Abdoulaye MAGASSOUBA, Ministre des Mines et de la Géologie

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« A Boké, CBG, GAC, COBAD et la SMB vont créer au moins 10.000 emplois. A titre illustratif, 3.000 emplois directs ont été créés dans la région, de juillet 2015 au 31 août 2016. »

Le secteur minier de la République de Guinée est l’un des moteurs de croissance de l’économie nationale. Pour les populations, il est porteur d’immenses espoirs pour une vie meilleure, car il est un important pourvoyeur d’emplois. Cependant, il peut aussi arriver que certains espoirs fondés sur des projets par l’Etat et par les populations soient déçus, en raison de sa forte dépendance des investissements directs étrangers et des vicissitudes du marché international des minéraux et métaux. En effet, nombreux sont les projets majeurs dont le développement effectif est contrarié par la crise économique mondiale qui perdure depuis 2008, avec ses effets dévastateurs sur les prix des substances minières sur le marché mondial. Face à ces défis, le département des Mines et de la Géologie a jugé nécessaire de faire des réformes pour créer un cadre propice à l’investissement, afin d’appuyer plus efficacement les projets en cours et faciliter l’engagement durable des investisseurs.
Ainsi, entre autres évolutions notables en cours dans le secteur minier guinéen, on peut citer la création du guichet unique, inauguré par le Premier Ministre et rendu opérationnel depuis le 08 juillet 2016, afin de faciliter et accélérer la mise en œuvre des projets miniers intégrés de grande envergure, ainsi que la mise en place d’un cadastre moderne dans le but d’assurer une gestion rationnelle des périmètres d’exploration et d’exploitation minière et de faire face à l’exigence de transparence des investisseurs, des partenaires techniques et financiers et des besoins de développement efficace du secteur minier.
Dans cette interview exclusive, M. Abdoulaye Magassouba, le ministre en charge du secteur des Mines et de la Géologie, nous parle de la nouvelle dynamique administrative en impulsion au Ministère des Mines et de la Géologie et qui s’articule autour de cinq objectifs prioritaires à savoir : la création d’un cadre propice à l’investissement, l’amélioration du suivi des activités minières, l’amélioration de la connaissance géologique, le renforcement des capacités de l’administration minière et l’amélioration du cadre de travail et le renforcement des capacités de l’administration minière.

Quelles sont les perspectives de développement de nouveaux projets miniers ?

La dynamique des réformes engagées depuis 2011, sous l’égide du Président de la République, le Professeur Alpha CONDE, a permis d’améliorer significativement le cadre d’investissement et d’augmenter les recettes de l’État issues du secteur et ce, malgré la baisse du prix des ressources minières sur les marchés internationaux et l’épidémie à virus Ébola. Il faut souligner que pendant cette épidémie, toutes les sociétés en opération ont atteint, voire dépassé leurs objectifs de production (CBG, SAG, CBK).  Dans le secteur minier, des acquis significatifs ont été enregistrés sur le plan de la connaissance du potentiel géologique, des réformes institutionnelles et réglementaires. Le pays compte aujourd’hui de grands projets en développement dans le domaine de l’extraction de la bauxite, de la  transformation de la bauxite en alumine et d’or. La baisse actuelle du prix des ressources minières sur le marché international et l’apparition de  l’épidémie à virus Ébola qui a durement frappé notre pays, ont ralenti le développement de certains projets, notamment dans le domaine du minerai de fer.

Toutefois, malgré ce contexte défavorable du marché, plusieurs facteurs ont contribué à l’engagement de certains partenaires, entre 2015 et 2017, à environ 2 milliards de dollars effectivement mobilisés dans les filières de la bauxite et de l’or et 4 milliards de dollars, entre 2018 et 2020. Parmi ces facteurs, on peut citer entre autres :

  • l’adoption d’un nouveau code minier ;
  • la mise en place d’un guichet unique pour les projets miniers intégrés, en vue de faciliter l’obtention des permis et autorisations pour les travaux de construction et d’exploitation ;
  • la qualité de nos ressources minières ;
  • la prise en compte des intérêts des communautés riveraines des zones minières;
  • le contrôle et le suivi des activités minières sur le terrain en vue d’un meilleur accompagnement des sociétés;
  • le lancement de l’Initiative pour un Développement Minier Responsable ;
  • un schéma directeur pour l’utilisation partagée des infrastructures ferroviaires et portuaires par les sociétés minières.

Ce qui explique pourquoi la région du nord-ouest  (Boké) vient d’obtenir des investissements d’environ 2 milliards de dollars en faveur de CBG, GAC, COBAD et la SMB. Les travaux pour l’augmentation de la production de bauxite de la CBG et de la SMB sont déjà en cours. La construction pour l’entrée en production de la COBAD et de GAC a également commencé. Ces différents projets vont créer au moins  10.000 emplois. A titre illustratif, 3.000 emplois directs ont été créés dans la région, de juillet 2015 au 31 août 2016.

