culture: LES BAGAS

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Peuple laborieux s’il en est, essentiellement ‘’rivés’’ sur la terre, les Bagas sont essentiellement fixés sur la côte guinéenne. La culture du riz de mangrove et l’exploitation régulière du palmier à huile sont des domaines de prédilection d’une population côtière à la fois habile agriculteurs et cohabitants pacifiques. Respectueux des valeurs ancestrales, malgré le nombre impressionnant de cette communauté les Bagas alignent Harmonieusement ancienneté & modernité le tout dans un environnement socio-économique plutôt salutaire et équilibré.

Il n’est pas toujours aisé d’exposer  un sujet d’une telle importance encore moins d’en faire l’exégèse.  Madina-Men,  votre fidèle  serviteur soucieux de répondre à vos attentes dans les lignes qui vont suivre se propose de vous faire connaître la communauté avec laquelle plusieurs entités nationales ont vécu en parfaite harmonie. Il va de soi qu’en pareilles circonstances on a recours à des  disciplines comme l’histoire, la sociologie, la linguistique, bref, les sciences humaines mieux équipées pour nous fournir des informations fiables.

Et c’est justement là où se situe la délicatesse de notre propos. Car en fait d’aventure, c’en est une ; en ce que, le fait historique est souvent assujetti à des interprétations diverses. Le combat par rapport à ‘’la vérité historique’’ est vieux et actuel à la fois. Cela signifie qu’il n’est  pas encore résolu. D’ailleurs il n’est pas de conjectures ; donc des révélations susceptibles d’être contredites. Pour notre part, nous avons surtout besoin de contributions de qualité pour non seulement enrichir notre texte, mais apporter notre petite pierre à l’édifice ‘’Guinée’’.

Le très persévérant et respectable Dr Alpha Amadou Bano BARRY (qui aurait dû être TOURE) nous apprend  dans le numéro 1155 du ‘’Lynx’’, lui-même reprenant F.K. Voeltz Mouser que le mot ‘’baga’’ dérive de baeraka qui veut dire ‘’ ceux de la mer’’. Sous ce vocable, il faut considérer tous ceux qui vivent le long de la côte. Selon Wilson le concept est plutôt prononcé ‘’baka’’ par les intéressés et les Temnè autre communauté de la même zone géographique que les ‘’baga’’.

Les cours dispensés par feu Zainoul-Abidine-Sanoussi et ses collègues du département d’Histoire sont également une source d’informations de haute facture sur les  ‘’bagas’’. Dans ‘’la mise en place des populations guinéennes’’ les bagas seraient l’une des toutes premières migrations du Tékrour vers la côte guinéenne. Il est aussi établi que les explorateurs portugais, les premiers  à fouler nos côtes, ont noté la présence des bagas dès le XVIème siècle le long de la partie guinéenne. Ils auraient empruntés de nombreux chemins et à des périodes étalées sur plusieurs siècles. Ce facteur a eu pour conséquence l’existence d’un nombre non moins important de groupes sociolinguistique bagas. Récemment, un auteur qui répond au nom de Mouser nous apprend qu’en 1885, le révérend  P.H.Doughin divise la communauté en : Baga Koba, Baga Kakissa, Baga Forès, Mikhi-Forè et Baga Kalomi. Quant à Denise Paulme, il distingue de son côté les embranchements suivants de bagas :

