?

Le marché bancaire guinéen est animé par quatorze (14) banques primaires dûment agréées par la BCRG et treize (13) Institutions de Micro Finances. C’est un secteur qui a souffert dans le passé, de problèmes de liquidités et de gouvernance ; depuis quelques années, on note une nette amélioration dans la gouvernance des banques avec une Banque Centrale qui joue pleinement son rôle de régulateur et d’organe de contrôle, pour éviter tout dérapage dans la gestion des banques. Cependant, la Guinée est confrontée à plusieurs défis bloquant l’important potentiel de croissance économique dont jouit le pays. Je citerai entre autres :

  • Une économie peu diversifiée et un faible niveau de développement du secteur privé.
  • Des déficits structurels d’accès à l’infrastructure de base, notamment énergétique, bien que des efforts remarquables soient consentis dans le secteur en termes d’investissements ces dernières années.
  • Un secteur financier étroit et peu développé limitant le financement des activités économiques et l’éclosion d’un secteur privé dynamique. Certains acteurs clés qui complètent le paysage financier moderne n’existent pas en Guinée ; il s’agit entre autres d’une bourse des valeurs mobilières (BVM) et de tous les acteurs financiers qui y sont reliés comme les Sociétés de Gestion Financière (SGF), engendrant une absence ou une inactivité presque totale de l’écosystème du marché financier des capitaux. Il n’existe pas non plus de banques spécialisées dans le financement de secteurs clés comme l’habitat ou l’agriculture. Le taux de bancarisation global est estimé à 8%, bien en deçà des moyennes des pays voisins. Par ailleurs, il est important de continuer les efforts pour améliorer les systèmes de paiements afin de proposer une plateforme inclusive pour supporter l’utilisation des services de paiement par tous les utilisateurs dans un contexte d’inclusion financière.

Quelle est la vision africaine d’Ecobank (ETI) ?

Ecobank vise à promouvoir le développement du secteur privé agissant comme un partenaire et un conseiller financier digne de confiance pour les PME/PMI, également pour les entreprises régionales et multinationales, mais aussi pour les particuliers. Pour accomplir notre mission, nous mettons l’accent sur l’amélioration des services bancaires, l’expansion de la variété des produits de haute qualité offerts à la clientèle, l’introduction de nouvelles technologies bancaires progressistes acceptées dans le monde entier et l’amélioration de l’image de la Banque. Nous avons toujours été engagés vers ces principes directeurs dans toutes nos opérations.

En résumé, notre vision est de construire une banque panafricaine de classe mondiale en contribuant à l’intégration économique et financière de l’Afrique.

Quels sont les principaux problèmes rencontrés en Guinée par une banque primaire et comment les avez-vous contournés ?

La Guinée a l’un des taux de bancarisation les plus faibles de la Zone CEDEAO, malgré la présence de nombreuses banques (14 banques agréées) pour soutenir son économie. Les banques sont souvent confrontées à des problèmes de développement de leur réseau d’agences en raison du manque d’infrastructures routières, énergétiques et de télécommunications.

Un autre frein au bon déroulement de notre activité est l’insécurité judiciaire à laquelle nous sommes confrontés régulièrement.

Nous travaillons avec une matière très sensible ; la monnaie fiduciaire. Nos ressources sont constituées essentiellement par les dépôts que nos clients nous confient. C’est avec ces mêmes dépôts que nous finançons l’économie à travers les PME/PMI. Et pour que le système fonctionne bien, chaque partie doit respecter ses engagements, notamment le paiement des sommes dues. En cas de défaut de paiement, et après avoir exploré toutes les solutions de règlement amiables, nous sommes parfois obligés d’aller en contentieux avec certains clients par les voies légales. Malheureusement, les banques ont souvent été victimes de décisions arbitraires et injustes qui les condamnent en faveur des clients contre toutes évidences. Cela nous amène à durcir davantage nos conditions d’octroi de crédit pour mieux sécuriser les dépôts de nos épargnants.

Je peux aussi souligner ici entre autre difficulté, l’inadéquation de nos ressources qui sont de nature court terme contre des demandes d’emplois à moyen et long terme ; c’est une équation difficile à résoudre car les banques sont soumises au respect de certains ratios notamment le ration de transformation qui limite l’utilisation des ressources à court terme à 40% pour le financement des emplois à moyen et long terme.

