Alimou Sow : le blog, de la passion à la profession

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Alimou Sow est le créateur et l’animateur du célèbre blog « Ma Guinée Plurielle » (http://lims.mondoblog.org). Il fait partie de la première génération du réseau Mondoblog, une plateforme réunissant plus de 500 blogueurs francophones à travers le monde portée par Radio France Internationale (RFI). En 2013, le blog de notre compatriote a remporté le Prix du Meilleur Blog francophone, The Bobs, organisé par la radio allemande Deutsche Welle. Depuis 2012, Alimou Sow est employée à la Délégation de l’Union européenne en Guinée. Nous l’avons rencontré pour parler  de sa passion du blog.

  1. Comment définit-on le blogueur ?

Littéralement, le blogueur est celui qui anime un blog. En résumé, le blog est un site Internet personnel à travers lequel une personne, le blogueur ou la blogueuse, s’exprime régulièrement sur des sujets de son choix. Etre blogueur, n’est vraiment pas une profession à part entière (ou en tout cas à des rares exceptions), c’est une activité comme le jardinage, la photographie, etc. que chacun peut exercer en fonction de sa disponibilité et de ses centres d’intérêts. Il suffit de maitriser quelques techniques de l’écriture sur le Web et de disposer des connaissances élémentaires sur les technologies de l’information et de la communication (Internet, éditeurs de texte, etc.) pour se lancer. Enfin, il faut savoir qu’à travers son site Internet personnel et les réseaux sociaux, le blogueur entretient un lien très fort avec ses lecteurs.

  1. D’où est venue cette passion pour vous ?

Ma passion du blog découle de mon amour pour la lecture et l’écriture. J’ai commencé à bloguer en 2010 à la faveur du concours de recrutement du projet Mondoblog de RFI. Avant cette date, j’écrivais des articles pour moi-même que je partageais quelquefois sur mon profil Facebook. Le projet Mondoblog était donc une occasion rêvée pour moi. Je l’ai saisie au bon moment et j’en ai tiré énormément d’avantages. Désormais je revendique une expérience de six ans de blogging, deux stages à RFI et à Slateafrique, une série de voyages de formation et de rencontres passionnantes, mais surtout un Prix International.

  1. Justement, vous avez été distingué le 7 mai 2013 « meilleur blog francophone » du concours « The Bobs » organisé par la Deustche Welle. Comment avez-vous réussi cet exploit ? Quels sont vos sentiments après votre victoire ?

Je ne sais pas si c’est un exploit mais je dois dire que ce Prix a été une récompense de trois ans de dur labeur de blogging. Je continue de rendre hommage à mes lecteurs qui m’ont accompagné et soutenu pendant toutes ces années et ont voté pour moi. En fait, après la sélection du jury de la liste des 10 finalistes, le public devait voter pour choisir ce qu’il considère comme étant le meilleur blog francophone. « Ma Guinée plurielle » est arrivée la première. Ça été un énorme sentiment de satisfaction pour moi. Je dois préciser que le Prix était simplement symbolique mais il m’a ouvert pas mal de portes à travers la visibilité.

  1. Vous avez évoqué un « dur labeur de blogging », on sait que qui dit blog, dit connexion Internet. Or chez nous, les connexions ont souvent été très lentes. Comment avez-vous réussi à surmonter ces difficultés numériques ?

C’est vrai que la connexion Internet a toujours été un casse-tête pour moi pour continuer à alimenter mon blog. Mais il faut avouer que la situation est différente en 2016 par rapport à 2010. A l’époque, la connexion 3G était très limitée géographiquement. En dehors de la capitale Conakry, elle était quasiment inaccessible. En province, l’accès à Internet se faisait dans les cybercafés ; et il n’est pas aisé de tenir régulièrement un blog à partir d’un tel espace. Même à Conakry, ce n’était pas la joie partout. Je me souviens que pour poster une image d’illustration d’un article, j’étais obligé parfois de grimper sur des hauteurs comme les immeubles à étages ou les manguiers pour capter un meilleur signal du réseau ! Le service était à la fois cher et défaillant. L’autre défi, c’était, et c’est toujours le cas (même si là aussi on note quelques améliorations), l’accès au courant électrique pour alimenter les appareils (ordinateur et Smartphones, les armes du blogueur). Bref, la situation était kafkaïenne.

  1. Y a-t-il beaucoup de blogueurs en Guinée ?

Oui, maintenant notre pays compte pas mal de blogueurs et de blogueuses actifs et audibles au-delà de nos frontières. On dénombre plus d’une soixantaine de blogueurs réunis au sein de l’Association de blogueurs de Guinée (Ablogui). Mais moins de 40 sont réellement très actifs. Dans la vieille école, il y a les ténors comme Fodé Sanikayi Kouyaté, président d’Ablogui,  Abdoulaye Bah, Lamine Nabé… Mais aussi la jeune génération très talentueuse au sein de laquelle on trouve des graines comme Diérétou Diallo, Thierno Diallo, Ibrahima Diakité, Sally Bilaly Sow, etc.

