Mamadouba Sankhon, Directeur Général du Port Autonome de Conakry

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Mamadouba Sankhon « Les actes sont visibles, le port n’a pas connu pendant 22 ans ce qui s’est passé en 2 ans et demi. Donc, il faut avoir le courage de le dire, rendre à César ce qui appartient à César ».

Plus de six ans après sa nomination au poste de Directeur Général (27 août 2008), Mamadouba Sankhon imprime sa marque. Le bilan certes reluisant, mais qu’il entend bien faire fortifier, en innovant davantage le port autonome de Conakry. Lorsqu’il commence une conversation, Mamadouba Sankhon suppose, à l’instar des sages Japonais, que son interlocuteur a raison, surtout avec les médias.

Depuis qu’il a enfilé son costume de Directeur Général, Monsieur Mamadouba Sankhon est soumis à un périlleux exercice de résultat. Car, ce fin connaisseur des transports maritimes, sait qu’il doit mieux faire. Tandis qu’il loue le plan de Conakry Terminal Conteneur avec Vincent Bolloré,  il ouvre un autre front pour convaincre : le guichet unique annoncé par le Président de la République.

Madina Men: Monsieur le Directeur Général, merci de nous avoir reçus malgré votre calendrier chargé. Quelles sont les grandes lignes de votre stratégie ?

Mamadouba Sankhon : Je vous remercie de m’avoir accordé votre tribune. Pour en revenir à votre préoccupation, je vous dirais que depuis ma prise de fonction à la tête de cette institution, au mois de septembre 2008, je peux me permettre de le dire, j’ai pris là où le 1er Directeur du port en la personne de Monsieur Bangaly CAMARA avait laissé le port en 1996. Depuis le 1er projet, le port n’a connu de changement en termes de compétitivité du port que lorsque j’ai signé la convention avec le groupe Bolloré le 11 mars 2011, après deux (2) décennies de tractations avec les bailleurs de fonds traditionnels ; le port n’a pu obtenir ce qu’il voulait qu’à l’arrivée du groupe Bolloré en 2011. Aujourd’hui, nous avons un terminal conteneur hautement compétitif au même titre que les terminaux à conteneurs de Dakar et d’Abidjan. Nous avons aujourd’hui un quai long de 343 mètres de long avec une profondeur d’au moins 13 m pour pouvoir recevoir des bateaux de grande taille, des bateaux qui peuvent transporter jusqu’à 5.000 conteneurs. Il ya des années, les bateaux de grandes tailles ne pouvaient venir au port de Conakry sans faire le transbordement au niveau du port de Dakar ; aujourd’hui, cette question est définitivement résolue grâce au partenariat public-privé avec le groupe Bolloré qui est vraiment un groupe très sérieux parce qu’un partenaire qui respecte son engagement contractuel, je dois avouer en ma qualité de Directeur Général du port, je suis très bien placé pour apprécier ce groupe. Aujourd’hui, grâce au partenariat public-privé, avec la réalisation de ce quai dont je viens de vous parler long de 340m, nous avons pu transférer le traitement des bateaux appelés RoRo qui a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre. Le résultat est que l’année 2015 doit être l’année de croissance. Si nous poursuivons ce chemin, le port risquait, sans ce partenariat public-privé de connaître une décennie perdue et décrocher durablement dans le classement sous-régional, au regard de la proximité avec le Mali ou des autres ports concurrents distants. Dans ce contexte, le groupe Bolloré marque un changement d’époque. La priorité aujourd’hui est la suivante :

– Promouvoir des politiques de croissance et la création d’emplois à travers l’investissement. Le partenariat public-privé a pour objectif de combler ce déficit d’investissement au plus vite. Car nos besoins en investissement sont supérieurs. Mais il faut aussi voir que ce partenariat public-privé a une forte dimension politique : il est le marqueur de la Guinée qui tourne vers la croissance, et de surcroît d’un port qui se remet au travail depuis 2 ans et demi ; c’est dans ce cadre que nous avons reçu une délégation Malienne composée d’un haut cadre du Ministère des Transports, qui a, après le traitement des navires RoRo, a été convaincu que le Port de Conakry a démarré sa vitesse de croisière de dernière chance. Oui, la formule est juste et lucide. Puisque le Port doit se reconnecter à ses clients et partenaires. Par ailleurs, on ne fonde pas un espoir sur un récit historique de passé ; maintenant, depuis 2 ans et demi, notre ambition est de récréer un récit guinéen, en reprenant le port là où le premier Directeur Général, Bangaly Camara l’a laissé, avec de la croissance, de l’emploi, est des réalisations concrètes. A ce titre, vous avez le Port sec de Kagbélén, avec un aménagement par le groupe Bolloré de 5 Ha sur les 30 Ha mis à sa disposition. On peut ajouter des cimentiers, au nombre de 4 (CIMAF, Guinée Industrie Ciment, Diamond Ciment, avec Tamsei, groupe chinois qui a signé un contrat commercial de 850 millions de dollars pour l’aménagement de la zone Est, avec ciment de Guinée qui porte le nombre à 5 ; cette zone serait prochainement réservée aux Maliens avant la construction du chemin de fer prévu par les 2 chefs d’Etats, de Conakry à Bamako, dont les études sont en cours.

