Tout ce qu’il faut savoir sur le Fonds d’entretien routier (FER)

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Le Fonds d’entretien routier (FER-Guinée) fait beaucoup avec peu . Néanmoins, ce beaucoup demeure peu, vu l’étendue des travaux à réaliser et leur urgence. Le lecteur se fera ici une opinion juste sur une situation préoccupante qui suscite la polémique, faute d’informations complètes.

Quand la vérité est captive, la rumeur se déchaîne. C’est logique. Surtout quand il s’agit de choses ou d’un état de choses qui impactent négativement notre vie quotidienne et, par-delà,  l’économie nationale. Le réseau routier guinéen s’est fortement dégradé. Il n’est pas entretenu depuis bien longtemps. Le trafic est pénible pour les usagers et éprouvant pour les véhicules sur la plupart des axes routiers. Le transport des personnes et des biens a beaucoup perdu de sa fluidité, le commerce, les affaires et le travail sont freinés. La situation est devenu très préoccupante, à la fois pour les usagers mais aussi pour le Fonds d’entretien routier, qui subit, à tort ou à raison, les critiques de l’opinion publique. Et pourtant, il fait de son mieux avec les moyens du bord. Voici ce qu’il faut en savoir. Par la suite, sera-t-on peut-être plus indulgent avec le FER.

GÉNÉRALITÉS SUR LE FER

C’est le 24 novembre 2000 que le gouvernement guinéen, soutenu par ses partenaires techniques et financiers, a institué le Fonds d’entretien routier (FER) de deuxième génération. Placé sous la tutelle du ministère en charge des travaux publics, le FER est un Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), il est doté d’une personnalité morale et de l’autonomie financière.

Le FER-Guinée est affilié à l’Association des Fonds d’entretiens routiers africains (AFERA).

Les activités financées par le Fonds d’entretien routier sont : les travaux d’entretien courant, les travaux d’entretien périodique, les travaux d’amélioration de la sécurité de la circulation routière, les travaux d’urgence sur le réseau routier (routes, ouvrages et bacs), les études et les prestations liées à l’exploitation et à la gestion des réseaux routiers, les actions de suivi et de contrôle des travaux d’entretien routier, les frais de fonctionnement et d’équipement du FER.

Le Fonds d’entretien routier guinéen est administré par un conseil d’administration composé de 11 membres et une direction générale chargée de la gestion. Il met en œuvre ses activités à travers quatre maîtres d’ouvrage délégués relevant de trois ministères.

Le ministère des Travaux publics a deux maîtres d’ouvrage : la direction nationale de l’Entretien routier (DNER), qui s’occupe des routes nationales, et la direction nationale des Routes Préfectorales et Communautaires (DNRPC), qui s’occupe des routes préfectorales et communautaires.

Le ministère de l’Agriculture en a un : la direction nationale du Génie rural (DNGR), qui s’occupe des pistes agricoles.

Le ministère des Transports en a également un : la direction nationale des Transports terrestres (DNTT), qui s’occupe de l’amélioration de la sécurité de la circulation routière.

Les maîtres d’ouvrage délégués identifient, diagnostiquent et évaluent les travaux. Ils assurent la programmation, la passation des marchés, la supervision et le suivi des différentes prestations.

Les bénéficiaires expriment les besoins via les services techniques déconcentrés des TP, ceux-ci  procèdent au diagnostic sur le terrain à travers un schéma itinéraire, les documents sont transmis à l’administration centrale (division Programmation) qui procède à l’évaluation quantitative et estimative des travaux. Sur la base des disponibilités financières au FER, les priorités sont définies pour chaque région et la répartition est faite. Le document final est transmis au conseil d’administration du FER pour validation.

RESSOURCE DU FER

La seule ressource de financement des activités du Fonds d’entretien routier guinéen est actuellement la Redevance d’entretien routier (RER), qui est appliquée sur la consommation de carburant (gasoil et essence), soit 250 francs sur chaque litre servi à la pompe dans les différentes stations du pays.

Contrairement à une idée reçue, ni la Taxe spéciale sur les produits pétroliers (TSPP), ni les recettes de la vente de vignettes ne tombent dans l’escarcelle du Fonds d’entretien routier. Dans d’autres pays, les recettes de la vente de vignettes y sont versées. La RER seule ne couvre que 30 % des besoins financiers du FER-Guinée. Aussi cherche-t-il à diversifier ses ressources en introduisant le péage et le pesage. Mais ce n’est pas une mince affaire.

