Oussou Fofana, Vice-président de l’UFDG

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Dr Oussou Fofana, Vice-président de l’UFDG : « Le président de la République a rencontré le chef de file de l’opposition et cela a fait plaisir à beaucoup de Guinéens »

Madina Men a rencontré le bouillant député de l’UFDG, Dr Fodé Oussou Fofana. Dans cette interview, il s’est exprimé sur les questions de l’heure, notamment le dialogue politique, les futures élections communales et la prolifération des médicaments de la rue.

MM : Vous êtes pharmacien et député à l’Assemblée nationale, quelle idée vous faites-vous du devenir de notre pays ?

La Guinée est en train de passer des situations pas très faciles sur les plans politique, économique, social et même des relations entre les communautés. Il ne faut pas oublier que l’arrivée de M. Alpha Condé en 2010 avait créé beaucoup d’espoirs, parce que c’était la première fois qu’on avait un président démocratiquement élu et en plus civil, malgré que nous, à l’UFDG, nous ayons des reproches sur la manière dont il est arrivé à la tête de ce pays. On s’attendait à quelque chose de fondamental ; qu’il réconcilie les Guinéens et qu’il soit le président de tous les Guinéens, ceux qui ont voté pour lui et ceux qui n’ont pas voté pour lui. Les premiers discours de M. Alpha Condé n’ont pas rassuré, parce qu’il a déclaré être élu par trois (3) régions. Nous avons constaté lors de son premier mandat que les promesses de campagne n’ont pas été tenues, entre autres l’autosuffisance alimentaire, les ordinateurs dans les écoles, le développement minier pour créer l’emploi. Aujourd’hui, il est à son second mandat et nous en attendons la fin pour faire le bilan par rapport au premier mandat. Globalement, je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire ; fondamentalement, sortir ce pays de la misère, de la précarité, créer les conditions pour réconcilier les Guinéens, créer les conditions pour l’emploi des jeunes, lutter contre la corruption et c’est de la responsabilité du président de la République.

Que comptez-vous faire et que proposez-vous comme solution ?

Je pense que ce que nous essayons de faire en tant que parti politique de l’opposition, c’est de dénoncer la mauvaise gouvernance et en même temps de faire des propositions, parce que nous avons en commun ce pays. Mais quand les bons actes sont posés, nous le reconnaissons.

En tant que président de l’Ordre national des pharmaciens de Guinée, vous observez comme tout le monde la prolifération des médicaments de la rue. Quelle est votre stratégie de lutte contre ce fléau, et comment cette problématique s’invite-t-elle au parlement guinéen ?

La Guinée est devenue le carrefour de la circulation des médicaments de contrefaçon. Un médicament est un danger, un poison, il faut qu’il y ait une volonté politique, que le gouvernement s’arrange à faciliter l’accessibilité des produits de bonne qualité partout en Guinée. La Pharmacie centrale devrait être capable d’approvisionner les centres de santé et les hôpitaux, au niveau des préfectures, créer la proximité pour que les populations puissent avoir accès aux produits de meilleure qualité. Aujourd’hui, il y a une loi sur les médicaments qui donne le monopole aux pharmaciens. A la prochaine session, nous allons essayer de la modifier, surtout en ce qui concerne les sanctions, car il n’y est prévu que deux mois de prison. Il faut que les gens comprennent qu’on ne blague pas avec les médicaments, et qu’on risque la prison à perpétuité.

A l’UFDG, dont vous êtes un des vice-présidents, des procès au pénal comme au civil se profilent à l’horizon. Entre autres, celui de l’assassinat du journaliste de guinee7.com, El hadj Koula DIALLO, et ceux en diffamation et pour l’exclusion du 1er vice-président, BAH Oury. Comment, personnellement, vous les appréhendez ? 

 

Ecoutez, moi je pense qu’il faut laisser la justice faire son travail. Quand un problème est en justice, il est difficile de faire des commentaires par rapport à ça. Le mieux, c’est de faire confiance à la justice et de la laisser travailler sereinement.

Une nouvelle génération politique émerge en Guinée. La pluralité de l’opposition s’affirme. En tant que membre de l’opposition républicaine et membre du parti leader, comment jouez-vous vos cartes ?