En quoi Ecobank a-t-elle participé à la bancarisation des populations actives en Guinée ?

Comme je vous le disais plus haut, la place bancaire guinéenne était composée de sept (7) banques à notre arrivée ; c’était en 1999. Les horaires d’ouverture des banques étaient très restreints pour les clients car les banques étaient ouvertes seulement de 8 heures à 13 heures et de 15 heures à 16 heures 30 en semaine et aucune agence bancaire n’était ouverte le samedi.

L’arrivée de Ecobank sur la place a été une révolution car, très rapidement nous avons instauré le système d’ouverture continue toute la journée sans interruption et toutes nos agences sont ouvertes les samedis.

Par ailleurs, nous n’avons pas hésité à ouvrir de nombreuses agences à l’intérieur du pays jusqu’à Diécké.  Cette stratégie d’expansion du réseau se justifie par le souci de proximité de la banque à sa clientèle.

Aussi, nous faisons très souvent des campagnes de sensibilisation de la population, notamment à l’attention des opérateurs économiques pour leur expliquer les avantages d’avoir un compte bancaire pour la sécurisation de leurs avoirs et le développement de leurs affaires en bénéficiant des différentes facilités offertes par les banques pour le financement de leurs activités.

Un accent particulier est également mis sur l’inclusion financière grâce aux partenariats  que nous développons avec les opérateurs téléphoniques de la place via le mobile money qui commence à prendre une dimension exceptionnelle. Ce produit nous permet de bancariser les populations de nos villes et campagnes sans pour autant créer une forte affluence au sein de nos agences ; le secteur bancaire compte aujourd’hui environ cinq cent mille clients ; l’objectif ici est d’enrôler plus de trois (3) millions dans un an.

Déclinez-nous la stratégie qui a permis de positionner Ecobank parmi les premières banques en Guinée.

Tout d’abord, il faut savoir que partout où nous nous installons, nous nous fixons comme objectif d’être parmi les trois premières banques de la place. Et pour atteindre cet objectif, nous définissons notre marché cible en stratifiant notre portefeuille clientèle selon une segmentation par profil de clients ; nous les avons classés en trois segments :

  • La clientèle des grandes entreprises (Publiques et Privées), les multinationales et les entreprises régionales
  • La clientèle des PME / PMI (Petites et Moyennes Entreprises / Petites et Moyennes Industries)
  • Et enfin, la clientèle des particuliers

Nous élaborons donc une stratégie spécifique à chaque catégorie de clients ; et cette stratégie est partagée par l’ensemble du personnel à travers notre réseau d’agences pour être proche de nos clients, sachant que toutes nos agences sont interconnectées et le client est toujours servi partout comme s’il était dans l’agence dans laquelle il a ouvert son compte.

Ne pensez-vous pas que la rapide expansion d’Ecobank pourrait l’exposer à un risque ? Si oui, lequel ?

Evidemment vous avez raison, il y a des risques lorsqu’une entreprise connaît une croissance trop rapide, surtout si cette croissance n’est pas maîtrisée et ne bénéficie pas de mesures d’accompagnement.

Les performances d’Ecobank et sa fulgurante expansion ont été rendues possibles grâce au travail acharné, à l’engagement et au dévouement de son personnel qui fait preuve de professionnalisme et du respect des valeurs fondamentales de notre groupe.

Notre personnel bénéficie d’un programme de formation actualisé tous les ans et nous investissons énormément dans la mise à jour de notre plateforme informatique et  télécommunication.

Ce sont là quelques mesures d’accompagnement que nous déployons pour minimiser le risque de perte de qualité de service, le risque d’intelligence économique, le risque opérationnel et le risque de réputation auxquels nous attachons du prix !

Pouvez-vous clarifier vos produits et clientèles correspondantes ?

Nous venons de lancer une nouvelle campagne baptisée : ALLEZ DE L’AVANT !

Cette campagne est née de notre conviction que la banque n’est pas juste une histoire de transactions. Notre mission est de permettre aux personnes de réaliser leurs rêves.

