Elections communales en Guinée Le grand vainqueur : l’abstention !

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Les Guinéens en âge de voter (plus de 5 millions) étaient convoqués aux urnes, le dimanche 4 février 2018 pour le renouvellement des conseils communaux du pays dont les mandats ont expiré depuis 2010. Pour que ce scrutin ait lieu, beaucoup de Guinéens avaient hélas, du fait des convulsions socio politiques emmaillées de violences aveugles qui l’on précédé, payé un lourd  tribut : blessé, sinistré ou en ayant simplement perdu la vie. Mais à l’arrivée, le scrutin du 4 février n’a eu que pour seul grand vainqueur : l’abstention !

La grande abstention, un constat qui symbolise, selon beaucoup d’observateurs avertis de la scène politique guinéenne, la lassitude pour ne pas dire, le désintérêt de ‘’la chose politique’’, d’une frange importante de l’électorat, étreint par la dure conjoncture economique, fatiguée de la politique politicienne et déçue des promesses électorales jamais tenues. Ce grand lot des Guinéens ayant le sentiment que « les résultats sortis des urnes ne reflètent pas leurs votes  et qui plus est, ces votes ne servent à rien en termes de changement de leur quotidien,  fait de galère ». Ils boudent ainsi les urnes.

Un message à l’élite politique et à la relève introuvable

Un message fort délivré à l’endroit des politiques qui gèrent ou qui aspirent à gerer les destinés de ce pays. La confiance semble rompue et le doute s’installe !  Cette lassitude se justifie par ailleurs, selon d’autres « par la fréquence effrénée du nombre de consultations aux quelles les Guinées sont conviés. Législatives en 2013, Présidentielles en 2015, Communales en février 2018, législatives en vue,  (en juin de cette année) et Présidentielles en 2020.  Le rythme des urnes est intenable » confie un sociologue.

Des milliards de francs guinéens  engloutis pour des élections qui accouchent d’élus globalement contestés et généralement (peu ou pas performants) dans un contexte ou la pauvreté et la précarité des Guinéens se creusent et s’accentuent. La vie devenant davantage difficile et insupportable. « Dès lors, à quoi ça sert d’aller voter si rien ne change ? » se lamente, un citoyen paumé et découragé, sirotant nonchalamment  sa tasse de  thé ‘’attaya’’ au pied d’un manguier à Conakry.

Le RPG Arc en Ciel et l’UFDG se taillent la part du lion.

Au delà de la forte abstention, le scrutin a confirmé l’emprise des deux grandes formations politiques le RPG Arc en ciel au pouvoir et l’UFDG du principal chef de file de l’opposition. Deux formations au coude à coude serrés dans la plus grande partie des bureaux de votes du pays. Ce qui atteste de l’ancrage de l’électorat de ces deux blocs politiques depuis les présidentielles de 2010 en Guinée. Derrière, il ya l’UFR du Pdt Sidya (3ème force politique)  qui se voit  titillée par l’UDG de Mamadou Sylla et le Bloc Liberal de Faya Millimono.

Très loin, suivent pour compléter ce décor, l’UFC d’Aboubacar Sylla, le PEDN de Kouyaté, les NFD  de Moctar Diallo, l’UPR de Bah Ousmane, le PUP de Fodé Bangoura, le PADES d’Ousmane Kaba, le GRUD de Papa Koly  et le PTS  de Mamadi Diawara.

Le scrutin du 4 février a vu également des listes indépendantes surgir du lot … la plus en vue est celle de Kaloum Yigui conduite par Aminata Touré, la fille de feu, le Pdt Sékou Touré qui a déjoué tous les pronostics dans la Commune très convoitée de Kaloum. Il y a eu aussi ces coups d’éclats à Faranah ville, à Siguiri, à Beyla, à Boffa-centre,  et à Matoto où des listes indépendantes ont fait bonne figure devant l’artillerie lourde des grands partis politiques. Faut-il rappeler que le nouveau mode de désignation des prochains chefs quartiers donne l’occasion aux partis politiques de s’impliquer dans la gestion des municipalités. Et puis, la forte implication des jeunes et des femmes sur des listes des partis politiques et celles des indépendants est l’un des points marquants de ce scrutin.

