Interview  exclusive de S.E. Rabah FASSIH, Ambassadeur de la République Algérienne Démocratique et Populaire en Guinée.

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Ambassadeur de la République Algérienne Démocratique et Populaire  depuis le 6 juin 2011, S.E. Rabah FASSIH livre ici ses impressions. Sa chancellerie a juridiction sur le Libéria et la Sierra Léone.   Pour lui, la Guinée, est un pays frère avec lequel l’Algérie a entretenu et entretient des liens profonds  d’amitié, de coopération et de solidarité dés les premières années de la résistance algérienne.

Le combat contre Ebola est fini, depuis quelques temps que retenez-vous Excellence, de cette période en Guinée ?

Il y a lieu de rappeler que l’épidémie Ebola a été déclarée officiellement en Guinée en mars 2014 au sud du pays plus exactement avant de se propager aux autres régions et à d’autres pays. Cette épidémie qui a frappé durement la Guinée  sur les plans sanitaire, social et économique est pratiquement vaincue grâce aux efforts soutenus des autorités guinéennes et à une forte mobilisation de la communauté internationale. Cette assistance mérite d’être consolidée, notamment, en cette phase de relance post-Ebola.

 » Dans ce cadre, il conviendrait de noter que l’ancien représentant de l’OMS à Conakry, Dr Mohamed BELHOCINE,  de juin 2015 à début février 2016, à une période cruciale dans l’accélération de la lutte contre cette épidémie, est de nationalité algérienne. Sa contribution a été vivement appréciée durant cette difficile parenthèse en Guinée.

La Guinée et l’Algérie ont des relations séculaires très étroites. A quand remontent-elles ?

Les relations algéro-guinéennes remontent à l’époque de la révolution algérienne et se sont développées depuis lors. Il existe entre les deux pays un pacte d’amitié et de solidarité que nous œuvrons à renforcer et à consolider dans tous les domaines.

Ces relations embrassent plusieurs domaines de coopération mais la formation en constitue le volet le plus important.

Des efforts sont en cours pour conforter davantage cette coopération et lui ouvrir de nouveaux horizons comme en témoignent une série de visites à haut niveau au cours de ces trois dernières années. Citons à titre d’exemple la visite à Alger, en mars 2013, de l’ancien Ministre guinéen des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger, S.E.M. François Louncény FALL, en qualité d’envoyé spécial du Président Alpha Condé, la visite à Conakry, en décembre 2013, de l’ancien Ministre délégué algérien chargé des Affaires Maghrébines et Africaines, S.E.M. Madjid BOUGUERRA, qui y a présidé la délégation algérienne aux travaux de la 40ème session du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et la visite à Conakry du Président de l’Assemblée Populaire Nationale d’Algérie, S. E. Dr Mohamed Larbi Ould KHELIFA, qui a représenté le Président algérien, S.E.M Abdelaziz BOUTEFLIKA à la cérémonie d’investiture du Président de la République de Guinée, S.E. le Professeur Alpha CONDE, qui a eu lieu le 14 décembre 2015.

Tout récemment, la Présidente du Conseil Economique et Social, S.E. Mme Hadja Rabiatou Sérah DIALLO, s’est rendue à Alger du 20 au 27 février 2016, pour participer au Conseil général de l’OUSA et au symposium organisé par l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) à l’occasion du 60ème anniversaire de sa création. Au cours de cette visite, elle a été reçue en audience par plusieurs personnalités politiques algériennes et les discussions ont porté sur le renforcement des relations bilatérales dans différents domaines.

Y a-t-il une Commission mixte guinéo-algérienne ? Est-elle active ? Si oui depuis quand ?

Oui, il existe une Commission Mixte entre les deux pays. Un travail préparatoire à sa tenue a déjà été mené. Des projets d’accords touchant, notamment, les secteurs de l’enseignement supérieur, le commerce, l’agriculture, le tourisme, la communication et la culture sont pratiquement finalisés. Leur signature devrait intervenir justement lors de la prochaine session de la Commission mixte.

A l’heure actuelle, la coopération se concentre sur la formation des ressources humaines et les échanges culturels et artistiques. La Guinée bénéficie d’un quota annuel de bourses d’études algériennes dans différentes spécialités relevant de plusieurs secteurs allant de l’enseignement supérieur à la formation professionnelle en passant par les transports, la communication, le tourisme et les affaires religieuses. La Guinée utilise entièrement les bourses offertes et les formations se déroulent à la satisfaction des deux parties.

Notre ambition est de voir cette coopération s’élargir au volet  économique où il existe de réelles potentialités, notamment, dans les secteurs des transports, la santé, l’énergie, l’agriculture et les infrastructures.

Dans ce cadre, l’Algérie envisage d’abriter, au cours de cette année, un forum africain sur les échanges économiques et les investissements. De même, la compagnie « Air Algérie » prévoit de reprendre la desserte de Conakry, en 2017, dans le cadre de son redéploiement en Afrique.

Peut-on connaître la situation des entreprises algériennes en Guinée ?

Il n’y a pas d’entreprises algériennes qui opèrent actuellement en Guinée. Mais il existe un projet d’ouverture d’un comptoir commercial algérien à Conakry.

Avec la COP 21, la planète entière est sensibilisée à la protection de l’environnement, quelle expertise l’Algérie peut-elle donner à la Guinée quant à la conservation de ses forêts primaires qui sont de plus en plus dégradées ?

