Grand homme de la littérature: Williams Sassine n’est pas n’importe qui…

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Né en 1944, d’un père libanais et d’une mère guinéenne, dans la ville de Kankan, Williams Sassine est parti à Paris pour suivre des études supérieures en mathématiques. Diplôme d’ingénieur en écologie tropicale et licence en mathématiques en poche, le jeune homme choisit l’exil et vit successivement au Congo, au Gabon, au Niger puis en Mauritanie, où il enseigne jusqu’en 1984, avant de regagner la mère-patrie, à la faveur du changement intervenu à la mort de Sékou Touré.

Reconnu véritablement comme l’une des icônes de la littérature africaine post-indépendance, Williams Sassine a écrit des romans de grande facture tels que Saint Monsieur Baly, Le jeune homme de sable, Wirriyamu, Le Zéhéro n’est pas n’importe qui, L’Alphabête, tous publiés chez Présence Africaine. Ces œuvres l’ont fait connaitre du public, bien avant son retour en Guinée. Cette littérature qui a succédé à celles des pères fondateurs de la Négritude (Senghor, Césaire, Birago Diop…) est celle des désillusions, à l’instar des fameux Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma, Les crapauds-brousse de Tierno Monenembo… Il y est question de dénonciation des nouveaux pouvoirs africains, qui ont succédé au colon pour encore plus opprimer les populations africaines toujours ignorantes et appauvries.

C’est ainsi que Sassine ne se définit pas comme un écrivain, mais plutôt comme « quelqu’un qui écrit en vain ». Pour lui, le rôle d’éveilleur des consciences de l’écrivain africain est très limité dans la mesure où l’analphabétisme est majoritaire et que l’oralité est prépondérante dans ces pays.

La France l’élève au rang de chevalier des Arts et Lettres en 1983 puis d’officier des Arts et Lettres en 1993. Il a reçu plusieurs prix pour ses romans et a animé de nombreuses conférences tant en Afrique qu’en Europe. Il meurt le 9 février 1997, à Conakry.

Parti à jamais, on se souvient encore de sa plume

Dix-neuf ans après son décès, c’est toujours avec beaucoup de bonheur et de fierté que les jeunes Guinéens voire Africains découvrent William Sassine. Ses œuvres sont remarquables par la truculence de son langage et son sens extraordinaire de la narration, comme dans les veillées villageoises d’autrefois, sous l’arbre à palabre ou autour du feu. Sassine sait se moquer de sa propre condition dans laquelle il trouve toujours le moyen de rire, même si la tristesse est au bout. Cette ambivalence est un de ses traits majeurs, lui le métis, ni noir ni blanc et tous les deux à la fois. Accepté et détesté des uns et des autres, selon les circonstances… William Sassine, de culture malinké et d’éducation française n’échappe pas à son « orientalité ». Chrétien dans un univers musulman, il est un véritable melting pot, mais aussi un concentré explosif (de révoltes ?).  En effet, il porte en lui le petit Liban, pays de son père. Les guerres successives qui s’y sont déroulées entre les différentes communautés ne sont pas sans rappeler les tourments qu’il vit en lui-même et dans ses  écrits. Il ne se reconnait finalement de nulle part et de personne, car il craint le nationalisme bête et méchant qui a conduit à tant de massacres et de génocides.

A la confluence de tant de spécificités et de sources, le mathématicien a su adjoindre la précision scientifique, tant dans le langage, les mots, la sémantique que dans la description, la peinture, les figures et images.

L’universalité de William Sassine se reconnait dès la première lecture, par son caractère iconoclaste ; il a su donner aux lettres guinéennes et africaines ce côté rebelle et inclassable que nul n’a porté aussi loin, dans une simplicité et une facilité déroutantes.

Le quotidien en Guinée n’a pas été facile pour cet anti-conformiste que les Guinéens n’ont pas su mettre à la place qu’il méritait de son vivant. Chroniqueur au début des années 1990 au journal satirique Le Lynx, Sassine a tenu sa page chaque semaine et contribué ainsi à la démocratisation de la vie politique en Guinée, en ces temps où la parole n’était pas libérée. La Chronique Assassine (ou à Sassine ?) a été un véritable exercice de style pour les Guinéens pas encore habitués à ce type d’écrits. Politiques et citoyens tout court se l’arrachaient chaque semaine et cela faisait rire Sassine. C’est peut-être à force de rire qu’il a dû s’intéresser au théâtre et a fait paraitre un peu avant son décès sa pièce Les Indépendan-tristes (Le Bruit des autres, 1997). Signalons aussi que certaines de ses œuvres ont fait l’objet d’adaptations théâtrales, comme Il était une fois… L’Alphabête, qui a été présenté au Festival des Francophonies de Limoges, en 1994.

BIBLIOGRAPHIE

Saint Monsieur Baly, roman, Présence africaine, Paris, 1973

Wirriyamu, roman, Présence africaine, Paris, 1976

Le Jeune homme de sable, roman, Présence africaine, Paris, 1979

L’Alphabête, roman, Présence africaine, Paris, 1982

Le Zéhéros n’est pas n’importe qui, roman, Présence africaine, Paris, 1985

L’Afrique en morceaux, roman, Le Bruit des autres, Solignac, 1994

Légende d’une vérité, roman, Le Bruit des autres, Solignac, 1995

Les indépendan-tristes, montage de texte réalisé par Jean-Claude Idée, théâtre, Le Bruit des autres, 1997.

Mémoire d’une peau, roman, Présence africaine, Paris, 1998.