Bembeya Jazz : Une légende vivante de la culture africaine !

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L’explosion des cuivres et l’exaltation des percussions cubaines. Avec une candeur extraordinaire, une grâce bouleversante et une croyance absolue en son art, le Bembeya Jazz a élevé la musique guinéenne vers les plus hautes sphères de la musique africaine dont il incarne à jamais le fleuron avant-gardiste. Aujourd’hui encore, on ne peut parler de musique guinéenne sans parler du Bembeya. Pleins feux sur un ensemble musical de légende…

Le groupe tire son nom de la rivière qui traverse Beyla, ville située sur les hauteurs du Simandou, en Guinée Forestière. C’est là que fut créé le fameux Bembeya Jazz, le 15 avril de l’année 1961. Au tout début du jeune Etat fraichement indépendant, la culture se mettait au service de la causerévolutionnaire pour l’affirmation de l’identité africaine. C’est ainsi qu’en Guinée, les orchestres ont été invités à puiser dans le folklore national. Le Bembeya, quant à lui, prenait essentiellement son inspiration dans la musique mandingue, et très vite, ce groupe va se faire remarquer par ses créations si originales et la virtuosité de ses musiciens.En phase avec son époque, le Bembeya Jazz incorporait des sonorités et des styles contemporains qui en faisaient un orchestre véritablement de son temps. Le jazz, le rhythm’n’blues, la rumba cubaine, la biguine haïtienne et le high lifeghanéen, tout ceci se retrouve dans sa musique qui peut s’écouter et se danser sous tous les cieux. C’est ce côté moderne et international qui fera distinguer le Bembeya Jazz des autres formations guinéennes. Son succès dépasse les frontières guinéennes ; il se produit de scènes en scènes et de festivals en festivals. L’on se rappelle le passage du BembeyaJazz à Cuba où le vieux le chanteur cubain, Abelardo Barroso, a été émerveillé jusqu’aux larmes par la voix de Demba qui a repris le célèbre titre »Guantanamerra ». Au Festival d’Alger, plusieurs membres du Bembeya sont inclus dans la formation « Syli Orchestre  » qui a représenté la Guinée et qui a ravi le 1erPrix de musique moderne, Sékou, Demba, Legrow, Ashken, Salifou… Autant de noms qui ont émerveillé le public africain avec les Balla et Kélétigui. C’est le Bembeya qui le premier, en tant qu’orchestre fédéral (régional), acquit le statut d’orchestre national, en 1966. Après lui viendra le Horoya Band de Kankan. Le Bembeya connut un grand succès dans les années 1960 et 1970,qui voit sa consécration.

Groupe phare de la République Populaire et Révolutionnaire de Guinée, le Bembeya reflète la vision et la volonté du père de l’indépendance guinéenne, Ahmed Sékou Touré, de rendre au peuple guinéen indépendant et par là même au continent tout entier sa fierté, à la fois culturelle et spirituelle. Le BembeyaJazz a en effet pris une part importante à la naissance d’une culture proprement guinéenne, suite à la politique culturelle du nouveau régime dès l’indépendance du pays acquise en 1958.

 Meilleur orchestre moderne du siècle

Plusieurs générations d’Africains ont dansé sur les airs du Bembeya Jazz ; ce qui fait qu’il a traversé les cinquante ans des indépendances africaines, toujours en forme et toujours au top. Comme les Beatles ou les Rolling Stones en Occident, le groupe guinéen est une légende intemporelle dont les succès sont toujours actuels.Le groupe a reçu en avril 2011 le prix du meilleur orchestre africain des 50 dernières années, lors de la 8ème édition du festival Tamani d’Or à Bamako, au Mali et au Djembé d’Or de la Guinée. En 2003, le groupe est nominé pour les World Music Awards de la BBC pour le prix du meilleur orchestre africain. Le titre du meilleur orchestre du siècle lui est délivré par Mass Production et la médaille du Cinquantenaire de l’Union Africaine(U.A) par le sommet des chefs d’Etats africains (2013). En 1999, le Bembeya Jazz est choisi par le gouvernement guinéen, à l’occasion  de la commémoration du centenaire de la mort du héros national, l’Almamy Samori Touré, l’un des plus grands résistants à la pénétration coloniale française, à la fin du XIXème siècle. À cette occasion, il sera gratifié meilleur orchestre moderne du siècle.

La mort brutale du génial chanteur, Aboubacar Demba Camara, dans un accident de voiture, à Dakar porte un coup rude au groupe qui volait de succès en succès. Après des changements dans la composition du groupe, le Bembeya Jazz a repris une activité à la fin des années 1990.Certains artistes de ce groupe ont également participé à des projets indépendants du Bembeya Jazz. C’est le cas du guitariste Sékou Diabaté ‘’Diamondfingers’’ qui a sorti des albums solo et des featurings avec les chanteuses Djanka (son épouse) ainsi que le chanteur Sékouba ‘’Bambino’’ Diabaté qui a participé dans plusieurs albums du groupe Africando et qui a aussi réalisé des albums solo.