 

Il faut dire que la Guinée est un pays particulier, dans la mesure où chacun est libre de créer un parti politique. A mon humble avis, il faut qu’on soit capable d’animer un parti politique, d’avoir des militants, d’avoir un projet de société, de participer aux élections. Le souhait est qu’on puisse donner la possibilité à tous ceux qui en sont capables de créer un parti. Aujourd’hui, la configuration politique de la Guinée est très claire, et moi je suis fier d’appartenir à l’un des plus grands partis de ce pays, et je me dis qu’il faut aller à la compétition. Les élections de proximité (communales et communautaires) aussi vont permettre au peuple de mesurer la capacité de chaque parti. En 2010, on a eu vingt-quatre (24) candidats et en 2015, on en a eu entre sept (7) ou huit (8) et j’espère qu’en 2020, on aura quatre (4) ou cinq (5) grands partis politiques.

Le dialogue a toujours été à la fin de toute tension politique. Le président de la République et le chef de file de l’opposition viennent de matérialiser cette attente des Guinéens. Quel commentaire en faites – vous ?

 

Je pense qu’aujourd’hui, il y a deux réalités, d’abord Elhadj Cellou est le chef de file de l’opposition par la volonté de Dieu, ensuite, nous avons toujours demandé le dialogue. Aujourd’hui, le président de la République a demandé de rencontrer le chef de file de l’opposition et je crois que cela a fait plaisir à beaucoup de Guinéens ; des engagements ont été pris et j’espère qu’ils seront respectés. Il est de la responsabilité du président d’organiser ces élections communales, d’arrêter d’aller au siège du RPG-Arc-en ciel en tant que président d’un parti politique.

Vous êtes président du groupe libéral-démocrate à l’Assemblée Nationale. Quelles démarcations y a-t-il entre vous et les autres groupes parlementaires ? 

 

Nous sommes d’abord un groupe de l’opposition ; si nous sommes à l’Assemblée nationale nous ne sommes pas libéraux, centristes ou de la mouvance, nous sommes de l’opposition. Aujourd’hui, nous sommes trente-sept (37) députés, c’est un nombre important qui peut empêcher le RPG de se qualifier pour modifier toutes les lois organiques. Nous sommes là pour défendre le peuple, parce le rôle du député c’est de voter les lois et faire des propositions de lois.

Quelles ont été vos propositions jusqu’à maintenant ?

On a fait beaucoup de propositions ; tout récemment, nous avons fait une proposition sur la CENI et sur le code électoral qu’on devait examiner lors de la session passée. Malheureusement, on n’a pas pu, mais je pense qu’à la rentrée, nous allons examiner ces deux lois, qui sont des propositions de notre groupe parlementaire. A chaque fois qu’on présente un budget, nous avons expliqué les défaillances ; nous avons été le groupe parlementaire qui a été contre l’augmentation de la TVA, parce qu’on a constaté que cela allait augmenter la misère de la population.

2020 annoncera la fin de mandat du président Alpha CONDE. Comment votre parti compte-t-il s’y prendre pour éviter à la Guinée un héritage lourd à supporter ?

La première des choses que nous allons faire, il faut absolument que la gouvernance change, pas dans la théorie mais dans la pratique. La deuxième chose, c’est de nous atteler à la réconciliation nationale, parce que ce pays est complètement divisé, faire en sorte qu’on ne parle plus de Peul, de Malinké ou de Soussou, mais du Guinéen. Troisièmement, il faut s’attaquer à l’éducation qui est le soubassement de tout ceci. Quand on a un système éducatif performant, on crée de bonnes personnes ; c’est pourquoi quand on parle du diplôme sénégalais, les gens sont rassurés, parce qu’il est équivalent à un diplôme français, il donne un accès plus facile aux universités de France que le nôtre. La gouvernance, le problème des infrastructures, de la justice, tout ceci doit être repris dans ce pays-là, sans oublier que les institutions doivent fonctionner indépendamment.

 

Quels espoirs fondez-vous sur la Guinée et quelle vision avez-vous pour son émergence économique dans le futur ? 

Je souhaite une Guinée prospère, qui met ses richesses à la disposition de l’ensemble des Guinéens. C’est un pays fondamentalement riche où toutes les conditions sont réunies pour émerger, avec ses ressources du sol et du sous-sol. Nous avons l’agriculture, si on investissait dans ce domaine en mettant à la disposition des agriculteurs ce qu’il faut, on pourrait atteindre l’auto-suffisance alimentaire. On parle de migration, parce que toutes les conditions ne sont pas remplies, et il n’y a pas d’espoir pour la jeunesse. Pour éviter tout cela, il faut créer des conditions d’être fier et de se sentir bien chez soi ; cela passe par la création de l’emploi, pour favoriser les secteurs privé et public qui sont les poumons de l’économie. Avec toutes ces potentialités dont regorge notre pays, accompagné d’une bonne gouvernance et d’une volonté politique, la donne va changer. Avec des Guinéens réconciliés, ce pays pourra sortir de l’ornière.

 

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