Baidy ARIBOT: « Les jeunes doivent s’engager ….

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Baidy ARIBOT: « Les jeunes doivent s’engager au lieu de rester spectateurs »

Dans cet entretien exclusif accordé à Madina Men, le secrétaire exécutif de l’Union des Forces Républicaines (UFR), Baidy ARIBOT, appelle les jeunes générations à s’impliquer davantage dans la sphère politique. Le député uninominal de Kaloum parle aussi de l’insalubrité qui enlaidit l’image de Conakry. Lisez.

Madina Men: Le chemin a été long, parfois épineux, certes ; mais vous êtes aujourd’hui le député uninominal de Kaloum; quels ont été les différentes péripéties de votre parcours ?

Comme tous les enfants de Conakry, j’ai commencé par les études primaires, ici, à Conakry, notamment, à Kaloum, plus particulièrement à l’école de Sandervalia ; à l’époque on l’appelait 22 Novembre, à côté du Musée national. Après ça, je suis venu au lycée Château d’eau, appelé à l’époque 14 Mai, là où j’ai eu mon bac. C’était dans les années 80. Après, on m’a orienté à la faculté des sciences sociales. C’est de là que j’ai eu une bourse d’études pour aller au Maroc, où je suis sorti avec une licence en droit à l’Université Mohamed V de Rabat. J’ai commencé à travailler à la Banque Centrale en 1993 ; cursus que j’ai poursuivi jusqu’au grade de sous-directeur au niveau du département des changes de la Banque Centrale. Et puis, en 2007, j’ai été nommé ministre de la Jeunesse dans le gouvernement de consensus du Premier ministre Lansana Kouyaté. Et à la transition, j’ai été nommé directeur général de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale et directeur général du Fonds de développement et de promotion des mines. Ce qui m’a amené en 2012 à me lancer dans la politique.

Madina Men: Comment peut-on devenir un élu du peuple sans faire de la politique politicienne ?

A mon avis, il suffit d’avoir du répondant et des idées. Je suis arrivé en politique parce que j’ai vu qu’il fallait quand même prendre de la hauteur et ne pas rester passif à l’action nocive des décideurs. Et pour cela, il fallait s’engager pour défendre des valeurs cardinales, pour une société harmonieuse, libre et démocratique. J’ai donc dû créer mon parti, l’Alliance des Forces d’Avenir de Guinée (AFAG). Par la suite, de commun accord, il a été décidé une fusion avec l’UFR du président Sidya Touré, où j’occupe maintenant le poste de secrétaire exécutif. Maintenant, la politique politicienne, comme vous le dites, c’est inhérent à la société, c’est inhérent à un Etat libre et démocratique. Je pense qu’il est de notre devoir, à nous tous, certes, de ne pas trop en abuser, mais chacun de nous doit participer à la gestion de la cité. Pour cela, on a besoin de la contribution de chacun de nous et chacun dans le rôle qui est le sien.

Madina Men: Parlons un peu de l’insalubrité qui gagne Conakry et plus particulièrement votre commune Kaloum, où l’assainissement pose problème. Vous êtes le député uninominal de la Kaloum au compte de l’UFR, qu’avez-vous fait pour imprimer votre marque dans ce sens ?

Nous, nous sommes des législateurs. On vote les lois. On essaie de contrôler les actions de l’exécutif à travers les débats parlementaires et certaines actions qu’on peut mener dans le cadre des prérogatives de l’Assemblée Nationale. Je crois que le problème d’insalubrité relève du domaine de l’exécutif. Pour cela, il faut une politique appropriée. C’est regrettable que Conakry soit sale. Je pense qu’à ce niveau, les rôles sont inversés. Je pense qu’il faut donner plus de moyens aux collectivités locales spécialisées en la matière. Mieux, il faut permettre à ces collectivités, dans une démarche participative, de gérer à la base ce problème d’ordures. Ce qui n’est pas le cas actuellement, puisque l’affaire est centralisée au niveau du gouvernorat. Le pire est que le gouvernorat n’a aucun moyen, tout est centralisé au niveau du ministère de tutelle ou du gouvernement.

Madina Men: Vous parlez de l’organisation des élections communales et locales. On a tendance à remarquer que l’opposition dite républicaine vous exclut de son camp. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas l’opposition dite républicaine qui nous a exclus. C’est nous qui avons décidé de quitter l’opposition dite républicaine, parce que cette structure ne répondait plus à nos aspirations et ne correspondait plus aux objectifs que nous nous sommes fixés en termes de management. Il y a eu une collaboration franche, puisque nous sommes ceux qui ont créé cette opposition républicaine. L’UFR est le pionnier de cette opposition, parce que jadis l’opposition était disparate. La notion d’opposition étant plurielle, nous avons notre façon de voir les choses, notre façon de faire de l’opposition, mais dans le sens de prendre en considération les préoccupations majeures des populations, les problèmes des Guinéens.

