S.E.M. MATTHIAS VELTIN, AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D’ALLEMAGNE EN GUINEE

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« …La migration constitue le grand sujet. Je pense que la question du devenir de la jeunesse est une question clé aussi pour la Guinée. Il faut bien sûr une coopération très étroite entre nos deux pays, entre l’Europe et l’Afrique aussi… »

Dans cette interview exclusive accordée à la rédaction de Madina Men, le nouvel ambassadeur de la République Fédérale de l’Allemagne fait le point sur la coopération qui existe entre son pays et la Guinée. Il a aussi abordé les questions du terrorisme, de l’immigration et du réchauffement climatique. 

Madina Men : Depuis juillet 2015, vous êtes l’ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne en Guinée. Quelle lecture faites-vous de la société guinéenne ?

S.E.M. Matthias VELTIN : Tout d’abord, dès le début de mon arrivée en Guinée, il y’a un an, j’ai été touché par l’intérêt porté parmi les Guinéens et les Guinéennes pour l’Allemagne en général et pour moi en particulier. J’ai été aussi touché par l’ouverture des gens dans les conversations, dans les échanges avec moi-même et avec ma famille.

La coopération guinéo-allemande a toujours été fructueuse et les relations au beau fixe. Qu’en est-il à ce jour ?

Nous avons vraiment une longue histoire dans le domaine de la coopération ; presque depuis l’indépendance de la Guinée, avec beaucoup d’éléments. Aujourd’hui, nous sommes un peu concentrés sur la coopération dans les secteurs de la santé de base et de l’éducation de base. Nous travaillons aussi toujours pour promouvoir l’échange universitaire, promouvoir la langue allemande, soutenir des micro-projets et d’autres choses.

Parlant de la promotion de la langue allemande, on voit dans les différents pays de la CEDEAO l’implantation des instituts Goethe qui promeuvent la langue et la culture allemandes. Peut-on dire que la Guinée aussi aura un institut Goethe dans les années à venir ?

L’essentiel est d’avoir les éléments tels que l’offre de notre coopération dans ce secteur de la culture et de l’éducation. Là, nous travaillons. J’espère qu’on peut augmenter, élargir la coopération dans ce secteur. D’où l’existence aujourd’hui, depuis quelques mois, d’un laboratoire de langue à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Mais concernant un institut culturel, je ne peux pas faire de promesses dans ce sens.

Vous êtes arrivé à un moment où le pays traversait sa plus grosse crise sanitaire. Le peuple de Guinée a bénéficié d’un soutien international du fait du ravage causé par cette épidémie d’Ebola. Quel a été l’apport particulier de la République Fédérale de l’Allemagne pendant ces moments douloureux ?

C’est vrai, la victoire sur la maladie à virus Ebola c’est une victoire de la Communauté Internationale, mais bien sûr, il ne faut pas oublier les Guinéens et les Guinéennes. L’Allemagne a contribué dès le début. En particulier, nous étions parmi les premiers à envoyer des moyens techniques (laboratoires) pour l’analyse du virus. Nous avons soutenu aussi les activités des organismes internationaux et des organismes privés qui ont fait l’engagement ici. Maintenant, il est plus important d’aller de l’avant. Notre coopération s’inscrit exactement dans une coopération pour la relance post-Ebola ; comme je l’ai dit, le secteur de la santé et de l’éducation sont la clé permettant d’éviter dans l’avenir une telle catastrophe. Mais aussi pour renforcer le développement de la Guinée en général.

La République Fédérale de l’Allemagne a toujours accompagné et initié des projets d’aide de développement en Guinée. Depuis votre prise de fonction, quels ont été les actes qui ont été initiés par vos soins ?

Comme ambassadeur, on peut dire que j’ai hérité de beaucoup d’activités qui sont déjà réalisées là dans le cadre de la coopération que j’ai mentionnée. Il y a aussi un programme de la coopération spécifique dans le secteur minier, là où nous contribuons à renforcer la bonne gouvernance pour permettre la transparence dans les industries extractives et l’exportation des ressources naturelles. Nous avons également une coopération où nous continuons à soutenir la société civile, en particulier dans le secteur des droits de l’homme. Ça, c’est une tradition de l’Allemagne. Nous avons les projets d’échanges universitaires pour la langue que j’ai mentionnés. Nous avons enfin d’autres éléments à venir, mais le grand sujet, je ne le cache pas, est lié au défi de la migration légale, nous voulons donc encourager cette migration légale pour arrêter la  migration illégale ou clandestine.

Justement, vous demandez à éviter la migration clandestine. Aujourd’hui la Méditerranée est devenue un cimetière à ciel ouvert pour les jeunes africains candidats à la migration vers l’Europe de façon illégale. Comment vous aidez le gouvernement guinéen à lutter contre ce fléau ?