A vous entendre, les perspectives du secteur minier sont bonnes. Quelles précisions supplémentaires pouvez-vous donnez à nos lecteurs pour asseoir leurs convictions ?

Il faut rappeler qu’avec l’entrée de la SMB en production en 2015, le pays avait fait 43 ans sans une nouvelle société de production de ce minerai.

En 2015, la Guinée a produit 19 millions de tonnes de bauxite (CBG : 15.2 millions de tonnes, CBK : 3.5 millions de tonnes et SMB 900.000 tonnes).

En tenant compte des chronogrammes de mise en œuvre des différents projets de bauxite, la production cumulée en fin 2016 pourrait atteindre 28 millions de tonnes (15 Mt de CBG, 3Mt de CBK et 10 Mt de SMB) en 2018, avec les extensions de la CBG 19.5 Mt, de la SMB 30 Mt et l’entrée en production de Alufer 5,5 MTPA, GAC : 12 MTPA,  COBAD : 3 MTPA,  la production totale de la bauxite pourrait atteindre 70 millions de tonnes par an pour arriver à plus de 100 Mt en 2020. En plus de la filière de bauxite, il y a un regain d’investissement pour l’or, avec l’extension de la SAG, de la SMD, les discussions en cours pour le lancement de la production dans de nouvelles zones telles que Mandiana et Kouroussa. Cette compétitivité est la conséquence de l’amélioration du climat des affaires dans le secteur et l’approche pragmatique prônée par le Président de la République pour faire du secteur un des leviers de notre croissance économique. La politique agressive de conquête de parts de marché sur le marché chinois commence à produire des résultats. Pour le mois de juillet 2016, la Guinée a été le second exportateur de bauxite en Chine, juste derrière l’Australie. Ce qui fait croire d’après certaines sources, que la Guinée sera à partir de 2019, un des principaux fournisseurs de bauxite de la Chine devant la Malaisie, le Vietnam, le Brésil, l’Inde, voire l’Australie. Ce qui va accroitre les revenus de l’État d’environ 300 millions de dollars en 2015 à environ 1 milliard de dollars entre 2019 et 2020.

Quelle est votre réaction suite à la déclaration du Directeur Général de Rio Tinto de geler le projet de fer du Simandou-Sud ?

Avec la signature du cadre d’investissement, il y a des obligations de chacune des parties prenantes au projet, en l’occurrence Rio Tinto, Chinalco, la SFI et la Guinée. A date, la Guinée a rempli ses obligations. Au même titre, toutes les parties sont tenues de respecter leurs engagements. La Guinée veillera au respect desdits engagements.

Que répondez-vous à ceux qui disent que les revenus miniers de la Guinée ont baissé depuis 2011 ?

Je pense que c’est par manque d’informations, car les chiffres de l’évolution des revenus de l’État issus du secteur minier depuis 2011 se passent de tout commentaire.

De 2010 à 2014, cette performance s’est traduite par une augmentation des revenus de l’État qui est passée de 94.165 millions USD à 149 millions de dollars en 2015. Autre exemple, l’impôt sur les sociétés minières est passé de 359.5 milliards de GNF en 2010 à 791.7 milliards de GNF en 2015.

Il y a quelques mois, l’ONG Global Witness, a accusé la société Sable Mining de corruption. Qu’en pensez-vous ?

La lutte contre la corruption dans le secteur minier est une des priorités du Chef de l’Etat, depuis 2011. C’est pourquoi, dès l’annonce de cette accusation, il a instruit au Gouvernement d’ouvrir une enquête judiciaire. C’est à ce titre que j’ai saisi mon homologue de la Justice, pour déclencher une procédure judiciaire qui est toujours en cours.

 Monsieur le Ministre quel est votre mot de la fin ?

De tout ce qui précède, vous vous rendez compte que le secteur minier de notre pays est en forte croissance et la Guinée devient de plus en plus attractive pour les investisseurs. Cette nouvelle donne a un impact positif en termes de croissance du PIB, de l’emploi et de revenus pour l’État. En outre, les retombées de cette croissance  vont permettre à l’État d’investir dans les infrastructures sociales de base pour améliorer les conditions de vie de nos braves populations. Il est important de retenir que la réalisation et l’obtention de toutes ces prévisions passe forcement par la paix et la stabilité de notre cher pays, la Guinée.

EXERGUES

  • La région du nord-ouest (Boké) vient d’obtenir des investissements d’environ 2 milliards de dollars en faveur de CBG, GAC, COBAD et la SMB
  • La Guinée sera à partir de 2019, un des principaux fournisseurs de bauxite de la Chine devant la Malaisie, le Vietnam, le Brésil, l’Inde, voire l’Australie
  • La lutte contre la corruption dans le secteur minier est une des priorités du Chef de l’Etat, depuis 2011
  • Le secteur minier de notre pays est en forte croissance et la Guinée devient de plus en plus attractive pour les investisseurs

 

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