LE RÉSEAU ROUTIER ET SON ÉTAT

On distingue trois niveaux ou types de réseaux bien définis : RN (réseau national), RP (réseau préfectoral) et RC (réseau communautaire), auxquels s’ajoutent des pistes non classées.

La longueur totale du réseau de routes nationales (RN) est de 7 576 km, dont 2 346 km sont revêtues et 5 230 km en terre. Sur les 30% qui sont revêtues, seulement 16,33% sont en bon état. Si on y ajoute les routes préfectorales (RP) et communautaires (RC) – pour obtenir l’ensemble des routes classées, dont la longueur totale est de 43 301 km, sans celle des voies urbaines) –, on constate que seulement 19 % sont en bon état.

Contrairement à une autre opinion très répandue, la mission principale du Fonds d’entretien routier est de financer l’entretien des chaussées vieillissantes. Ce n’est ni de les entretenir lui-même, ni de financer leur réhabilitation si elles sont très dégradées, ni d’en construire de nouvelles. Le FER ne doit pas intervenir sur les routes trop abimées. Fort malheureusement, c’est le cas aujourd’hui pour presque l’ensemble du réseau, car moins d’un cinquième est en bon état.

La réhabilitation des routes fortement dégradées incombe à l’État, à travers notamment la direction nationale de l’Entretien routier ou du Génie rural ou des Routes préfectorales. Or, les ressources correspondantes ne sont pas toujours disponibles dans le budget de l’État. D’où un dilemme pour le FER.

Une route comme Conakry-Kindia-Mamou-Dalaba-Pita-Labé est dans un état de dégradation qui a dépassé depuis longtemps le seuil de l’entretien. Alors, le FER doit-il laisser cette route et d’autres du genre telles quelles et attendre que l’État mobilise les financements pour leur reconstruction ? Ou bien doit-il sortir du cadre de sa mission et essayer de les réparer afin que leur traficabilité soit au moins maintenue ? C’est l’alternative bien difficile dans laquelle se trouve aujourd’hui le Fonds d’entretien routier.

Néanmoins, sa direction et son conseil d’administration ont conscience de l’importance de ces routes pour l’économie nationale, vu l’intensité du trafic qu’elles supportent. À ce compte, le FER est dans l’obligation de financer leur entretien – bien qu’elles aient dépassé le seuil de l’entretien –, en attendant que l’État obtienne les financements et puisse prendre la relève. Or, le FER ne dispose même pas du tiers des ressources nécessaires pour financer l’entretien des routes faiblement dégradées qui sont de son ressort. Si on considère, par ailleurs, la dégradation croissante des voiries urbaines, surtout dans la capitale, on comprend pourquoi l’usager fulmine et piaffe d’impatience.

Le réseau routier guinéen est globalement vieux. La route nationale numéro un(RN1), Conakry-Kindia-Mamou, l’est davantage. Elle n’a pas été réhabilitée pendant très longtemps et la voirie de Conakry est très ancienne. Les pluies abondantes, l’urbanisation anarchique, qui n’a pas toujours prévu les voies d’évacuation des eaux, l’augmentation du trafic sur les différentes voies et les surcharges des camions et autres engins lourds favorisent la dégradation des routes. Les ressources du FER sont insuffisantes et le budget de l’État est faible par rapport à ses nombreuses priorités. Ces facteurs combinés compliquent l’entretien des routes, on le voit bien.

TRANSPARENCE DES RESSOURCES

Le Directeur Général du Fonds d’entretien routier, Souleymane Traoré, se déclare pour la transparence des ressources et veut que le public soit informé de leur gestion. À cet effet, les états financiers du FER sont publiés dans les journaux et affichés sur certains sites d’information.

Le Fonds d’entretien routier intervient à l’échelle nationale. Il finance des activités sur les routes nationales, les routes communautaires et les pistes rurales, au moins à 30% des besoins.

En 2015 les ressources ont été de 140 milliards et ont financé plus de 150 projets. Cette année, le FER a conclu des contrats avec des entreprises pour faire les travaux d’entretien du réseau routier. La saison des pluies étant pratiquement terminée, l’exécution des contrats a commencé. Ce travail concerne tout le pays et se fait avec les moyens du bord. Ils sont très insuffisants pour couvrir l’ensemble des besoins, mais il faut bien se mettre à la tâche et faire un tant soit peu.