  • Mandori autour de l’embouchure du Rio Componi (ils cohabitent  avec les Nalous). Ceux-là viendraient de la zone comprise entre Télimélé et Kindia ;
  • Sitémous eux sont du côté du Rio Nuñez (village de Katako, Katongoro, Kawasse) …… Ils auraient migré de la zone de Labé vers celle de Kamsar ;
  • Koba au sud du Rio Pongo dans Boffa ;
  • Kakissa (ou Sobané) entre le Cap Verga et le Rio Pongo :
  • Pukur ou Binari Baga : Ils seraient l’un des plus anciens groupes et auraient migré de l’actuelle préfecture de Gaoual sans aucune pression particulière). Jusqu’aujourd’hui, dans le Binani à Gaoual, il est encore possible de retrouver certains lieux de passage des Bagas avec des endroits truffés de fétiches bien gardés intacts par les populations de la zone) ;
  • Et enfin, après le Konkouré, les Baga de Kaloum auxquels s’ajoutent les Baga Forè et un autre groupe entre le Nuñez et le Cap Verga (ils auraient migré de Timbo et seraient l’un des derniers groupes à migrer vers la côte).

Nous avons donc sous une même appellation Baga, un groupe diversifié et sans aucun doute, une population assez mixte. Nous savons de la communauté Baga un engouement particulier pour l’agriculture. Le travail de la terre (les riches mangroves du littoral guinéen) est la principale trame de la vie du Baga. Ici le travail est sacré et son accomplissement obligatoire. La couche féminine dispose d’un appréciable savoir-faire. En dehors du champ qui est assimilable à son domicile, l’extraction de l’huile de palme est une activité maîtresse de la ‘’baga ginè’’. Elle sait se rendre belle à la faveur des cérémonies grandioses généralement programmées après les  récoltes presque toujours abondantes. Dans ces contrées, les gens sont beaucoup plus sédentaires pour vraisemblablement cause d’abondance et simplement de vie agréable au bord de la mer.

La culture de nos voisins est  pour  sa part d’une réelle prodigalité. Un folklore coloré à tous égards (au double plan vestimentaire et des pas de danse d’une rare qualité soutenu par des rythmes très authentiques) ; des us et coutumes plutôt ésotériques par conséquent fermés aux non-initiés. Ces pratiques rapprochent étrangement le ‘’Peuple Baga ‘’ des voisins immédiats à notre connaissance, presque entièrement ‘’logés’’ dans le Kakandé. Ce sont notamment les ‘’ nalous’’, les’’ mikiforès’’. Le chapitre culturel est celui qui offre le plus de proximité entre les entités géographiquement assimilables. D’ailleurs les rites de réjouissances du ‘’bagataye’’, pour ceux qui ont eu la chance de  pratiquer ces contrées, ces rites disons-nous, font penser aux danses traditionnelles des peuples du Bénin jusque vers l’Afrique centrale.

Pour revenir au pays, disons que si dans un lointain passé ‘’l’animisme’’ dominait en pays baga, aujourd’hui la religion musulmane fait désormais partie de la personnalité de ces intrépides travailleurs. Les cadres baga se comptent par centaine ; quand bien même, (il faut le noter) au plan linguistique par exemple c’est ‘’la langue en pointe’’,  ‘’le soussou’’, qui est pratiqué par un plus grand nombre de citoyens. Les ‘’Bagas’’ sont pacifiques et loyaux du moins à notre connaissance. Nous n’avons appris nulle part une ou des expéditions punitives par ou à l’encontre du’’ Peuple du riz’’. Nous attendons vivement les  amendements des uns et des autres notamment les plus outillés sur le plan des connaissances  sur cette communauté. Les générations présentes et futures tireront meilleur profit de ces potentielles et inestimables contributions qui ne manqueront pas d’enrichir le monde scolaire et estudiantin, bref, les intellectuels tout court.

Vous comprendrez que non seulement nous sommes loin  de l’option ‘’contestation stérile’’ mais nous en appelons à la disponibilité de toutes les personnes ressources qui éclaireront sûrement mieux les générations montantes. Maintenant plus que jamais, celles-ci ont besoin de savoir ce qu’a été  le pays dans toutes ses composantes. De cette façon et d’elle seule un avenir serein peut être pensé, mis en route et exécuté avec bonheur pour toutes et tous. « Connais-toi, toi-même » avait dit non sans raison un certain Socrate.

                                                                                           Par Naby zackaria Touré

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