Dr. Faya MILIMONO, président du Bloc Libéral :

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Dr. Faya MILIMONO, président du Bloc Libéral : « L’échec d’Alpha CONDE rendrait difficile la tâche à d’autres présidents après lui.»

Au cours de cet entretien que Dr. Faya MILIMONO, président du Bloc Libéral (BL), a accordé à Madina Men, nous avons abordé des questions qui touchent la vie sociale, politique et économique du pays et les nouvelles orientations de son parti pour les échéances électorales prochaines. Lisez !

Vous étiez à votre première participation et votre score aux présidentielles de 2015 a été surprenant, au regard de votre quatrième place au rang des admis. Comment vous y êtes-vous pris, et quel est l’impact de ce score sur le paysage politique en Guinée ?

On espérait plus ; être le premier, occuper Sékhoutoureya et prendre des décisions qui ont un sens pour notre peuple. Quand nous sommes arrivé à la politique, nous avons décidé de créer le Bloc Libéral, parce qu’à notre avis, il y avait un vide. On n’a pas besoin de s’appuyer sur son ethnie pour faire la promotion de son projet de société. En créant le BL, nous voulions montrer qu’il est possible de faire la politique autrement en mettant l’accent sur le mérite, sur les valeurs, sur des principes que tout le monde partage.

En 2013, nous avons annoncé qu’il y a  une majorité silencieuse dans ce pays. Et, nous avons dit que cette couche allait se réveiller et que quand elle va se réveiller, ça sera l’occasion de remettre la Guinée sur les rails et permettre réellement l’essor économique. C’est ce qui a commencé. Ça a été un test.

Nous étions le candidat le moins nanti voire le plus outsider. Mais, nous avons effectivement créé la surprise au moment où tous les sondages, les commentateurs politiques semblaient nous donner la huitième place sur les huit. Ou la meilleure position qu’on nous donnait, c’était la septième place. Nous pensons que c’était même possible d’atteindre la troisième place, à ce premier coup d’essai.

C’est vrai, quand vous écoutez les politiciens, vous avez l‘impression que les Guinéens sont en train de se diviser.  Mais allez dans les quartiers, la jeunesse refuse d’être divisée. C’est en étant proche de cette jeunesse, en allant vers elle, tout en les abordant, tous les Guinéens sans préjugés, que la représentation du BL a été rendue effective dans tout le pays. Partout où nous sommes passés, j’ai senti que les populations nous attendaient.

Notre score a naturellement eu un impact. Personnellement, je ne m’inscris jamais dans le débat  générationnel. Parce que je ne pense pas que le problème que nous avons soit à ce niveau ; parce qu’on a aujourd’hui des jeunes cadres qui font pire dans le gouvernement que nos doyens.

Les élections communales et communautaires sont pour bientôt. Comment le Bloc Libéral se prépare à ce scrutin ?

Depuis 2013, le BL était préparé pour les élections locales, juste après la légalisation de notre parti. En ce  moment aussi, nous avions souligné à la mouvance et à l’opposition que la République de Guinée ne va pas se développer à travers les élections. Mais, c’est à travers le travail. Imaginez, presque tous les ans, nous parlons d’élections dans notre pays. On en parlait l’année dernière, les présidentielles. Cette année encore, si le calendrier était respecté, on aurait déjà terminé les élections locales et commencé à penser aux élections législatives.

Nous avons une jeunesse qui constitue aujourd’hui, la menace la plus importante de notre pays. Près de 80%  de nos jeunes qui sortent de nos universités ou de nos écoles d’enseignement technique et de formation professionnelle n’ont pas où travailler. Ce ne sont pas ces élections qui devraient être la priorité des priorités. Ce qui a fait qu’en 2013 on avait demandé à tout le monde de faire une trêve et regroupé toutes les élections en 2015, tout en mettant l’accent sur les élections locales. Nous sommes en train de nous battre pour une démocratie, pour un Etat de droit, mais cette vision ne peut prospérer que quand elle est enracinée à la base. C’est-à-dire dans nos quartiers, districts, villages et communes. Or, chez nous, ces élections sont les plus bâclées. Pour preuve, les dernières remontent à 2005 ; cela fait onze (11) ans. C’est pourquoi, au moment même où nous implantions notre parti, nous étions en campagne pour ces élections locales.  Parce que c’est à ce niveau que nous avons besoin des gens qui comprennent la réalité sociologique, politique, culturelle de notre pays, pour pouvoir satisfaire les besoins concrets de nos populations. Quand un villageois parle, il parle du chemin qui mène à son village, de son enfant qui doit parcourir 10 kilomètres pour aller à l’école ; de l’eau qu’il doit boire, souvent c’est l’eau de source… Et même dans les centres urbains, par exemple, Conakry, pourquoi nous avons des ordures qui nous disputent  l’espace ? C’est parce qu’on a enlevé cela des mains des municipalités, qui devraient effectivement faire le travail.

