El-hadj Mamadou Saliou CAMARA, Homme de foi et d’espérance !

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Après le Cardinal Robert SARAH devenu ‘’un Prince de l’Eglise’’ prétendant au Trône Saint Pierre dont nous vous avons tracé un portrait dans une de nos parutions de ‘’Madina-Men’’, nous avons l’honneur et le privilège de faire connaissance avec un autre fils de la Guinée profonde, également un saint-homme, puisque l’honneur revient aujourd’hui à El-hadj Mamadou-Saliou CAMARA imam-ratib de la grande Mosquée Fayçal de Conakry de nous recevoir et de répondre à quelques unes de nos questions.

El hadj ! Acceptez nos remerciements pour cet accueil chaleureux fait de simplicité. Nous voulons au prime abord savoir quel secret avez-vous de faire l’unanimité autour de votre personne?

Je rends grâce au créateur et c’est le seul capable d’octroyer de telles qualités à un homme. Et le peuple dont on est issu. Lorsque Dieu agrée un peuple, il lui donne toujours des gens que les autres respectent. La deuxième chose que je retiens c’est que de ma naissance à aujourd’hui, je n’ai jamais en recours à quoi que ce soit comme talisman. J’ai la chance d’aimer mes semblables. Je n’ai jamais ressenti de haine vis-à-vis d’une personne. Il m’est arrivé aussi de beaucoup voyager et j’ai retenu une qualité majeure chez l’Egyptien: l’amour inconditionnel, même passionné pour la patrie. J’aime démesurément mon pays et implicitement les  Guinéens. Je ne veux rien de mauvais pour le Guinéen. J’aime beaucoup toutes les ethnies de Guinée. Je retiens une vertu à mentionner chez les Peuples de la forêt Guinéenne : le respect de la parole donnée.

Vous pensez que j’ai des connaissances encyclopédiques; loin s’en faut et il est très facile de disposer de mon secret si secret il y a. Je sais de moi que je suis bien humble et je suis en quête permanente de la vérité. Là se situe peut-être ma particularité : la responsabilité de prêcher la ‘’vérité‘’ que l’islam m’a enseignée à travers mes nombreux maîtres dont le plus illustre n’est autre que l’homme qui m’a donné la vie : mon père. Je suis nettement moins instruit que plusieurs des karamokos d’ici. Je défends la vérité à toute épreuve.

Peut-on connaitre votre identité ?

Mon père  répond au nom de Sékou Djibril Camara lequel a pour père Bötè Moussa. Viennent successivement Alpha Ansoumane Camara, Manga Koubi, Kanfory Bourama, Manga Méli….tels sont quelques noms de ma lignée paternelle.

Je viens sur ce qui pourrait expliquer le consensus sur ma personne. Vis-à-vis de ¨la vérité¨, je n’ai pas d’état d’âme. Ce n’est pas pour plaire ou déplaire ou afficher une quelconque attitude partisane qui me feront renoncer à la vérité ou ce que j’en sais de l’Islam.

 Nous aimerions faire plus ample connaissance. Comme nous le disions au début, vous êtes sans conteste un monument que les fidèles aiment écouter chaque fois que l’occasion se présente. Parlez nous de vous….

je suis né à Barren-Méliya dans un petit village de campagne qui n’a jamais été électrifié. Mon nom d’enfance c’était ‘’Balla Bounta’’ du nom de ce hameau qui m’a vu naître.

De quelle juridiction administrative relèvent ces villages ?

ils sont de la sous-préfecture de Bangouyah dans la Préfecture de Kindia.

 Peut-on continuer  à faire  connaissance ?

j’ai déjà parlé de mon maître de père. Ma mère répondait au nom de Fatoumata Soumah. Nous étions neuf (9) enfants pour nos parents dont trois (3) garçons pour six (6) filles. Nous sommes actuellement huit (8) avec un décès.

Permettez-nous maintenant de parler de votre carrière de l’école à la vie pratique.

C’est précisément en 1962 que j’ai été envoyé à Télimélé, à Youbékhourou. Je rappelle que mon premier maître c’était bel et bien mon père. J’ai séjourné chez le maître de mon maître qui s’appelait  Ibrahima Baya.

En 1965, je pars pour Friguiagbé pour l’initiation à l’interprétation du Saint Coran. Ici j’avais pour maître Elhadj Ibrahima Khayokhouré.

En 1970, j’ai arrêté mes études coraniques pour intégrer l’école franco-arabe qu’on appelait ‘’Medersa’’ à Conakry-Touguiwondy. Et là mon maître était feu El Hadj Boubacar Bangoura. Le 1er janvier 1976, je suis promu maître Médersa à mon tour au quartier Makya Touré en banlieue de Conakry (7ème arrondissement d’alors).

La réforme de l’enseignement en vigueur au pays en 1977 fait fondre les ’’Medersa’’ dans les CER. Je suis de la première promotion de cette nouvelle institution en Guinée.

-Avez-vous séjourné à l’extérieur El Hadj ?

Affirmatif !

J’ai obtinu ma première bourse d’études pour l’Algérie et je suis arrivé en 1984 à Tamanraset dans le sud algérien à l’Institut de Formation des Imams et des prédicateurs.

J’ai poursuivi mes études en Arabie Saoudite en 1990 pour une formation supérieure à l’Université de Médine.

C’est en 1995 que je rentre définitivement en Guinée et officie depuis en qualité d’Imam. J’ai été nommé deuxième Imam de la Grande Mosquée par feu Général Lansana Conté et cumulativement premier Imam et Président du Conseil Islamique de Guinée par le Général Sékouba Konaté.

 Notre magazine et d’ailleurs tout le monde apprécient vos déclarations presque toujours attendues à de grandes occasions surtout. Pouvons-nous à présent parler même brièvement de la commission de réconciliation nationale que vous animez avec bonheur du reste.

 La seule volonté louable du Président de la République justifie opportunément d’ailleurs la création de la Commission Nationale de Réconciliation. Le courage moral et l’honnêteté intellectuelle voudraient que l’on responsabilise ‘’La mal gouvernance’’ par rapport à tout ce que nous vivons aujourd’hui. De l’Indépendance de notre pays à nos jours, les gouvernants que nous avons eus ont fait ce qu’ils ont voulu. J’affirme solennellement « qu’ils s’imposent et ne respectent pas la loi; ils monopolisent le pouvoir ». Les motifs de division viennent de là et les partis politiques sont là pour accentuer cet état de fait ; tous sont ethniques.

Pourtant notre peuple étant  à majorité  musulmane, les choses doivent être faciles.

Normalement tout devrait marcher sous le signe de la religion. Malheureusement, il n’en est pas ainsi dans la pratique. Les gens font de la religion ou la considère comme une ‘’coutume‘’ qu’ils héritent et exercent mécaniquement, sans foi, ni conviction.

 Malgré ce tableau sombre quel peut être votre mot de la fin ?

Quoi qu’il en soit, Inch-allah, qu’on le veuille ou pas, la Guinée sera réconciliée. « La Guinée est une famille ».

je vous remercie vivement pour le temps que vous nous avez accordé.

 par Naby Zackaria Touré