Cinéma : Que devient le cinéma guinéen ?

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Moussa Kémoko Diakité alias Bakary Oulén est comme qui dirait un ‘’vieux de la vieille’’.

L’un des pionniers du cinéma guinéen agonisant  est né en Septembre 1940 dans la ville-carrefour de Mamou en moyenne-Guinée. Une éducation classique dès l’âge de 18 mois chez une grande mère qui ne lui refusait rien. Le Collège et le Lycée de Donka l’ont accueilli successivement entre 1953 et 1957 avec pour sanction un BEPC en 1957 qui équivaut de nos jours à un doctorat 1er cycle. A la fin de ce cycle, j’ai réintégré dit-il l’enseignement dans le but d’’’épargner et partir en France’’ comme tous les jeunes gens de cette époque pour parachever les études secondaires et s’inscrire pourquoi pas, dans une Grande Ecole. Dans l’Hexagone rien n’est laissé au hasard, il faut faire son bacc et on verra….Le bacc en poche en France, Moussa K.DIAKITE  s’inscrit à l’Ecole de biochimie de Paris très renommée située Quai aux Fleurs sur les bords de la Seine dans le 6ème arrondissement…durant une année entière les cours de biochimie expédiés je suis devenu entre  temps un boursier guinéen en cette fin de l’ère colonial en Afrique, l’année suivante je reviens en Guinée pour passer les vacances. A ma grande surprise il m’est signifié que ma ‘’bourse’’ est ….annulée pour des raisons d’infidélités à mon engagement à poursuivre des études …de biochimie ! C’est ainsi que j’ai trainé pendant au moins une année encore en Guinée quelque part au  ministère de la Jeunesse comme fonctionnaire contractuel. J’ai pris mon mal en patience et par un coup heureux du sort tout devait rebondir  par l’octroi d’une nouvelle ‘’bourse’’ pou faire …du cinéma ! en Allemagne fédérale cette fois…comme on aimait le dire à l’époque c’est ainsi que ma vocation de cinéaste fût consolidée et devenue une concrétisation palpable. Durant mes petites classes mes condisciples s’époumonaient à me comparer à des personnages de théâtre et même de cinéma en recopiant les textes que je déclamais avec emphase devant un  auditoire convaincu de mes talents de comédien et de cinéaste.

Le théâtre en plus du cinéma était mon ‘’hobby’’ depuis tout jeune homme

Toujours à Paris une année après mon bacc et m’être inscrit Quai aux Fleurs, je suis allé m’inscrire Rue Blanche au Centre national d’Art Dramatique bien connu dans le milieu artistique, on était en 1962. Durant l’été 1965, je suis revenu en Guinée pour passer les vacances…… Je fus choisi à mon insu par feu Dr Conté Seydou alors Ministre de l’Education Nationale. Je me suis inscrit par la suite à Dortmund pour un apprentissage de six mois de langue allemande, à la suite de quoi je me suis inscrit à l’Université de Francfort à la Faculté des Sciences théâtrales et audio-visuelles,  l’on ne parlait pas encore de N.T.I.C.  ni de près ni de loin. Une Fac qui organisait le théâtre et le cinéma pour une formation fondamentale comparative. A la fin de mes études où le théâtre était prépondérant, je fus admis à faire un stage au Théâtre national de Francfort durant l’année 1966 envoyé à Berlin-West comme stagiaire-assistant dans le plus grand complexe cinématographique de l’époque en Allemagne fédérale et c’est là que j’ai pu avoir la maitrise du métier de réalisateur.

En 1968, je suis de retour au bercail et engagé dans la Fonction Publique affecté au Syli Cinéma où j’ai retrouvé entre temps des noms aussi célèbres que Costa Diagne, Gilbert Minot, Sékou Oumar Barry, Bob SOW et tant d’autres qui ont jeté les bases du nouveau cinéma guinéen, à l’aube  de notre indépendance. Des heures de gloire qui sonnaient comme une étoile filante, puisque cela n’a duré que le temps de la rosée du matin.

C’est ainsi que le cinéma guinéen naissant fût ‘’décapité’’ eut égard aux contingences qui parasitaient la vie politique, artistique, nationale avec les différents ‘’complots’’ qui ont jalonné la vie des Guinéens en ces temps pas très lointains de triste mémoire. De tous les réalisateurs formés à grand frais dans des écoles tant occidentales que de l’Est, très peu ont échappé à la géhenne

L’invasion de la Guinée, le 22 novembre 1970 par des mercenaires portugais fut un prétexte tout trouvé pour éliminer les pionniers du cinéma guinéen naissant.

C’est aussi qu’après la parution de ‘’Et vint la Liberté’’ de  Sékou Oumar Barry une fresque historique de la Guinée indépendante, le cinéma guinéen tomba dans une léthargie sans nom, tant et si bien que les salles devinrent muettes et infréquentables.

L’Etat guinéen qui s’ouvrait à la communauté internationale avait une politique culturelle hardie au point que les différentes fédérations du parti qui dirigeait le pays rivalisaient de savoir-faire dans la chorégraphie dans les compétitions artistiques et culturelles hautes en couleurs, une occasion toute trouvée pour le Service National du Cinéma de fixer pour la postérité des joutes nationales.

Le nouveau départ du cinéma guinéen n’est possible que quand l’Etat lui-même s’intéressera à remettre sur les rails avec des investissements conséquents en studios et en personnels compétents nous a confié  Moussa Kémoko Diakité qui est décidé malgré tout à s’investir pour un renouveau du cinéma guinéen.

Samba TOURE

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