Comme je l’ai dit, la question de la migration constitue le grand sujet. Je pense que la question du devenir de la jeunesse est une question clé aussi pour la Guinée. Il faut bien sûr une coopération très étroite entre nos deux pays, entre l’Europe et l’Afrique aussi, en général. C’est un défi dont il n’y a pas de réponses à court terme. Mais il y a des éléments que je voudrais bien souligner, qui sont nécessaires. Tout d’abord, on doit parler ouvertement de ce problème. Il ne s’agit pas seulement de jeunes migrants de 20 ans, de 25 ans qui ont fait une formation complète et qui ne trouvent pas de travail, mais il s’agit aussi des enfants de 14 à 15 ans et même plus jeunes. Ça, c’est très regrettable. Il y a aussi la nécessité de faire plus pour la sensibilisation de la jeunesse. Je pense  que ce n’est pas seulement les réalités sur le chemin, mais aussi les réalités une fois arrivé clandestinement en Europe, avec la situation d’être souvent dans l’illégalité. Il faut en même temps discuter des possibilités d’investir mieux dans une migration légale. Vous savez, dans beaucoup de cas, on gaspille de l’argent pour les trafiquants humains, mais on n’investit pas dans une bonne formation ou  pour essayer avec ces moyens une migration légale. Il y a, bien sûr, la question de faire plus pour la jeunesse ciblée ; là, j’ai pris note avec satisfaction de l’attention du gouvernement, pour la première fois, pour un grand programme pour renforcer l’insertion socio-économique et l’employabilité des jeunes. En même temps, je dois souligner qu’il faut encourager la jeunesse. Ce n’est pas seulement une question de matériel, ni une question d’argent ; c’est aussi une question de bons conseils, mais aussi une question de dire ‘’voilà, vous avez de la créativité, vous avez des initiatives, vous êtes prêts pour l’engagement, allez-y’’. C’est essentiel pour la Guinée de vraiment réveiller les ressources de la jeunesse. J’ai fait déjà quelques déplacements à l’intérieur où j’ai rencontré la jeunesse, particulièrement sur la question de la migration, à Mamou, à Kankan, à Siguiri. J’ai toujours rencontré des jeunes impressionnants, qui ont osé ouvertement discuter avec un ambassadeur et qui ont dit les choses telles qu’elles sont. Il faut vraiment les encourager.

Les 18 et 24 juillet derniers, l’Allemagne a été visée par deux attaques terroristes en Bavière (Ansbach). Comment réagissez-vous face à ces multiples attaques de l’Etat Islamique sur le sol européen ?

Ce sont des évènements très tristes pour l’Allemagne et en particulier pour les victimes et leurs familles. Notre réaction doit être premièrement de renforcer les capacités de nos forces de sécurité afin de réagir surtout. Deuxièmement, ce qui est beaucoup plus important, c’est d’améliorer la coopération entre les pays, pas seulement au sein de l’Europe mais aussi sur le plan global. Troisièmement, je pense qu’il faut faire plus de solidarité contre la violence du terrorisme, qui prétend avoir des motifs positifs, pourtant qui sont des méthodes inacceptables.

Certains estiment que la migration favorise la pénétration des terroristes sur le sol européen. Comment le gouvernement allemand appréhende cette question d’immigration ?

La chancelière allemande vient une fois de dire encore que ce n’est pas la migration qui favorise le terrorisme. C’est plutôt l’intégration ou la non-intégration. Ce sont des choses liées, bien sûr, cela est clair. C’est l’échec de l’intégration qui peut favoriser le terrorisme. Là, encore une fois, vous voyez que l’immigration clandestine ne permet pas de conditions idéales pour une intégration.

Toujours dans le même sens, Angela MERKEL semble proposer un projet visant l’interdiction du port intégral de la burqa. Votre commentaire ?

Il faut attendre les vraies initiatives. Il y a une discussion à laquelle la politique allemande doit s’atteler. Et cette discussion n’est pas encore terminée. Il y a toujours une discussion entre les différentes parties. On doit attendre, il y a aussi une période d’élections en Allemagne.

Le réchauffement climatique est aussi un autre problème qui assaille le monde. L’Allemagne, lors de la conférence de la COP 21, à Paris, a promis de réduire de 40% son taux d’émission du gaz à effet de serre. Comment votre gouvernement compte-t-il pouvoir relever ce défi ?

Nous avons un grand projet en Allemagne, la « transition énergétique », pour augmenter l’importance de l’énergie renouvelable pour la production de l’électricité. A partir de cela, nous avons maintenant 28% de sources renouvelables pour notre production d’électricité, le but est d’atteindre, en 2025, 40% et 80% en 2050 pour les énergies renouvelables. Ça, c’est un élément clé. La production de l’électricité, ce n’est pas tout. Nous avons déjà fait un progrès dans ce secteur de l’énergie appelé alternative. Il faut, bien sûr, suivre les projets de réduction de perte énergétique et de la pollution en général, avec plus d’efficacité et d’autres éléments qui sont liés à ce grand programme. Nous savons très bien, en particulier pour notre projet avec l’énergie renouvelable, que tout le monde nous observe de très près. Cela, parce que nous sommes le premier pays industriel d’une telle dimension qui entre dans un défi sans énergie nucléaire et avec des ressources hydrauliques restreintes. L’Allemagne a décidé d’essayer un tel programme ambitieux et je crois que ça va marcher.

Pour terminer cet entretien, après observation de la société guinéenne, quel est votre message d’éveil citoyen à l’endroit du peuple de Guinée ?

J’ai parlé de cela concernant la jeunesse. Je répète avec plaisir qu’il faut avoir plus de confiance en soi-même, qu’on ait la compétence, la créativité surtout et l’initiative. L’avenir ne dépend pas de l’extérieur, qui peut y contribuer, bien sûr, mais l’essentiel du développement dépend des Guinéens et des Guinéennes, ainsi que de la jeunesse. Pour cela, il faut vraiment encourager la jeunesse à prendre des initiatives et à ne pas attendre tout de l’Etat et de la communauté internationale, pour les assister avec de l’argent et de bons conseils.

Merci Herr VELTIN.

Interview réalisée par notre régreté

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