Dansa Kourouma, président du CNOSCG

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Dansa Kourouma, président du CNOSCG : « Le dialogue politique devient récurrent dans un pays, quand la loi n’est pas appliquée ou est insuffisante ».

Dans cet entretien que Dansa Kourouma, président du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG), a bien voulu nous accorder, des questions sur la plate-forme, la relance du dialogue politique, les grands chantiers du CNOSCG, ont été entre autres abordées. Lisez !

Madina Men : Les organisations de la société civile observent, à l’image des consultations électorales, la vie et l’évolution de notre société. Leurs rôles, c’est d’être la lanterne de la société. Quelle est la quote-part du CNOCSG, à ce jour ?

Dansa Kourouma : Cette question  se répond à deux  niveaux.

Premièrement, la société civile, en tant qu’entité organisée qui porte les aspirations des populations, a commencé par le CNOSCG, en 2001. C’est la première forme d’organisation, de regroupement   apolitique en Guinée. Au moment où cette organisation non gouvernementale se mettait en place, l’espace public était dominé par un sentiment d’appartenance ou pas au pouvoir. De par l’histoire, c’est la première entité sociale, apolitique, qui a apporté et porté l’aspiration de la population à un niveau politique élevé. Les événements de 2007 et tous les événements qui ont suivi, c’était le CNOSCG qui  était leur locomotive.

Deuxièmement, aujourd’hui, il y a eu un changement de leadership à la tête de cette structure. Nous essayons de faire le même travail. C’est un travail de veille, d’alerte, d’interpellation et de  proposition.

Il se trouve, en effet, que la défense de l’Etat et l’indifférence des politiques face aux vrais problèmes de société font que le citoyen focalise toute son attention sur la société civile. La société civile n’a pas les moyens de répondre aux aspirations réelles de la population. Parlant de moyens ; quand la population a besoin d’eau et d’électricité, quel est le rôle de la société civile dans l’amélioration des services sociaux de base? C’est de poser le constat, d’alerter les autorités. C’est de faire des propositions  pour l’amélioration de la situation. Mais, ce n’est pas à nous de fournir l’eau et le courant à la population.

Le CNOSCG, c’est 50.130 associations. Le dernier recensement du CNOSCG a été fait par la Coopération française, en 2012.  Il y a eu deux consultants qui ont parcouru tout le pays pour identifier ces organisations membres du CNOSCG. 5.102 organisations, 139 coalitions nationales, des bureaux régionaux, préfectoraux et sous-préfectoraux ont été identifiés. A ma prise de fonction comme président, nous avons installé plus deux mille bureaux de districts et de quartiers.

Il s’est trouvé que plus de la moitié des conflits à l’intérieur du pays est gérée par les représentants de la société civile. Et, comme c’est le CN0SCG qui a des représentants jusqu’aux niveaux les plus  reculés, d’où le rôle de médiation entre agriculteurs et éleveurs… C’est l’ensemble des réseaux thématiques qui compose le Conseil national. Par exemple, le Réseau des jeunes ou les plates-formes des jeunes qui composent le Balai citoyen, le Forum des jeunes…

Le dialogue politique entamé en Guinée ne se fera pas sans la société civile. Comment le CNOSG compte tendre la main à ses pairs comme la PCUD, Jeunes Solidaires et autres plates-formes non membres du CNOSG, pour jouer la partition de la grande société civile pour l’avenir de la Guinée ?

Ma vision de la société civile ; c’est d’être capable de construire un partenariat stratégique avec d’autres structures qui poursuivent les mêmes objectifs que nous, pour nous compléter. L’idée de grandeur d’une plate-forme ne se mesure pas par le nombre d’affiliations, mais par la capacité d’appréhender et d’approfondir  les thématiques qui sont en phase avec les réalités du terrain. Lors du Forum social ouest-africain qui vient de se tenir, nous avons rencontré la PCUD, Jeunes Solidaires… qui étaient même membres de la commission d’organisation. Même si c’était une initiative du CNOSCG, qui est l’entité qui représente du Forum social mondial en Guinée.

Le CNOSCG entretient de bons rapports avec plusieurs autres organisations et nous comptons continuer les consultations avec elles pour discuter, nous projeter et avoir le même langage pour l’avenir de la Guinée.

Que préconiserait Dr. Dansa, au regard de son expérience dans les OSC, comme approche de solution pour une véritable sortie de crise?

Le dialogue politique est une thématique de la société civile. C’est-à-dire, toutes les organisations de  la société civile ne travaillent pas sur les questions politiques. Le CNOSCG travaille depuis 14 ans sur les questions de gouvernance démocratique et politique. Ça fait que nous avons de la matière. Sur le plan de l’influence, nous sommes tout le temps sollicités par les partis politiques pour une implication.

Nous avons déjà fait des propositions pour une sortie de crise. La première, il faut mettre un cadre de  dialogue structuré autour des institutions consacrées. Le parti qui est au pouvoir doit gouverner avec les autres entités et prendre en compte les préoccupations de l’opposition.

Deuxièmement, que le Premier Ministre s’engage à faire respecter les accords. Il ne s’agit pas de signer les accords seulement. Les parties doivent s’engager à les faire respecter.

Troisièmement, les partis politiques doivent s’imposer un certain rapport de réciprocité dans les différents engagements signés dans les accords. J’ai l’impression que c’est quand il y a dialogue politique qu’on demande à la CENI et au gouvernement de faire ça. La mouvance et l’opposition ne font rien, sauf des discours qui font monter la tension dans nos cités.

Si le dialogue doit se tenir prochainement, nous allons demander à ce que les partis politiques de l’opposition et de la mouvance prennent des engagements à ne pas faire recours à des propos violents et haineux.

Le dialogue politique devient récurrent dans un pays, quand la loi n’est pas appliquée ou est insuffisante.

La société civile et les différents gouvernements qui se sont succédé peinent à mettre en place le Conseil national de la jeunesse guinéenne. Quelles sont les difficultés liées à la naissance de cette organisation et quel avenir prédisez-vous pour elle ?

Nous avons tenté de mettre en place le Conseil national de la jeunesse. C’était avec Mouctar Diallo, aujourd’hui député national, Moustapha Naïté, aujourd’hui ministre de la Jeunesse et moi, aujourd’hui à la société civile. Ça tombe bien que nous constituons actuellement des acteurs de la vie nationale. Ce n’est pas l’Etat qui doit mettre en place un Conseil national de la jeunesse. Ça doit être une structure à l’initiative des jeunes. Le Conseil national des jeunes est une organisation de la société civile. Ce n’est pas une structure d’Etat. Il doit être régi par le principe d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et ça doit être une institution apolitique. Le ministère de la Jeunesse accompagne techniquement, mais si c’est le ministère qui le met en place, ça devient une institution politique.

Quelles sont vos  perspectives ?

Dans nos perspectives, nous comptons instaurer un dialogue politique permanent et structuré et que la société civile joue le rôle de contrôleur citoyen de l’application des engagements ; comment faire  pour que les candidatures indépendantes soient de bonne qualité ; l’organisation de la retraite de la société civile pour valider le plan stratégique quinquennal, de communication ; faire vulgariser la charte de la société civile et après, la redynamisation des centres d’éducation civique électorale et appuyer les réformes électorales.

Propos recueillis par Amadou Mouctar Diallo

 

 

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