Momo Wandel Soumah, le doyen du jazz africain !

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Momo Wandel Soumah, dit « Momo le Doyen » saxophoniste guinéen bien connu, truculent personnage haut en couleurs, est une référence musicale et historique. Excellent auteur, arrangeur, chanteur et compositeur, reconnaissable par sa voix rocailleuse. Véritable roi du swing et de l’improvisation, Momo Wandel Soumah  décède  subitement le 15 juin 2003 après un mémorable concert avec le Bembeya Jazz. Au moment de sa mort, il était le doyen du jazz africain. Saxophoniste majeur de la scène guinéenne, Momo Wandel Soumah a participé à la modernisation de la musique mandingue et initié la rencontre entre sonorités traditionnelles et jazz.

Pour la petite histoire, il est né en 1926 à Labé dans le fouta djalon en Guinée, il a été un témoin privilégié de l’histoire africaine contemporaine, vécu le temps colonial avec des orchestres destinés aux bals des blancs jusqu’à l’indépendance en 1958, où il s’est retrouvé « embrigadé » pour 26 ans dans l’Orchestre National de la Révolution guinéenne. Son entrée fracassante en 1998 au sein de la Troupe Circus Baobab (premier cirque d’acrobates d’Afrique Noire) comme compositeur et chef musicien lui avait permis de se faire (re) découvrir. Il s’est ensuite orienté vers la musique guinéenne moderne après la révolution culturelle. De la mi-1980, il a développé un mélange singulier de jazz et de musique traditionnelle africaine.

Il créait sa musique sans l’écrire, en s’inspirant des chansons populaires, et en réunissant autour de sa voix « façon Louis Armstrong »  et de son vieux saxo desséché, les grands maîtres des instruments traditionnels africains : kora, balafon, flûte pastorale, djembé, etc… Un cocktail étonnant capable de vous transporter en un instant et sans crier gare de la tradition à la modernité.

Contrôleur des PTT à la retraite, il a mené de front sa passion musicale et son travail. Momo Wandel Soumah  pionnier de la scène musicale guinéenne, il nous a quitté le 15 juin 2013, laissant un grand vide dans l’histoire de la musique moderne mandingue. Il fut d’abord membre avant en 1958 de la plupart des formations guinéennes comme « Joviales Symphonies » ou « la Parisette » avant d’intégrer le mythique « Sily Orchestre » dirigé par Sanoussi Kanfori, groupe fondateur de la musique moderne guinéenne. Saxophoniste phare de la scène continentale, il promène ensuite son talent dans la plupart des groupes de la capitale avant de réaliser un come-back dans les années 1990. Après l’enregistrement des bandes originales des 2 films de Laurent Chevalier : l’Enfant Noir en 1994 et ‘’Aoutara’’ en 1996, il sort en 1999 l’album Afro Swing, rencontre du jazz et de la musique traditionnelle qui signe son grand retour sur la scène internationale.

En   2002 la compilation « «DESERT BLUES 2 » avec El Hadj Ndiaye, Youssou Ndour, Hasna El Becharia, Cheb Mami, Yandé Codou Sène, Rokia Traoré, Majid Bekkas, Papa Diabaté, Sona Diabaté, Soliman Gamil, Kadda Cherif Hadria, Habib Koité, Mansour Seck, Djelimady Tounkara, Boubacar Traoré (Karkar), Lobi Traoré, Tartit. Un  coffret haut format comprenant deux CDs, environ deux heures et demie d’écoute et un livret d’accompagnement richement illustré. En  2006 « «AFRO SWING »  Laurent Chevallier, Momo Wandel Soumah ont composé cet album sortie par le  Label : Fonti Musicali. Dans cet album les deux artistes à l’avant-garde de la musique urbaine africaine, Momo Wandel fait le lien entre tradition et modernité. Improvisateur dans la lignée des grands jazzmen, il produit une musique d’ouverture, de rencontres inattendues, de distance prise, de clins d’œil, de légèreté et de gravité, d’humour…Enregistré à Conakry par Lou, Claude Flagel et Hugues Deschaux.

Le 25 avril 2007, Laurent Chevallier lui  a consacré un documentaire « Momo le doyen » qui comporte des titres majeurs de l’artiste. LONG MÉTRAGE  sortie en salle en  France. Ce documentaire a pour objectif  de faire revivre les images de ce pionnier qui avait su dire aux Américains’’ : le jazz est né chez vous, mais, moi je l’ai ramené chez moi, en Afrique, car c’est de là qu’a jailli sa source’’. Pour raconter à la première personne l’histoire merveilleuse de ce doyen dont la vie était, du matin au soir, imprégnée de ses chants, de ses notes, comme un pied de nez donné au désespoir, à la misère environnante…Durée : 85 minutes , Production : Sombrero and Co, 2006 , Réalisateur et image : Laurent Chevallier et Son : Eric Ménard

Le 25 mai  2012 l’ablum « AFRICAN B.O. » Sortie par le  Label : Buda Musique de la France. Ce disque est une réédition des bandes originales des musiques qu’il a composées et jouées pour les films de Laurent Chevallier : « Circus Baobab », « Voyage au Pays des Peaux Blanches », « Aoutara », « L’Enfant Noir ». Prince Diabaté a mis à profit son séjour pour rendre hommage à Feu Momo Wandel Soumah. Faisant montre d’une certaine humilité mais aussi d’un penchant culturellement patriotique, il indique également que ce séjour est l’occasion d’en apprendre davantage sur la culture de son pays et dont il se considère comme ambassadeur partout dans le monde…

Mais Momo n’a pas eu le temps, contrairement au vieux Cubain Compay Secundo ou à la Cap Verdienne Césaria Evora, de devenir une « star » de la World Music. En avait-il seulement envie, je ne le pense pas, tellement qu’ il était attaché à son pays natal. Momo refusait toute contrainte du show biz cherchant souvent à préserver son anonymat pour conserver ainsi son sentiment de liberté…

Que son âme repose en paix !

Oumel Bah