La question qu’il faut se poser ; c’est quand et comment seront-t-elles organisées, permettront-t-elles l’émergence véritablement  de leaders, comme nous l’ambitionnons ?

Si nous ne sommes pas convaincus que ces élections seront propres, nous allons tirer la conclusion que ça ne vaut plus la peine d’aller aux élections avec le régime en place, et il faut réellement travailler à l’émergence d’une véritable démocratie.

En étant membre de l’opposition républicaine, de quelle force de propositions y disposez-vous et quelles relations entretenez-vous avec vos pairs ?

Nous entretenons des très bons rapports avec nos pairs de l’opposition, tout en gardant notre identité. Notre rôle aussi est de montrer à la classe politique dans son ensemble, qu’il y a une autre façon de faire de la politique. Si vous m’écoutez souvent, ça me fait mal que nous soyons, en tant qu’opposition, réduits à éteindre le feu, au lieu d’anticiper pour savoir quelle action devrions-nous poser pour que tel problème qui pourrait surgir ne puisse pas en être un pour le peuple de Guinée. La réflexion est fondamentale. C’est dans notre pays où malheureusement l’action politique ne repose pas sur une réflexion.

Chez nous, quand on est leader d’un parti politique, c’est à peine si on n’a pas recours aux marabouts pour prendre nos décisions importantes. Ceci est assez grave. Parce que nous voulons construire un Etat moderne. Nous ne pouvons  pas réduire notre action à de l’improvisation. Au sein de l’opposition, nous essayons effectivement d’imprimer notre capacité de réflexion quant à l’avenir de notre pays. Nous essayons en plus de ne pas être conformistes nécessairement. On a l’impression quand nous sommes dans l’opposition, on ne doit pas proposer au gouvernement des solutions pour bien gouverner. Il faut attendre d’être au pouvoir pour implémenter ce à quoi on a pensé.

Depuis que  nous sommes légalisés comme parti politique, nous faisons des propositions d’ordre conjoncturel et structurel. Les toutes dernières que nous avons faites, c’était en 2O15 lorsque le président de la République a dit qu’il n’y a rien dans les caisses. En ces temps, nous avons proposé des solutions ; notamment la diminution de ce que nous consommons. Nous ne pouvons pas consommer ce que nous n’avons pas. A ce niveau, la taille du gouvernement, le train de vie de l’Etat, les dépenses de souveraineté devaient diminuer.

Encore une fois, nous continuons à penser que le système dans lequel nous sommes doit être abattu et remplacé par un système qui nous ressemble, qui s’enracine dans nos réalités sociologiques, culturelles ; histoire de nous permettre de savoir où nous allons.

Le premier président de la République de Guinée, Sékou TOURE, avait sept ans de scolarité, celui qui l’a succédé en avait trois.

Avec Alpha CONDE,  c’est la première fois qu’on ait un universitaire, un docteur en droit et qui a fait plus de 40 ans de lutte politique. C’est pourquoi, l’échec d’Alpha CONDE rendrait difficile la tâche à d’autres présidents après lui.

Votre mot de la fin

Nous rêvons d’une gouvernance très centrée, et non d’un gouvernement de cinquante (50) ministres comme c’est le cas aujourd’hui. Mais une vingtaine, avec une parité entre hommes et femmes. Parce que moins nous sommes voraces en tant que dirigeants, mieux les Guinéens seront heureux.

Propos recueillis par Amadou Mouctar Diallo

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