Guinée: La Non Efficience Du Système Bancaire

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Guinée: La Non Efficience Du Système Bancaire

La surliquidité des banques, la déficience de la qualité du crédit, l’accès difficile et onéreux aux capitaux disponibles par le secteur privé moteur de croissance, la limitation de la mission de la  BCRG, la sous bancarisation de la population active, la mauvaise approche du risque par le système bancaire et financier, la dématérialisation de la banque par les nouvelles technologies sont les données actuelles qui pourraient booster la croissance par la bancarisation de la partie de l’économie la plus éligible au crédit ou continuer à l’étrangler. Le choix est donné aux autorités de régulations.

En Guinée, le crédit au secteur privé représente moins de 10 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et une gamme très limitée de produits à la consommation est offerte aux clients. Une absence de marché de titres, d’emprunts, de marchés secondaires obligent les banques commerciales à se rabattre vers les obligations d’état à taux fixe (bons de trésor) ou d’adosser le risque au financement des entreprises chargées d’exécuter les marchés octroyés par l’Etat. Ainsi, le secteur privé moteur de croissance représentant la partie éligible au financement est pratiquement exclu du système bancaire. En Guinée, les banques préfèrent financer le bas de bilan des entreprises correspondant aux opérations à très court terme ou ponctuelles généralement effectuées par les importateurs de carburant et de denrées alimentaires.

Le financement du haut de bilan correspondant à l’investissement effectué par l’entreprise est toujours réalisé sur fonds propres par le porteur du projet. En Guinée, le frein au financement du secteur privé s’explique par une limitation de la mission de la BCRG et la conséquence de celle-ci sur la mission et rôle des banques dans le développement du secteur privé. La qualité du crédit et son coût élevé sont à la base de l’étranglement des entreprises. Les approches actuelles par les banques évaluent mal le risque et le surtaxe par une offre de taux bancaire exorbitant, ainsi par statisme les banques par ignorance réalisent des moins-values (potentiel bancaire sous utilisé) en empêchant de surcroit une croissance et la création de nombreux emplois.

La BCRG doit intégrer dans sa mission la mise en place d’un observatoire des services bancaires qui aura pour fonction la compression de charges financières supportées par les clients, assurer la tenue et la gestion d’un fichier des crédits obtenus par les personnes physiques, assister les entreprises publiques et privées dans le montages d’opérations d’emprunts extérieurs et l’analyse des offres de financement.

Le système bancaire et financier guinéen est handicapé par l’insuffisance d’un outil de centralisation des risques dont la base de données est souvent déficiente. Une centrale des risques opérationnelle et performante permet à la BCRG de gérer un système d’informations destiné à aider les banques, les établissements financiers et les commerçants à apprécier à leur juste valeur les risques encourus par leurs transactions. Elle permet aux préteurs de pouvoir octroyer des crédits bureaux, c’est à dire non préétablis mais ajustés au niveau réel du risque dans un système de plafond et de plancher. Ainsi, les préteurs peuvent élargir la surface et le volume du crédit. La surliquidité est un coût pour les banques mais redevient rentable par le biais du crédit bureau qui permet de faire financer les entreprises avec beaucoup plus de garantie et d’assurance.

La centrale des risques peut être renforcée par un fonds de garantie constitué par les banques et assurances et aura pour mission de donner des garanties aux crédits bureaux. Ces deux outils peuvent être fonctionnels dans une entité d’observation des services bancaires et supervisés par un Conseil présidé par le Gouverneur de la BCRG, les membres représentants des autorités publiques, l’association des professionnels de banque et d’assurance et le bureau de défense des consommateurs.

Les nouvelles technologies dématérialisent et font accéder les populations défavorisée aux structures financières. Le compte n’est pas forcément ouvert dans les livres de la banque mais peut être ouvert sur la plateforme d’un opérateur téléphonique. Les opérations de dépôts, de retraits et de transferts ne sont pas de nos jours une exclusivité de la banque. La population non bancarisée effectue ses opérations financières via son téléphone portable. Ce concept est une source de revenus importante pour les opérateurs téléphoniques. L’inclusion économique et financière des personnes aux revenus modestes est un véritable enjeu de développement humain et économique pour les pays africains. La BCRG en sa qualité de régulateur des activités bancaires doit anticiper la régulation des ententes entre les différentes plateformes et terminaux de paiement et le système bancaire et financier du pays. Elle doit prendre le leadership de la pratique. En Guinée, le secteur informel pourrait être bancarisé à 100% par e-Banking qui constitue un effet de levier vers la bancarisation. Moins de 10% de la population possède un compte bancaire alors que le taux de pénétration du mobile est supérieur à 75%. Bientôt seront nombreux en Guinée les agents économiques qui paient les factures d’eau, d’électricité, transfèrent de l’argent à des tiers ou paient dans des boutiques ou magasins avec leur téléphone.

La BCRG et l’ARPT doivent ensemble contrôler et superviser les ententes de coopération passées entre les banques et les opérateurs téléphoniques relatives à la préservation des rôles initiaux sur la chaine de valeur qui encadre les innovations, les coûts y afférents, sans perdre de vue la protection des intérêts des  clients.

 

THIAM Mohamed Jacob

Cabinet : Centre de Gestion de Guinée

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