Madina Men: Parlons de Sidya TOURE, le président de votre parti. Il a été nommé Haut Représentant du Chef de l’Etat ; que ressentez-vous, vous qui, auparavant, étiez remonté contre le régime du Président Alpha CONDE ?

Je garde toujours ma position politique. Je pense que le président Sidya, qui est très compétent et qui est un gestionnaire connu, est aujourd’hui dans cette fonction honorifique et politique de Haut représentant ; ce qui n’est pas, encore une fois, dans la constitution, parce que les gens confondent. On pense que Sidya est de l’exécutif. Non. Sidya occupe un poste qui est honorifique et politique et qui va dans le sens d’une collaboration objective avec le Chef de l’Etat.

Madina Men: Certains accusent vos collègues députés d’être trop absents à l’hémicycle, alors qu’ils perçoivent leurs émoluments. Qu’en dites-vous ?

Non. Il y a une incompréhension à ce niveau. Les gens ne comprennent pas ce qui se passe. Qu’est-ce qu’ils appellent absence ? Quand quelqu’un est empêché et qu’il prend la permission, ou peut-être qu’il a un cas social, comme il y en a beaucoup dans notre pays, c’est tout à fait naturel. Les députés, honnêtement, ils sont consciencieux et ils font un travail remarquable, indépendamment de leurs bords politiques. Ils font des journées au service des populations, au service des circonscriptions qui les ont élus, au service de la Guinée.

Madina Men: La plupart des grandes formations politiques sont présidées par des personnes avancées en âge. Cependant, dans celles-ci, nombreux sont les jeunes qui tentent de se frayer un chemin.  Mais il y a aussi d’autres présidents de partis politiques, comme le cas de Siddighy DIALLO de l’UMP, du BL avec Faya MILLIMONO, ou encore Mouctar DIALLO des NFD etc. Quel avenir pour cette nouvelle génération de politiciens ?

Vous pensez que Faya Millimono et autres sont des jeunes ? Ce que vous appelez jeunes sont dans l’ordre de 50 ans. Il faut dire qu’ils sont moins âgés que les autres. Je dis aux jeunes qu’il ne faut pas rester passifs à l’action nocive de la société. Ils doivent s’engager, au lieu de rester spectateurs. Nos jeunes aiment la théorie plus que la pratique et l’action. Je dis aux jeunes que j’étais comme eux avant. C’était ma vision. Mais ça n’a pas arrangé les choses. Aujourd’hui pour servir le pays, si vous voulez faire de la politique, il faut vous engager. Cette dynamique générationnelle dont vous voulez parler en termes de gestion de parti et autres, elle ne peut se faire que si seulement nous nous engageons, nous nous battons aux côtés des aînés. N’oubliez pas que ces aînés ont commencé avant nous et qu’ils se sont taillé cette part belle dans l’opinion. Ils ne l’ont pas acquise comme ça. Ils se sont taillé ça par la force et le travail, par la force de l’action. Si nous voulons vraiment être à leur place, il faut que nous prouvions. Si nous voulons être aujourd’hui à même de gérer les partis et être comme eux, c’est-à-dire la nouvelle génération, il faudrait que nous nous battions pour acquérir notre place ; on ne va pas nous donner. Ça s’acquiert. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas affirmer qu’Alpha CONDE, Sidya, Dalein, Kouyaté ne méritent pas là où ils sont. Ils se sont battus et la société leur a donné la place qui leur est due. Pour faire comme eux, ce n’est pas derrière Facebook ou bien derrière Twitter qu’il faut faire des critiques. La nouvelle génération de politiciens, je pense qu’il y en a quand même qui sont en phase de donner une belle carrière. C’est une nouvelle génération de politiques qui sont prêts à prendre la relève.

Madina Men: Toujours dans la même lancée, quel regard portez-vous sur cette nouvelle génération actuellement à l’hémicycle ?

La nouvelle génération est massivement représentée à l’Assemblée Nationale. Il faut le dire. Il y a beaucoup de jeunes qui sont là-bas et qui ne reculent devant rien. Ils sont venus à ce stade par l’action et se sont battus. Pour nous, c’est une bonne chose. Il y a un élan de solidarité entre nous, quel que soit le bord.

 

Propos recueillis par Oumar Daroun

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