Les deux pays n’ont pas encore établi de coopération dans ce domaine précis. Etant donné l’importance toute particulière que revêt la lutte contre les changements climatiques et la protection de l’environnement et donc la lutte contre la désertification et la déforestation, l’instauration d’une coopération bilatérale et continentale en la matière s’impose et des efforts sont en cours pour y parvenir.

Partant de sa volonté de s’impliquer davantage dans la protection de l’environnement à l’échelle internationale, l’Algérie a décidé de présenter la candidature de notre compatriote, Dr Ahmed DJOGHLAF, expert international en environnement et qui a co-présidé le Comité préparatoire de la Conférence internationale de Paris sur le climat novembre-décembre 2015, au poste de Directeur Exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) dont les élections se dérouleront cette année à Nairobi (Kenya).

Nous pensons que l’Algérie avec une diplomatie active dans le passé est ‘’un peu’’ refroidie aujourd’hui ?

La diplomatie algérienne a toujours été active que ce soit durant la lutte de libération nationale ou après l’indépendance. Elle est restée fidèle aux idéaux de la révolution algérienne et aux principes du droit international dont le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’égalité souveraine des Etats et la non intervention dans les affaires intérieures d’autres Etats.

Par ailleurs, l’Algérie abrite le Centre Africain d’Etudes et de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) et tout récemment le Mécanisme africain de Coopération Policière (AFRIPOL) qui sont des instruments efficaces d’échanges de renseignements et d’expertise ainsi que de coordination entre les services de défense et de sécurité à l’échelle de notre continent. S’agissant plus particulièrement de l’AFRIPOL, il est attendu qu’il devienne opérationnel cette année (2016). Il a pour ambition de parvenir à une vision globale permettant d’améliorer l’efficacité des services de police africains à travers le renforcement des capacités organisationnelles, techniques et opérationnelles.

D’autre part, il convient de noter que l’Algérie demeure l’un des membres les plus actifs du Mouvement des Pays Non Alignés dont elle a abrité la 17ème  conférence ministérielle du 26 au 29 mai 2014 et du Groupe des 77 + la Chine qu’elle a présidé en 2012.

Dans ce contexte, je ne pourrais pas ne pas citer la contribution significative de diplomates algériens chevronnés dans le domaine de la diplomatie multilatérale, et, notamment, en ce qui concerne la consolidation de la paix et de la sécurité internationales. Il conviendrait de rappeler la présidence qu’a assurée S.E. M. Mohamed BEDJAOUI, ancien Ministre des Affaires Etrangères, à la tête de la Cour Internationale de Justice (CIJ), le rôle éminemment positif de S.E. M. Ramtane LAMAMRA dans le règlement de la crise libérienne en sa qualité d’Envoyé spécial de l’Union Africaine pour le Libéria de 2003 à 2007 et tout récemment la contribution active de S. E. M. Said DJINNIT, d’abord au sein du Groupe International de Contact sur la Guinée puis en sa qualité de Représentant spécial du SG de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest. En cette qualité, il a participé activement dans la conclusion de l’Accord politique inter-guinéen de juillet 2013 qui a ouvert la voie à l’organisation des élections législatives en Guinée en septembre de la même année.

J’insisterais également sur l’apport qualitatif  de notre éminent diplomate, S.E. M. Lakhdar BRAHIMI, dans la résolution de plusieurs crises et conflits. Cet ancien Ministre des Affaires Etrangères, Secrétaire Général Adjoint de la Ligue Arabe et de l’Organisation des Nations Unies a été chargé de plusieurs dossiers pour ces deux organisations.

Dans ce cadre, il était l’artisan de l’Accord de Taef en 1989 qui a mis fin à la crise libanaise. Ensuite, il a été désigné Représentant spécial du SG de l’ONU en Haïti et en Afrique du Sud, puis Représentant spécial pour l’Afghanistan et l’Irak en 2011.

En 2012, il avait succédé à Koffi ANNAN en qualité de médiateur international de l’ONU dans le cadre du conflit syrien avant son remplacement par l’actuel médiateur S.E.M. Staffan de Mistura. Il est membre du Groupe des Sages de l’Union Africaine et membre du Comité des « Elders » pour la paix dans le monde aux côtés de personnalités ayant exercé de très hautes responsabilités.

Quelles solutions proposez-vous pour la relance économico-culturelle et sportive avec la Guinée ?

Il serait utile de rappeler que les efforts de relance de la coopération économique tendent d’abord à actualiser et à élargir son cadre juridique ainsi qu’à dénicher des créneaux porteurs dans des secteurs où il existe de réelles potentialités. Je pense plus particulièrement aux secteurs liés à l’énergie, l’agriculture, les transports, les mines et la santé.

La coopération culturelle et sportive entre l’Algérie et la Guinée existe depuis longtemps. Des échanges s’effectuent entre les deux pays à intervalles réguliers dans les domaines du théâtre et du football.

Qu’est-ce que Madina Men pour vous ?

Le magazine Madina Men est un outil fort utile pour tout diplomate ou homme d’affaires désireux de s’informer sur la Guinée dans toutes ses facettes ainsi que sur la communauté diplomatique et sa contribution au développement de ce beau pays.

Madina Men