TRAVAUX RÉALISÉS OU ENVISAGÉS

Grâce aux contrats signés pour réaliser de nouveaux travaux, la route Coyah-Mamou sera réparée. Les routes Labé-Mali-Tougué et Dabola-Faranah seront reprofilées entièrement ainsi que les routes communautaires du pays.

En octobre 2016, le responsable technique du FER s’est rendue dans les régions de Labé et  Faranah afin de vérifier le démarrage effectif des travaux sur les axes routiers  Labé-Tougué, Labé-Mali et Dabola-Faranah dont les contrats ont été signés avec six entreprises de la place. Après la mission, rapport a été adressé à la hiérarchie et injonction de se dépêcher a été faite aux entreprises lambines.

 Les contrats conclus pour l’entretien de la voirie de Conakry se chiffrent à plus de 40 milliards. Il y a des travaux d’urgence, et notamment sur des ponts de la nationale Conakry-Kindia qui datent des années 1920 ou 1930. Les plus récents ont été construits en 1950. À chaque saison des pluies, des ponts s’écroulent, et il faut les réparer immédiatement.

Comme on le voit, les difficultés sont nombreuses et le Fonds d’entretien routier essaie d’y faire face du mieux qu’il peut.

Les axes routiers transfrontaliers ne sont pas en reste. Le FER a signé un contrat pour reprofiler la route qui relie Mandiana à la frontière ivoirienne, en passant par Mosodo, Komah et Sabadoubaranama. La longueur est de 58 km et la durée des travaux sera de six mois. Dans la préfecture de Pita, 26 km de pistes rurales seront percées et la route Pita-Bantinhel réhabilitée.

Le FER a également financé les travaux de réhabilitation des deux ponts à Wonkifong et à Samounkiri pour désenclaver une quinzaine de villages qualifiés de greniers de Kindia.

BESOINS

L’état récapitulatif des besoins énumérés par rapport aux ressources de la Redevance d’Entretien Routier (RER) attendues et concernant les exercices des trois dernières années (2013-2016) font ressortir que les taux de couverture des besoins ont chuté de 32% à 15%.

 OBJECTIF 2020

L’objectif principal d’ici à 2020 est la remise en bon état du réseau routier à plus de 50% et la couverture des besoins financiers à plus de 75%.

Pour l’atteindre, le Fonds d’entretien routier envisage plusieurs mesures. Le diagnostic et l’évaluation du réseau routier sera fait afin de déterminer le coût des travaux nécessaires. Une réforme institutionnelle sera engagée pour permettre, à l’instar des autres FER, une levée  de fonds dans le système bancaire de la place et un financement des activités autres que l’entretien routier. Le taux de la Redevance d’Entretien Routier (RER) sera rehaussé. On procédera à une diversification des ressources du FER, et notamment par l’opérationnalisation du péage, le reversement d’une partie des taxes uniques sur les véhicules (TUV) au FER et la mise en œuvre de la lettre de voiture. Les capacités des cadres du FER et des PME seront renforcées.

PERSPECTIVES

L’Assemblée nationale a adopté une nouvelle loi, en juin 2015, pour la gouvernance financière des sociétés et établissements publics. Cette loi entraînera une évolution du statut juridique du FER-Guinée.

D’autres voies seront explorées parce qu’elles ont été probantes. Depuis 2010, l’État a financé de grands projets à partir du budget national avec des cas de préfinancements consentis par des entreprises. Les partenariats public-privé (PPP), s’ils sont bien encadrés, avec une gestion privée des infrastructures, ouvrent aussi une voie. Ils pourraient améliorer l’entretien des infrastructures. En ce qui concerne l’entretien, une nouvelle réflexion est menée actuellement sur la possibilité d’un minimum de régie. Il faut également renforcer et réformer les institutions publiques. Des projets de réformes pour mettre en place des agences routières sont en élaboration.

Cette publi-information aura peut-être fait comprendre la situation du Fonds d’entretien routier guinéen et fait voir qu’elle ne fait pas du surplace mais s’attache à remplir sa mission au mieux avec ses faibles moyens financiers. Elle montre que le réseau routier sera amélioré très prochainement. Les perspectives sont bonnes. D’ici à 2020, les ressources augmenteront et permettront de maintenir la traficabilité sur les axes routiers importants.