Cette campagne repose sur trois piliers :

Le premier est la souplesse des services numériques. Nos clients veulent pouvoir payer à l’aide d’une carte Ecobank, et effectuer des transactions financières sur leur téléphone mobile, sur internet, aux guichets automatiques bancaires et sur les terminaux électroniques dans les commerces.

Le deuxième pilier est la pertinence. Ecobank crée des solutions bancaires adaptées à ses clients, comme sa gamme de comptes regroupés par segment de clientèle.

Le choix constitue le dernier pilier. Grâce à la plateforme inégalée de la banque, les nombreux produits et services qu’elle offre sont facilement accessibles.

Nos clients peuvent bénéficier de divers produits pour le financement de leurs activités en particulier :

  • le financement du commerce international (Transfert, Lettres de Crédits, Crédit documentaires, Aval, Escompte de traite)
  • Le financement des marchés Public ou Privé (Emission de tout type de caution, Avance sur marché etc.)
  • Enfin plus généralement en faveur de la clientèle des particuliers ; nous disposons d’une large gamme de produits tels que (Carte de retrait : visa, master card, Avance sur salaire, Crédit à la consommation, Prêt Immobilier etc.) et très prochainement, nous allons lancer notre tout dernier produit pour le plus grand confort de nos clients : Appli Ecobank. Cette application que vous pourrez télécharger sur votre téléphone mobile, vous permettra d’accéder à différentes fonctions directement à partir de votre téléphone (consultation de compte, virement, ouverture de compte express etc.)

Pourquoi vous appelle-t-on banque-école ?

Ecobank est réputée aujourd’hui comme une banque école tout simplement par la qualité de la formation dont bénéficient nos employés. Lorsque nous recrutons un employé, ce dernier est soumis à un programme intensif d’intégration et d’adhésion à nos valeurs et à nos cultures. Nous partageons avec tous nos employés un code de déontologie basé sur des valeurs morales et d’éthique irréprochables.

Nous nous appuyons sur des procédures héritées d’une des plus grandes banques au monde ; c’est ce qui nous sert de guide dans toutes nos actions.

Nous respectons également un code vestimentaire qui nous distingue de tous nos concurrents.

Enfin, c’est avec professionnalisme et rigueur que nous exerçons notre métier tout en plaçant toujours le client au cœur de toutes nos actions.

Partant de là, nos employés deviennent la cible privilégiée de nos concurrents pour leur besoin de personnel.

Sur les quinze (15) directeurs généraux de banques de la place, plus de la moitié sont des anciens cadres d’Ecobank. C’est en même temps une fierté et une menace pour nous. Une fierté de savoir que nos employés sont reconnus sur la place comme étant parmi les meilleurs cadres ; une menace car nous sommes obligés d’être vigilants à tout moment et d’avoir une bonne politique de rétention de nos meilleurs talents qui ne sont jamais à l’abri de proposition d’offre d’emploi par nos concurrents.

Quelles sont les perspectives d’avenir d’Ecobank Guinée pour la prochaine décade ?

Nos perspectives d’avenir pour la prochaine décade, c’est : Allez de l’Avant. Nous allons poursuivre notre mission, celle de créer une véritable banque panafricaine de classe mondiale tout en contribuant au développement économique de la Guinée. Une véritable banque ne doit pas se limiter aux transactions ; elle se doit d’aller plus loin ! C’est pourquoi notre nouvelle campagne met l’accent sur notre vocation, celle d’aider les gens à réaliser leurs rêves.

La tendance aujourd’hui en Afrique est aux services mobiles.  Les clients sont de plus en plus nombreux à gravir les échelons de la société et ont beaucoup plus d’opportunités de progresser dans la vie. Cette nouvelle dynamique contribuera à stimuler les économies et les entreprises en Guinée.

Ecobank agit et agira pour libérer ce potentiel en s’appuyant sur son réseau pour permettre à ses clients d’accéder à davantage de choix avec une gamme de produits et services plus larges que celle de toute autre banque en Guinée.

La Guinée jouit d’un énorme potentiel économique et humain. Le groupe Ecobank à travers sa filiale guinéenne compte jouer pleinement son rôle pour transformer ce potentiel longtemps caressé, qui fera de la Guinée un pôle incontournable et un leader économique de la sous-région.