Dorénavant, on assiste aux jeux d’alliances électorales pour le choix des maires dans les communes rurales et urbaines et au dela des chefs de quartiers ou de districts. Des tractations indécises et inédites pour nouer des alliances quelques fois ‘’contre-nature’’ loin  des programmes annoncés, dans le seul but de conquérir la mairie. Des surprises s’annoncent tout comme dans la recomposition de l’échiquier politique, à quelques mois seulement des législatives et des présidentielles annoncées en Guinée.

 Un vrai test avant les prochaines élections nationales à gros enjeux et à grands risques, au regard des insuffisances et manquements dénoncés ainsi que des violences post électorales soldé par des morts qui ont émaillée les élections communales du 4 février 2018. Les résultats définitifs publiés par la CENI après le verdict des magistrats ont été d’ailleurs, sujet à contestations de la part des états Majors politiques plus particulièrement de l’opposition. A cause des menaces sur la stabilité et la paix sociale que ce contentieux fait peser sur le pays, la CENI (de commun accord avec l’exécutif), a décidé de rencontrer les émissaires des partis politiques et des indépendants en lice pour recevoir leurs griefs à l’effet de les examiner en profondeur. Une première qui semble enjamber les dispositions du code électoral révisé,  au nom d’une solution politique au grand dam des juristes et analystes avertis.

Quoiqu’il en soit, l’appel au calme et à la paix, l’injonction au renoncement du discours haineux et identitaire en faveur de la préservation du vivre ensemble et de la consolidation du tissu social doit être renouvelé et renforcé pour le bien de la Guinée et des Guinéens.

Les stats utiles pour comprendre les communales du 4 février 2018. Source :CENI

  • nombre de listes validées : 1.318
  • nombre de conseillers en lice : 30. 003 dont 7 166 femmes
  • nombre de conseillers âgés de 30 ans au plus : 3. 979
  • nombre de listes indépendantes : 102
  • nombre de listes de partis politiques en lice : 1.127
  • nombre de listes de coalitions de partis politiques en lice : 108
  • nombre de circonscriptions électorales sans listes de candidature : 0
  • nombre de circonscriptions avec une seule liste : 5
  • nombre de circonscriptions avec deux listes : 74
  • nombre de circonscriptions avec trois listes : 93
  • nombre de circonscriptions avec plus de trois listes : 170.

Compétences des nouveaux conseillers communaux élus

  • la création, l’organisation, la gestion, la modification et la suppression des services administratifs et publics de la Collectivité locale ;
  • la gestion administrative, financière, budgétaire, comptable et de passation des marchés publics de la collectivité locale ;
  • la planification, le développement local,
  • l’aménagement du territoire, l’habitat et l’urbanisme ; les infrastructures sociales et administratives, les équipements, les transports, les voiries et l’entretien de l’éclairage public ;
  • la sécurité, l’environnement et le cadre de vie (hygiène et salubrité) ;les équipements marchands et les infrastructures à caractère économique ;
  • la gestion du patrimoine et des biens de la commune ;
  • l’état civil des citoyens de la collectivité ;
  • la lutte contre la divagation des animaux et des vermines de la collectivité.

Nombre d’élus par taille de circonscriptions

  • 11 conseillers pour les communes ayant jusqu’à 10 000 habitants ;
  • 17 Conseillers pour les Communes ayant entre 10 001 à 20 000 habitants ;
  • 23 Conseillers pour les Communes ayant entre 20 001 à 40 000 habitants ;
  • 29 Conseillers pour les Communes ayant entre 40 001 à 70 000 habitants ;
  • 33 Conseillers pour les Communes ayant entre 70 001 à 100 000 habitants ;
  • 37 Conseillers pour les Communes ayant entre 100 001 à 150 000 habitants ;
  • 41 Conseillers pour les Communes ayant entre 150 001 à 200 000 habitants et
  • 45 Conseillers pour les Communes ayant plus de 200 000 habitants.

Bon à savoir :

Une fois élus, les Conseillers éliront à leur tour, le Maire et les Adjoints au sens des articles 135 et 136 de même nouveau Code révisé des Collectivités locales. Le mandat des conseillers communaux, du maire et de ses adjoints est de cinq ans (février 2018 à février 2023).