Vous avez lors de la conférence-débat en 2014 rassuré les travailleurs que Bolloré avait promis dans le cadre de la gestion des navires RoRo, qu’il allait embaucher les travailleurs qui ont été lésés par les sociétés de manutention, qu’en est-il aujourd’hui ?

Belle question ! Vous savez, j’ai eu à dire au cours de ce débat ce jour qu’aucun emploi ne sera compromis. Aujourd’hui, cette  question est complètement presque finie. Le groupe Bolloré après les discussions avec les sociétés Getma Guinée, Afrimarine, Transco, et après examen des dossiers qui ont été déposés à l’inspection générale du travail, 100 et quelques emplois ont été retenus, mis à la disposition de l’opérateur Conakry Terminal, je veux parler du groupe Bolloré. Les travailleurs transférés sont très contents aujourd’hui, pourquoi ; parce que c’est un emploi garanti, même ceux-là qui n’avaient pas de contrat ont été acceptés par Conakry Terminal pour instaurer la quiétude sociale ; même ceux-là qui n’avaient pas de contrat sur les 100 et quelques, sont aujourd’hui en train de signer des contrats avec des salaires vraiment décents.

Peut-on avoir une idée fixe de l’effectif au niveau du port ?

A ce jour, je pense bien avoir un effectif de 725

Est-ce qu’on est revenu au juste niveau par rapport au niveau de la transition, en 2009, c’est-à-dire au moment où il y avait beaucoup de monde ?

Je ne crois pas à cette vision simpliste des choses parce que nous parlons maintenant du cadre magique du changement avec le Professeur Alpha Condé, Président de la République qui prône la relance de l’économie en Associant une politique monétaire active, une consolidation budgétaire qui se poursuit à un rythme ralenti malheureusement par le virus Ebola, des reformes structurelles et un plan d’investissement.

Donc on peut dire qu’il y a un satisfecit, les employés ne se plaignent pas, Monsieur le Directeur Général ?

Les employés du port, je peux me le permettre de le dire, je ne sais si on peut citer en exemple une entreprise dans ce pays où les travailleurs sont gâtés plus que le port.

Quelle est la part de contribution du port par rapport au budget de l’Etat ?

Nous avons un budget autonome où nous sommes obligés d’autofinancer les projets parce que l’Etat a préféré créer cette autonomie pour que le port se prenne en charge en termes d’investissements, mais qu’à cela ne tienne, nous payons des taxes, nous payons des impôts à l’Etat.

Récemment, le Président lors de l’inauguration  du quai RoRo parlait de ‘’guichet unique’’, qu’en est-il aujourd’hui ?

Quant au guichet unique, le projet de contrat est déjà ficelé, il y aura un arrêté conjoint du Ministère de l’économie et des finances à travers le Ministère du budget et le Ministère des transports. Donc, considérez que le guichet unique verra le jour très rapidement sur les instructions du chef de l’Etat.

Avec Ebola, quel a été votre contribution pour le booster ?

Je me permettrais de le dire à travers les dispositions prises par le port depuis l’apparition de cette épidémie en Guinée ; il n’y a eu aucun cas suspect au port jusqu’à ce jour. Nous avons mis les dispositions en place dans le port pour rassurer les armateurs afin que les bateaux continuent  à ‘’escaler’’ notre port. En termes économiques, vous savez dès qu’il y a la rareté des fréquentations des bateaux, ça joue automatiquement sur les recettes de la douane parce que les 98% des recettes de la douane sont tirées par le port ; c’est les 2% qui représentent les frontières terrestres.

Quels sont vos rapports avec le Ministère de tutelle ?

Les rapports du port avec la tutelle sont étroits et cordiaux; c’est la tutelle technique, il n’y a pas de conflit, nous recevons les instructions de Monsieur le Ministre des transports, qui sont exécutées.

Avant le mot de la fin, vous avez eu à déclarer récemment à l’inauguration de la JEUPAC (Jeunesse Présidentielle Alpha Condé, présidée par Alseny Marco Camara), je cite : « Au niveau du port autonome de Conakry, les travaux effectués en 4 ans n’ont pas été faits en 22 ans et beaucoup d’emplois ont été générés au port. Jeunesse de Kaloum, personne ne doit venir vous tromper, les travaux que le Chef de l’Etat est en train de faire, c’est pour nous qu’il le fait, si ce n’est pas la bonne foi du Président à son âge, il ne doit pas entreprendre de gigantesques chantiers pour le pays », pourquoi cette sortie en trombe ?

J’ai toujours dit que certains commettraient une lourde erreur de méconnaître les efforts du Président de la République, le Professeur Alpha Condé. J’ai une position claire sur le 1er mandat du Professeur, au regard des actes visibles connus depuis 2 ans et demi au Port. Et comme Directeur Général, mes priorités sont :

  • Faire aboutir le partenariat public-privé avec le groupe Bolloré. Un impératif financier et éthique.
  • Démarrer l’harmonisation du guichet unique.
  • Le combat contre le vol et la fraude.

C’est le sens de mon message adressé aux jeunes en langue vernaculaire Soussou. Car il faut le reconnaître qu’il faut rendre à César ce qui est à César.

Le mot de la fin ? 

Le mot de la fin, je ne peux demander aux Guinéens et aux Guinéennes que de souscrire à l’Union ; car nous sommes de la même famille ; ne jamais accepter que les politiciens nous opposent à nous battre à cause des exemples que nous avons vécus de nos voisins.