Guinée: La fracture entre le secteur public et le secteur privé

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L’absence d’une plateforme effective de dialogue et de consensus entre le secteur public et le secteur privé constitue le principal frein au développement de la Guinée. Une telle plateforme pour être fonctionnelle et efficace doit être une entité mixte capable de fédérer les forces et les intelligences sans aucune exclusion. Elle doit pouvoir appeler, conseiller et accompagner l’investissement. Sa principale mission consiste à aider à la  prise de la bonne décision économique et sociale.  La signature de l’entité doit garantir l’investissement en République de Guinée.

En Guinée, l’initiative privée est autorisée après la prise du pouvoir par les militaires (CMRN) en 1984, époque faste en opportunités d’affaires pour les entreprises locales (en gestation) et étrangères ; une administration publique en pleine reconversion quittant hâtivement et définitivement la gestion socialiste vers celle capitaliste dont les seules valeurs sont  le profit et la compétitivité.

Dans une euphorie totale, des institutions au développement proposent des programmes inadaptés  dont les conséquences avaient fait échouer le plan de privatisation des industries de l’époque. L’ouverture du pays vers un libéralisme incontrôlé par les pouvoirs publics en place de l’époque, aggravée par une défaillance du cadre des investissements ne pouvait permettre une relance du pays. Ainsi, des entreprises locales inexpérimentées ont été à l’origine de la faillite d’une banque (BIAG) de la place, rendant ainsi, le système bancaire frileux refusant de financer la partie la plus éligible de l’économie à savoir : le secteur privé.

Nombreuses ont été les entreprises qui avaient  mis la clé sous la porte ou avaient migré vers un pays voisin offrant un cadre plus propice à l’investissement.

En Guinée ; la quasi-totalité des chefs d’entreprises sont illettrés et exercent dans une activité commerciale informelle dépourvue de toute organisation et culture d’entreprise ; une fois le point de rupture atteint la reconversion pourrait être difficile, exposant ainsi le commerçant à un risque de cessation d’activité, si toutefois un conseil adapté n’intervient pas.

Sous les trois (3) régimes de gouvernance (socialiste, militaire et démocratique), la république de Guinée a toujours découragé l’entreprise et l’investissement. Le revers de la médaille pourrait être un veto absolu des investisseurs vers la destination Guinée ou offrir sans contrepartie réelle son patrimoine aux investisseurs de classe moyenne.

En Guinée, le secteur privé est freiné dans son élan par le secteur public : les abus, la corruption, la mauvaise qualité du service public sont les principales causes de ralenti. Ce système de choses est l’héritage reçu du premier régime socialiste et explique de facto la fracture entre public et privé. Toutefois, il convient de reconnaitre que le secteur privé non plus n’a pas assumé sa responsabilité en tant que moteur de croissance et de stabilité économique. La chambre de commerce et le patronat ont été les organes à travers lesquels le secteur privé a été désintégré par des décisions imposées par des organes publics. Le secteur privé n’a jamais démontré son sens de l’organisation et de responsabilité vis-à-vis du secteur public qui continue d’en faire une victime. Le manque de cadre de dialogue responsable dans une vision d’intérêt nationale a toujours fait défaut. Cet état de fait structurel plombe la croissance et l’emploi. En Guinée, la situation économique, depuis plus de 25 années,  est tributaire de cette mésentente entre l’entreprise et l’Etat.

Les dernières mesures prises unilatéralement par l’Etat (augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et le maintien du prix du carburant à la pompe à un niveau supérieur au prix offert par le marché international) illustrent l’absence de dialogue et de consensus entre le secteur privé et public. Dans une logique économique, ces mesures sont contre-indiquées dans une dynamique de relance de la croissance et de la consommation des ménages et des entreprises. Les effets induits pouvaient être plus bénéfiques en termes de recettes fiscales et d’équilibre budgétaire. Ces deux mesures n’ont  tout simplement pas profité à l’économie nationale.

La dualité synergique entre les deux (2) secteurs permet l’atteinte des objectifs de développement et demeure la seule voie menant vers une croissance économique soutenue. Il existe en Guinée des organes étatiques qui œuvrent en vain à rapprocher le secteur privé du secteur public. Les échecs de ces derniers s’expliquent par les constats suivants :

  • méconnaissance des réalités de l’entreprise par le secteur public ;
  • manque de responsabilité du secteur privé vis-à-vis du secteur public;
  • méconnaissance par le secteur privé de sa propre mission économique ;
  • absence de politique de soutien et de relance au secteur privé ;
  • absence de dialogue responsable  entre le secteur privé et public ;

Possibilité d’un dialogue responsable entre le secteur public et privé

La seule volonté politique ne peut permettre aux acteurs concernés de pouvoir se retrouver dans un cadre idéal de dialogue responsable, constructif et fédérateur. Le secteur privé doit proposer une plateforme dans laquelle la réflexion de l’ensemble des fédérations de commerçants et artisans est possible, permettant de prendre en compte toutes les préoccupations. Elle doit être accessible à tous les membres affiliés aux fédérations. Cette condition ne peut être remplie que par un concept déployant une solution numérique.

La plateforme numérique est une entité d’appui technique au dialogue entre le secteur public et privé.  Elle fonctionnera comme une cellule technique au sein de laquelle presteront conjointement une expertise macro et micro économique. La plateforme numérique est un centre d’écoute et de collecte de propositions et d’information provenant des membres affiliés. Son secrétariat technique a pour fonction de traduire les préoccupations en projets de loi recevables par l’assemblée nationale.

L’entité juridique de la plateforme de dialogue et de consensus entre le secteur public et privé peut être un interlocuteur fiable des investisseurs et des partenaires au développement. Elle doit produire des statiques et des notes de conjonctures, afin de permettre des cadrages macro-économiques  de référence.  Les préparatifs des forums des investisseurs et les missions de recherche de fonds auprès des partenaires rentrent dans ses prérogatives.

La plateforme de dialogue et de consensus entre le secteur public et privé suggère aux autorités une bonne gouvernance de la chose publique et privée. Elle permet de lutter contre les abus des institutions envers les intérêts des opérateurs économiques. Elle facilite la communication entre les décideurs publics et les leaders du privé. La chambre de commerce et le patronat peuvent en faire un secrétariat technique. Le concept de la plateforme est un outil de bonne gouvernance et de fiscalisation des entreprises informelles.

Le projet de la plateforme doit être initié et porté par le secteur privé avec le concours de l’Etat et des partenaires au développement. Sa mise en place est une preuve de responsabilité nette et de maturité du secteur privé guinéen.

 

THIAM Mohamed Jacob

Cabinet Centre de Gestion de Guinée

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