 

Bembeya jazz National, 53 ans après !

Cinquante-trois ans après sa création, le groupe mythique de la musique guinéen, le Bembeya Jazz National, a fêté son anniversaire le mardi 15 avril 2014, dans l’enceinte du Musée national, sis au quartier Sandervalia de Conakry. Cette journée commémorative qui a été animée par l’Union des journalistes et animateurs culturelles de Guinée avait à son programme une conférence-débat, pour parler du meilleur orchestre africain des 50 dernières années et une prestation scénique du groupe.

La force du Bembeya, outre les qualités intrinsèques de tous les musiciens qui continuent encore à se succéder dans ses rangs, fut de croire dur comme fer à l’idiome musical comme vecteur d’unité nationale. La plupart de ses titres musicaux touchent aux thèmes de l’unité nationale, du patriotisme et de l’africanité. S’il n’avait enregistré qu’un seul titre, l’insurpassable Armée guinéenne, la place du Bembeya Jazz serait déjà inscrite au panthéon de la musique universelle.

Le Bembeya Jazz National exploite de manière novatrice les diverses facettes du riche et varié folklore national (musiques mandingue, peule, soussou,…). Leur fameux 45TMamiWata / Whisky Soda (1973), deux chansons jouées dans le style high life etreprises par nombre d’artistes africains, parfois sous d’autres intitulés, a fortement contribué à leur renommée continentale…

 Les ‘’Dix ans de succès’’ !

Composé à sa création de 24 artistes, l’orchestre fédéral Bembeya Jazz accède au rang d’orchestre national en 1966. Il est en fait l’un des premiers groupes à moderniser la musique mandingue, fusionnant les rythmes guinéens (doudoumba, sounou, kakilambé, fura) et les vieux airs du Mandé ( » Douga « ,  » Tara « ,  » Mamaya « ,  » Tutu Diara « ,  » Kédo « ) et la rumba cubaine.  A l’occasion de son anniversaire en 1971, il donne un grand concert au Palais du Peuple à Conakry et fait paraître l’album live  » Dix ans de succès « , undisque qui fait le tour de l’Afrique et qui consacre définitivement le Bembeya Jazz parmi les plus grands orchestres modernes africains. Le chanteur Demba est époustouflant de talent et d’inspiration. C’est l’apothéose pour le groupe dont tous les membres se donnent à fond dans cet enregistrement live, dans une symbiose où chaque note est à sa place. » Tentemba », le titre-phare, passe sur toutes les chaines africaines et se danse dans toutes les boites de nuit. Le Bembeya est le groupe qui a largement contribué à l’explosion des  musiques mandingues ; ilest également pendant plusieurs années « le porte-flambeau de la Révolution guinéenne ».

Disparitions tragiques

1973 marque une étape tragique, avec la mort accidentelle du chanteur-animateur Aboubacar Demba Camara. Inimitable créateur, il était à la base de la plupart des chansons à succès du groupe. Inspiré comme pas possible, il occupait la scène de façon phénoménale, d’où le surnom qui lui sera donné par Boubacar Kanté,  » le Dragon de la musique africaine. »Cette disparition subite entraîne un repos forcé de l’orchestre phare de Conakry qui ne se remettra jamais complètement de cette disparition. Trois ans plus tard pourtant, il reprend la route et sort  » Le Défi  » en 1975, un album enregistré avec quatre nouveaux chanteurs.  Suivent  » La Continuité  » et  » Discothèque 76 « .Mais un autre drame s’abat sur la formation. Mamady Camara « Vieux »(guitare rythmique) et Mory Kouyaté II (basse) meurent.

Le come-back

En 1985, le Bembeya Jazz change de cap, quitte les circuits officiels, réduit de moitié son effectif et participe au Printemps de Bourges (France). Il enregistre en France deux albums, « Yékéké » et  » Moussokoro  » arrangés par Sékou Diabaté Bembeya (lead guitare) et Mohamed Ashken Kaba (trompette, trombone). Le groupe présente alors son nouveau son, une musique mandingue aux couleurs latines, rock, funk et jazz.. La révolution musicale du groupe est symbolisée par  » Digné  » (la patience), un instrumental par le guitariste soliste Sékou Diabaté Bembeya. C’est le début d’une carrière internationale.

Aujourd’hui, le Bembeya se produit encore. C’est une école avec ses nouveaux adhérents ; pour la plupart des jeunes venus de l’Institut supérieur des arts de Guinée (ISAG) et qui reprennent toujours les classiques du groupe aujourd’hui passés dans le patrimoine musical africain et qui sont éternels.

Si les membres fondateurs du Bembeya sont en train de disparaître un à un (ce qui est inévitable), on peut toutefois se réjouir du fait que le groupe résiste encore et que la relève est assurée. Il faut espérer que les autorités guinéennes ne laisseront pas ce patrimoine disparaitre de sa belle mort. Comme la Orquesta Aragon de Cuba qui a plus de soixante-dix ans, le Bembeya a rang d’immortel.

Oumel bah

 

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