  1. Comment en êtes-vous arrivé à créer l’Association et comment celle-ci stimule le blogging en Guinée ?

Fodé S. Kouyaté et moi sommes les fondateurs d’Ablogui. En 2010, nous étions les deux seuls blogueurs guinéens faisant partie du la Plateforme Mondoblog. Jusqu’en 2011, nous étions pratiquement les seuls blogueurs actifs en Guinée. Pour sensibiliser les jeunes, les motiver à se joindre à nous, on a lancé Ablogui en 2011.  Mais c’était difficile à deux seulement ; Ablogui est restée en veilleuse jusqu’en 2013 – 2014. Entre temps, d’autres blogueurs sont venus nous rejoindre et on a relancé l’Association. Maintenant, Ablogui est une voix écoutée en Guinée, en Afrique et dans le monde et fait partie intégrante de la Société civile guinéenne. Je crois que c’est une fierté pour moi et pour tous ceux qui ont travaillé à la mise en place de cette Association. Grâce à elle, beaucoup de jeunes talents guinéens sont sortis de l’anonymat, continuent d’acquérir de l’expérience à travers des rencontres d’échanges fructueux ; y compris à l’échelle internationale. Moi, je l’ai quittée pour des raisons professionnelles, mais Ablogui continue d’exister et se trouve en de bonnes mains.

  1. Y a-t-il des institutions qui encouragent l’activité du blogging en Guinée ?

Si vous faites allusion aux Institutions étatiques guinéennes, je doute fort qu’elles en existent. Par contre, sous le leadership de son président, Fodé Kouyaté, le Bureau exécutif d’Ablogui a su séduire des partenaires techniques et financiers internationaux. Ainsi en 2015, l’Association a été particulièrement active dans le cadre du monitoring de l’élection présidentielle d’octobre avec le soutien des partenaires nationaux et étrangers. Ablogui est relativement jeune, mais elle revendique déjà plusieurs réussites comme le déblocage de la délivrance des cartes nationales d’identité en faisant une campagne de lobbying particulièrement réussie. Je crois savoir qu’elle travaille sur plein d’autres projets. A mon avis, il y a des possibilités de collaboration entre Ablogui et l’Agence de régulation des postes et télécommunications (ARPT) ou avec le ministère de tutelle, mais ce n’est pas encore le cas, il me semble.

  1. Dans d’autres pays, les blogueurs sont menacés. Qu’en est –il en Guinée ?

A ma connaissance, en Guinée, les blogueurs s’expriment librement. Ils ne subissent pas de pression venant de l’appareil de l’Etat. Il faut préciser tout de même que peu d’entre eux abordent des sujets politiques dans leurs blogs. De toute façon, en Guinée rien ou presque en politique n’est tabou. Tout est étalé sur la place publique par les hommes politiques à travers les médias. Par contre, pour ma part, je considère la restriction voulue ou non de l’accès à Internet haut débit comme une atteinte à la liberté d’expression des citoyens en ce 21ème siècle. Bien qu’on note une certaine « démocratisation » de l’accès à Internet à travers la 3G, la qualité des connexions dans notre pays laisse encore à désirer. Depuis 2012, on nous parle d’Internet haut débit à travers la fibre optique du projet ACE (Africa Coast to Europe) mais personne ne ressent réellement les effets positifs dans la vitesse des données comme c’est le cas par exemple au Sénégal. C’est devenu l’Arlésienne et c’est bien dommage.

  1. Que comptez-vous faire pour que le blog soit reconnu comme une ligne de presse par la HAC ?

Comme dit plus haut, le blogging n’est pas une activité de presse. Un blog n’a pas d’employés. C’est simplement un espace d’expression. Par conséquent, je ne crois pas qu’il soit dans l’intérêt du blogueur d’être reconnu par la Haute Autorité de la Communication (HAC) qui est censée réguler les médias. Je précise toutefois, que le blogueur a des droits mais aussi des devoirs. Il doit respecter l’éthique et la déontologie, respecter les lois de la République. Il doit être responsable comme un journaliste dans le choix de ses sujets et leur traitement. Il est soumis à la vérification et au recoupement des informations qu’il divulgue.

  1. Le mot de la fin ?

J’aime écrire, lire et partager. J’aime le blog. Je suis heureux de savoir que beaucoup de personnes aiment et partagent ce que je fais et que de nombreux blogueurs débutants font de mon parcours un exemple. Ça fait énormément plaisir. Ce sont des interactions humaines très enrichissantes.

Merci à vous et aux lecteurs de Madina Men.

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